Jeudi 01 décembre 2022

Politique

Peur et vérité, un couple antinomique

23/11/2014 4

Le but ultime de la mise en place de la CVR est la découverte de la vérité sur le passé douloureux des Burundais. Néanmoins, la peur reste une réalité dans le pays.

A Rugarika, la population affirme que la peur est un grand obstacle à la vérité  ©Iwacu
A Rugarika, la population affirme que la peur est un grand obstacle à la vérité ©Iwacu

« La peur règne dans notre commune. Nous entendons toujours dans les radios des personnes tuées, violées, blessées… ici et là. Et la police entame des enquêtes, mais on ne voit pas de rapport. Les causes de ces crimes restent floues », affirme un jeune de la colline Rugarika, commune, province Cibitoke, à moins d’un kilomètre de la rivière Rusizi, à la frontière burundo-congolaise. Des scènes de pillage, de vol nocturne, d’embuscade sur la route Bujumbura-Rugombo sont également très fréquentes, selon lui. Damien Ndayisenga, 45 ans, un habitant de cette localité, indique que cette situation est liée à la mobilité des groupes d’hommes armés dans la plaine de la Rusizi. « Les Imbonerakure font la pluie et le beau temps dans notre localité. C’est inconcevable de voir de simples citoyens se substituer aux agents des forces de l’ordre et de sécurité. Où sont ces derniers ? ».

Même indignation chez les femmes. Sabine Ntakarutimana, veuve depuis 1972, habitant à Bujumbura, indique que les injustices, la spoliation des terres, etc, créent un climat de méfiance dans le pays. Et par conséquent, conclut-elle, la paix est hypothéquée et la peur se généralise dans le pays.

A Buganda, alors que d’autres femmes ont peur de s’exprimer, Chantal Ndayikengurukiye, une trentaine, brise le silence : « Quand les coups de feu se font entendre en République Démocratique du Congo, directement dans notre localité, c’est l’alerte générale. Nous avons été traumatisés par de longues périodes de guerre. S’en souvenir est un vrai cauchemar ». D’après elle, le traumatisme fait que les gens restent en état d’alerte, ce qui engendre la peur. C’est le cas pour les victimes et les bourreaux. D’une part, les victimes ont peur de revivre les scènes cauchemardesques, de subir les mêmes atrocités et de perdre le peu de biens matériels qui leur reste. De l’autre part, les bourreaux ont peur d’être démasqués. « Ils se culpabilisent et ont peur de la justice une fois la vérité découverte sur leurs crimes. » Dans ce cas, conclut Mme Ndayikengurukiye, les gens ne pourront pas témoigner et la vérité ne sera pas connue.

Au sud du pays, la population ajoute d’autres causes de la peur. Ndinzemenshi, un habitant de la commune Vugizo, province Makamba, trouve que la question foncière est à la base d’une panique générale : « Elle risque de faire retomber le pays dans des violences politiques à caractère interethnique. » Et de préciser que beaucoup de dossiers se trouvent dans les mains de la Commission Nationale des terres et autres biens (Cntb). Un autre habitant de la même localité souligne que « cette dernière semble se soucier davantage d’une seule catégorie de Burundais : les rapatriés dont la quasi-totalité sont Hutu entraînant ainsi des frustrations des résidents. »

La sécurité, une des clés de la vérité

Que ce soit à Cibitoke ou à Makamba, la population converge sur la nécessité de la sécurité pour pouvoir arriver à la vérité. Athanase Ndushabandi, 68 ans, ancien chef de secteur de Ruhagarika, commune Buganda, province Cibitoke, pense que quand les gens ne se sentent pas sécurisés, ils ne peuvent pas oser témoigner. Idem pour Ildefonse Kana, septuagénaire, un rapatrié : « La sécurité est primordiale dans le travail de la recherche de la vérité. Quand je suis rentré de la Tanzanie, j’étais convaincu que la sécurité était une réalité dans le pays, selon les dires des autorités ». Conséquemment, poursuit-il, j’avais pris la décision de témoigner sur tout ce que j’ai vu durant la crise de 1972 et celles d’après, une fois la CVR mise en place. Actuellement, cet homme n’est plus prêt à dire la vérité. « Je ne veux pas risquer ma vie au moment où l’insécurité règne dans le pays et que les bourreaux sont devenus forts », explique-t-il, tout en précisant que si sa sécurité est garantie, il pourra témoigner.

