Jeudi 06 octobre 2022

Société

Rapport d’étape sur les crimes de 1972 : La CVR et l’Uprona s’accusent mutuellement

09/09/2022 2
Rapport d’étape sur les crimes de 1972 : La CVR et l’Uprona s’accusent mutuellement
Les membres du parti Uprona nient toute responsabilité de leur parti dans les crimes de 1972

Au cours d’une réunion organisée ce jeudi 8 septembre à l’intention des membres du parti Uprona, la Commission Vérité et Réconciliation (CVR) a accusé ce parti d’avoir des responsabilités dans les crimes de 1972-1973. L’Uprona déplore des affirmations gratuites et la déformation de l’histoire.

« Les plus hautes autorités de l’Uprona ont planifié les massacres de 1972. Les membres de ce parti ont joué un rôle clé dans la répression génocidaire », soutient Pierre-Claver Ndayicariye, président de la CVR.

Selon lui, la jeunesse révolutionnaire Rwagasore (JRR) du parti Uprona a été utilisée dans les massacres de 1972 : « D’anciens membres de la JRR ont déclaré à la CVR avoir été utilisés dans des traitements inhumains et dégradants comme les arrestations, ligotages, bastonnades, pillages, expropriations, viols, mariages forcés, tueries, etc. »

Le rapport de la CVR accuse cette jeunesse d’avoir participé dans l’identification des victimes, les arrestations arbitraires, le convoi des victimes vers les lieux de rassemblement ainsi que la supervision du creusage des fosses communes. Et d’ajouter qu’elle a été utilisée comme un groupe d’autodéfense ratissant collines et buissons à la traque des ennemies imaginaires.

Dans son exposé, Pierre Claver Ndayicariye confie que lors des massacres de 1972-1973, les criminels portaient des drapeaux et des insignes de l’Uprona.

Cependant, il soutient que les membres actuels de ce parti ne peuvent pas porter le fardeau des crimes commis par leurs aînés. D’après lui, la vérité aidera le parti Uprona à se fortifier : « La force de l’Uprona ne réside pas dans le fait de contester les conclusions des enquêtes. La responsabilité est individuelle. Il faut que ce parti accepte certains événements qui ont endeuillé le pays ».

« Déformation de l’histoire pour des raisons politiques »

« Des lacunes méthodologiques, des affirmations gratuites, des occultations et/ou déformations des faits font de ce rapport un document non crédible », indique Olivier Nkurunziza, président du parti Uprona.

Pour lui, il ne suffit pas de se focaliser uniquement sur la période 1972-1973 pour conclure et établir les responsabilités : « Conclure avant d’enquêter sur d’autres périodes qui ont endeuillé le Burundi, comme s’il n’y avait pas de liens historiques de cause à effet entre les événements dénote un vice de procédure qui rend les conclusions non crédibles ».

Olivier Nkurunziza accuse le rapport de la CVR de passer sous silence les tensions ethniques Hutu – Tutsi d’avant 1972 particulièrement qui ont poussé quelques élites Hutu à la révolte.

Pour lui, cela explique la rébellion qui a déclenché les massacres à caractère génocidaires à Rumonge et Nyanza-Lac au sud du pays en 1972 : « Occulter cette réalité dénote une tricherie intellectuelle et une déformation de l’histoire pour des raisons politiques ».

Selon M. Nkurunziza, on ne peut pas conclure la responsabilité de l’Uprona en se basant seulement sur les crimes commis par des membres de la JRR : « Cela dénote un manque de rigueur en matière d’enquête et de la recherche de la vérité ». Et de recommander la consultation de son parti dans les enquêtes de la CVR pour produire un rapport qui reflète la réalité des faits.

Pour Concilie Nibigira, membre de l’Uprona, on ne peut pas trouver la paix en culpabilisant abusivement : « Est-ce qu’on pourra atteindre la réconciliation alors que le parti de l’indépendance est aujourd’hui qualifié comme parti génocidaire ? Il faut éviter la globalisation. La responsabilité est individuelle ».

Des commissaires de la CVR rappellent qu’ils ne représentent pas aucun parti politique ou ethnie. Selon eux, ils cherchent la vérité en toute indépendance. « La CVR n’accuse pas, elle montre la vérité. Que quelqu’un l’accepte ou pas ne change rien ».

Lors de la présentation d’un rapport d’étape devant les deux chambres du Parlement réunis le 20 décembre 2021, la CVR a qualifié les massacres de 1972-1973 de génocide contre les Hutus.

CVR

Forum des lecteurs d'Iwacu

2 réactions
  1. Kamikazi

    Aïe ! Aïe !!! Comme le référendum sur l’unité nationale !!! Un « OUI » qui a été tué par quelques instruits ventriotes qui ne se sont pas dit la vérité séances tenantes !
    La vérité de la CVR est un mensonge pour certains ? Eclaircissez ce malentendu avant de continuer si non que du temps et moyens perdus !

    • Yan

      @Kamikazi
      « Eclaircissez ce malentendu »

      Moi je reste convaincu que ce malentendu ne sera jamais éclairci (je ne l’espère pas de mon vivant). Je crois que l’histoire est composée de manipulations et de contre-vérités qui se sont imposées comme telles suivant les opinions et les idéologies de ceux qui l’ont écrite. Pour le Burundi, moi je garde une question à laquelle je n’aurai probablement jamais de réponse: quelles ont été les raisons qui ont poussé à dissoudre le gouvernement la veille du déclenchement des tueries du 29 avril 1972? Question à 1000 francs burundais de 1972!

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