Mardi 18 janvier 2022

Sécurité

Retro Sécurité /Une situation sécuritaire chancelante

06/01/2022 0
Retro Sécurité /Une situation sécuritaire chancelante
Avec l’incendie de la prison de Gitega, les dortoirs des prisonniers sont partis en fumée.

Incendie de la prison de Gitega, des embuscades en province Muramvya, attaques à la grenade en mairie de Bujumbura et en province Gitega, les échanges des prisonniers entre le Burundi et le Rwanda, etc. Au cours de cette année 2021, la situation sécuritaire a été préoccupante.

Le fait le plus marquant pour cette année écoulée est l’incendie survenu à la prison de Gitega. C’était le 7 décembre 2021. 38 morts et 69 détenus grièvement blessés est le bilan officiel de l’incendie qui a ravagé cette prison vers 4h du matin. Selon le gouvernement, la cause de cet incendie est un court-circuit. Une explication qui n’a pas convaincu tout le monde. Avant l’incendie, la prison comptait plus de 1500 prisonniers.

A l’annonce de l’incendie, quatre ministres ont fait le déplacement. Il s’agit de celui de l’Intérieur, Gervais Ndirakobuca, celle de la Justice, Domine Banyankimbona, celle en charge de la Solidarité, Imelde Sabushimike et enfin la ministre de la Santé publique, Dr Sylvie Nzeyimana. Le Vice-président de la République, Prosper Bazombanza, s’est rendu sur les lieux. « Sur les 1500 prisonniers, nous déplorons malheureusement 38 morts, dont 12 asphyxiés et 26 morts par brûlure profonde. Nous constatons aussi que 69 personnes sont blessées dont 34 qui sont en traitement médical ici à l’hôpital régional de Gitega et 35 qui se sont fait soigner directement à la prison parce que c’étaient des brûlures pas profondes », a-t-il indiqué. Et d’ajouter : « Les gens s’adonnent à des petits bricolages, des raccordements anarchiques.

Chacun, veut faire un petit raccordement pour charger son téléphone, installer une ampoule pour l’éclairage. Ces genres d’installations supplémentaires faites anarchiquement causent souvent des dégâts énormes.» Le Vice-président de la République a promis que toutes les factures relatives à leur prise en charge médicale et l’enterrement des morts vont être supportées par le gouvernement. Dans un proche avenir, a-t-il poursuivi, le ministère ayant les infrastructures dans ses attributions va évaluer l’état des lieux en vue d’une réhabilitation totale de cette prison qui date de 1926. Selon le ministre des Infrastructures, de l’Equipement et des Logements sociaux, Déogratias Nsanganiyumwami, la prison de Gitega va être réhabilitée prochainement.

Une inhumation en catimini

Dans la soirée de l’incendie, les disparus ont été enterrés au cimetière de Kavumu, zone Mungwa, commune Gitega. Des sources à Gitega ont affirmé que c’est la police aidée par certains travailleurs de la commune ainsi que quelques habitants de Mungwa qui ont inhumé les cercueils contenant les corps enroulés dans des tentes. Ces disparus ont été enterrés sans la présence de leurs proches. Ces derniers voulaient enterrer les leurs dans la dignité et estimaient que les disparus méritaient un enterrement digne en présence des parents et des amis. Six personnes qui ont voulu s’enquérir du sort des leurs ont été arrêtées et incarcérées dans les cachots du commissariat de Gitega. Cet enterrement en catimini a surpris plus d’un et les gens se demandent ce que les autorités ont voulu cacher.

Le 21 août 2021, ce même établissement pénitentiaire avait pris feu. Les flammes ont éclaté aux environs de 8h30. La cause de cet incendie était toujours un court-circuit selon les autorités. Les lits, les matelas, les habits, les ustensiles de cuisine et la toiture des chambres avaient été dévastés par l’incendie. Aucun dégât humain n’avait été déploré.

Des embuscades à Rutegama et Bugarama

A Rutegama, l’attaque des hommes armés a fait 15 morts.

Le samedi 26 juin vers 19 heures, un groupe d’hommes armés non encore identifiés a tendu une embuscade à Munanira, à 3 km du chef-lieu de la commune Rutegama, dans la province de Muramvya, au centre du pays. L’attaque a fait 15 morts, 9 blessés et 2 personnes portées disparues. Le ministère de l’Intérieur, du Développement communautaire et de la Sécurité publique a parlé de « terrorisme avec mort d’hommes et blessés sur des véhicules de transport en commun ». Des hommes armés ont ouvert le feu quand quelques occupants de ces véhicules ont tenté de dégager la route barrée par des pierres. Deux véhicules, un bus de type Toyota Hiace et une voiture de marque Toyota Probox ont essuyé des tirs avant d’être brûlés avec leurs passagers.

Dans la nuit du dimanche 9 mai 2021, un groupe d’hommes non encore identifiés ont également tendu une embuscade sur la colline Burambana, commune et province Muramvya. Le bilan a été de 8 morts et plusieurs blessés. D’après des sources présentes près des lieux de l’attaque, des hommes armés et en tenues militaires ont investi la route Bujumbura-Gitega, au lieu-dit ‘’Ku nkombe zibiri’’ (les deux rives), à 4 km du chef-lieu de la province Muramvya. Les assaillants avaient installé des pierres au milieu de la chaussée avec l’objectif de bloquer la circulation. Un camion de type Scania se dirigeant à Bujumbura s’est fait rapidement intercepter. Le conducteur est sommé de bloquer la route. Face à des hommes armés, l’homme prend peur et s’exécute. Très vite, deux voitures Toyota de type Probox et un bus de l’agence de transport Volcano se rendant à Gitega, se voient obligés d’interrompre leur trajet. A bord de l’un des deux Probox, il y avait un officier de l’armée burundaise du nom d’Onesphore Nizigiyimana. Les véhicules ont été attaqués à coups de feu et grenades.

Un policier, passager du bus Volcano, a tenté de s’interposer en tirant en direction des criminels, sans parvenir à les neutraliser. Les deux « Probox » ont pris feu. Huit personnes, dont le Lieutenant-Colonel Onesphore Nizigiyimana et un de ses enfants, sont morts sur-le-champ. Le chauffeur du bus de l’agence de transport Volcano est blessé au bras mais il a réussi à prendre la fuite avec d’autres passagers. L’attaque a duré plus ou moins vingt minutes. Dans la foulée, 32 personnes ont été interpellées à l’aube du lundi 10 mai sur les collines de Murambi et Burambana. Parmi les personnes arrêtées, beaucoup de militaires à la retraite (ex-Fab).

Mercredi 10 novembre 2021, trois présumés terroristes ont été tués par les forces de l’ordre en commune Matongo de la province Kayanza, frontalière de la forêt de la Kibira. C’est dans la localité appelée Kumateka. Ces hommes non identifiés étaient au nombre de 4. Lors du contact, un de ces présumés terroristes a lancé une grenade faisant 2 blessés : un chef de zone Ruganza et un policier. Un de ces présumés rebelles a succombé à ses blessures à l’hôpital après son évacuation. Un autre a été capturé. La police affirme avoir saisi 2 fusils de type kalachnikov et 8 chargeurs garnis utilisés par ces hommes armés. Ils avaient été signalés dans les parages de Nyarumanga, une localité située tout près de la Kibira.

Des attaques sanglantes à la grenade

L’année 2021 a été également caractérisée par des attaques à la grenade. Le 23 octobre 2021 aux environs de 21 heures, une grenade a explosé chez un rôtisseur au quartier Nyamugari de la ville de Gitega. Les éclats ont fait 7 blessés et la police a interpelé 3 personnes. Un certain Gérard Bukuru qui avait été blessé par l’explosion de cette grenade a été retrouvé mort le lendemain à Jimbi, en zone rurale de Gitega. Il était en train d’être soigné au centre de santé de Mucunguzi à une centaine de mètres du lieu du crime. D’après des sources, il a été sorti de cet établissement par des personnes à bord d’un pick-up de la police. Son cousin Prosper Niyonizigiye, lui aussi interpelé par la police, reste introuvable jusqu’à maintenant.

Le 20 septembre, deux attaques simultanées à la grenade ont fait 2 morts et une centaine de blessés.

Lundi 27 septembre, une grenade a été lancée dans la localité de Kibembe au quartier de Kizingwe-Bihara, en zone de Kanyosha de la mairie de Bujumbura. Un enfant a été tué sur-le-champ et il y a plusieurs autres blessés. La localité a vite été quadrillée par des policiers, des agents de renseignement ainsi que des jeunes membres du comité mixte de sécurité à majorité du parti au pouvoir. Un inconnu au quartier a été interpellé et présenté comme auteur du jet de la grenade. Le concerné a indiqué qu’il habite le quartier voisin de Gisyo et qu’il n’a rien à avoir avec l’attaque. Au moins 20 autres suspects ont été arrêtés par la suite.

Une autre grenade a été lancée, le 28 septembre 2021, sur la colline de Vugizo en zone de Gatumba de la commune Mutimbuzi en province Bujumbura. Des habitants de la région parlent d’une dispute familiale qui aurait dégénéré dans une boutique tenue par un certain Joseph Barandereye. « Nestor Ndayiragije alias Rasta s’est disputé avec des gens, a sorti une grenade et l’a lancée. », a indiqué un témoin.

Le porte-parole du ministère de la Sécurité a indiqué que deux personnes sont mortes sur-le-champ. « Il s’agit d’un motard prénommé Pascal ainsi que le boutiquier nommé Joseph Barandereye », a annoncé Pierre Nkurikiye qui a fait savoir que quatre autres personnes ont été blessées, dont l’épouse de Ndayiragije.

L’auteur de la déflagration a été appréhendé. Le rapport de la police indique qu’il a été acheminé vers le poste de police de Gatumba. « Mais à mi-chemin, le criminel s’est évadé en sautant du véhicule policier et dans sa poursuite, il a été touché par des balles de la police. Il est mort sur-le-champ», précise-t-il.

Le 20 septembre 2021, deux attaques simultanées à la grenade ont eu lieu en Mairie de Bujumbura. Une explosion a été entendue au centre-ville, côté parking des bus desservant le nord de la ville de Bujumbura. La deuxième attaque à la grenade a eu lieu en zone Bwiza tout près du marché de Jabe. C’était à la 10e avenue et la grenade a été lancée dans un groupe de vendeurs de ‘’Ndagala’’.

Le gouvernement burundais a annoncé le bilan officiel de 2 morts et 102 personnes blessées. Le premier ministre Alain Guillaume Bunyoni a parlé « d’actes terroristes commis par des inciviques qui sont chèrement payés pour déstabiliser notre pays et démontrer que notre pays connaît une insécurité afin que ceux qui profitent de cette situation puissent assouvir leurs intérêts sectaires ». Il avait promis que ces malfaiteurs seront traqués, arrêtés et traduits devant la justice pour répondre de leurs actes.

Dans la foulée, le procureur général de la République, Sylvestre Nyandwi, a accusé le président du parti MSD, Alexis Sinduhije, d’être le cerveau d’une ‘’bande de terroristes’’ accusés d’être responsables des violences commises avant le 20 septembre 2021. Sept autres personnes ont également été citées comme étant à la tête du ‘’groupe terroriste’’. Il s’agit, entre autres, du secrétaire général du MSD, François Nyamoya et Marguerite Barankitse dit Maggy, fondatrice de la Maison Shalom et lauréate du Prix Aurora 2016. Le procureur général de la République a indiqué que des mandats d’arrêt internationaux ont été lancés contre ces personnes qui ne se trouvent pas sur le sol burundais. Il a demandé la collaboration des pays qui les hébergent afin qu’ils les arrêtent et les livrent à la justice burundaise.

Dans un communiqué publié jeudi 23 septembre, le MSD a condamné fermement les attaques et a adressé aux familles « sa réelle solidarité et ses sincères sentiments de compassion ». Le parti dirigé par Alexis Sinduhije a rejeté les accusations de terrorisme. « Ni nos dirigeants, ni nos membres ne sont orientés vers la violence contre nos concitoyens. La terreur est depuis plus d’une décennie du côté des autorités du Cndd-Fdd et de leurs suppôts », a souligné François Nyamoya, secrétaire général de ce parti.

Dimanche 19 septembre, une explosion d’une grenade dans un bar au parking de Zege communément appelé ‘’Ku Masanganzira’’ en province Gitega a fait 2 morts sur le champ et plus de 25 blessés. Un homme grièvement blessé a succombé à ses blessures après son évacuation à l’hôpital de Gitega. Deux autres personnes grièvement blessées ont été amenées à l’Hôpital de Mutoyi.

Echanges de prisonniers entre le Burundi et le Rwanda

Les 19 rebelles, capturés au Rwanda, ont été remis aux autorités burundaises.

Le 30 juillet 2021, le Rwanda a remis au Burundi 19 anciens rebelles du mouvement rebelle burundais Red Tabara, capturés sur le sol rwandais au mois de septembre 2020. La remise s’est déroulée à la frontière commune des deux pays de Gasenyi-Nemba. Les deux chefs des renseignements militaires des deux pays étaient présents ainsi qu’un représentant de l’ONU et de la CIRGL (Conférence internationale sur la région des Grands Lacs). Le Burundi était représenté par le colonel Ernest Musaba tandis que le Rwanda était représenté par le général de brigade Vincent Nyakarundi. « Ce qu’on a fait aujourd’hui ici est un pas dans le bon sens. On se bat pour que notre région soit libre, pour que les gens puissent vivre en paix.

On cherche vraiment à voir la région stable », a souligné le général angolais José Rui Miranda, commandant du mécanisme conjoint de vérification élargi (MCVE). « Nous nous réjouissons de la décision des autorités rwandaises de remettre à la justice burundaise 19 criminels qui ont endeuillé le nord du Burundi en 2020 », a réagi le président Ndayishimiye, lors de la 19e session ordinaire de la Conférence des chefs d’États et de gouvernements de la CEEAC Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC) par visioconférence. Les 19 combattants sont pour le moment incarcérés dans la prison centrale de Mpimba.

En contrepartie, mardi 19 octobre 2021, les autorités burundaises ont remis 11 présumés combattants du Front national de libération (FLN) aux autorités rwandaises. Cette remise de présumés rebelles a eu lieu aussi à la frontière burundo-rwandaise de Gasenyi-Nemba dans la province de Kirundo. Cette opération s’est déroulée sous la supervision du MCVE. Le gouverneur de la province de Kirundo ainsi que quelques officiers de l’armée burundaise faisaient partie de la délégation burundaise. Quelques armes, dont 3 Kalachnikov de type AK47, leurs chargeurs, des munitions, des grenades, une radio Motorola pour la communication ainsi que des jumelles, ont été également remises.

Signalons qu’au cours de cette année, il s’est observé plusieurs réunions entre les renseignements militaires du Burundi et du Rwanda.

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