La peur, une des causes de guerre au Burundi

Pr Léonidas Ndayisaba ©Iwacu
Pr Léonidas Ndayisaba ©Iwacu

Les guerres répétitives qu’a connues le pays sont liées à plusieurs facteurs : la pauvreté, l’injustice sociale, … A cela, Léonidas Ndayisaba, professeur à l’Université du Burundi, ajoute la peur comme élément apte à provoquer des guerres, des affrontements interethniques. Il rappelle que chaque fois que le pays est tombé dans une guerre, une panique générale régnait dans le pays. Il donne l’exemple des crises de 1972, 1988 et 1993. Avant l’éclatement des événements, un climat de suspicion, de méfiance… entre concitoyens s’observait.

Actuellement, le Pr Ndayisaba affirme que les Burundais vivent la peur au ventre : « Ils ont perdu les leurs sans en connaître les causes et certains n’ont même pas pu enterrer les leurs. Ce qui signifie que les blessures sont encore fraîches et la douleur toujours vivace ». Cela a de lourdes conséquences sur les survivants et leurs progénitures.
Le Pr Ndayisaba cite les cas de traumatisme observés ici et là dans le pays.
Pour arriver à la vérité, cet universitaire demande aux autorités de s’atteler à la question sécuritaire. Il affirme que si la sécurité n’est pas là, les victimes et les témoins n’auront pas le courage de témoigner.

Forum des lecteurs d'Iwacu

4 réactions
  1. Jean-Pierre Ayuhu

    Je dois avouer que je ne comprends le sens de cet article et l’information que le journaliste a voulu transmettre aux lecteurs que nous sommes. Imbonerakure, 1972, la guerre au Congo voisins, le CVR, CNTB… c’est la soupe mais peut-être que le préparateur en connait les consommateurs et seuls connaissent le code derrière cet article trop ambigue à mon sens..

  2. kAGANJI

    L’article est bon, Mais quand vous le lisait du début ,a la fin , on a tendance ,a penser que le journaliste n’a pas été subjectif car il mélange les choux et les fleurs, La peur du présent et du passé, puis aller faire une conclusion avec la CVR et la CNTB, je trouve que cet article manquer d’objectivité? Merci

  3. KABADUGARITSE

    Il pourra témoigner ou pas mais les responsables des différents forfaits, de leur côté, savent que Kana est rentré et qu’il peut /pourra témoigner. Dans les deux cas il reste un danger pour eux et donc … Ashobora kugira ingorane ataco yavuze; rero yopfuma avuga akazira ukuri.-

    • BURYA URASHOBORA KUREKA KUBIVUGA ARIKO BAKAGUHITANA.UBIVUZE UKARUSIMBA.IMANA NINZIOZA KUKO IRACADUKUNDA.MUZE TUBIVUGE TWERUYE NTACO BAZOTUVUGA.NAKARE HAFA UWAVUTSE.KANDI NTITUZOKWAMAHO.NABO BICANYI BATWICE NTIBAZODUHEZA,KANDI BATABWE MUMURIRO.

A nos chers lecteurs

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, mais une information rigoureuse, vérifiée et de qualité n'est pas gratuite. Nous avons besoin de votre soutien pour continuer à vous proposer un journalisme ouvert, pluraliste et indépendant.

Chaque contribution, grande ou petite, permet de nous assurer notre avenir à long terme.

Soutenez Iwacu à partir de seulement 1 euro ou 1 dollar, cela ne prend qu'une minute. Vous pouvez aussi devenir membre du Club des amis d'Iwacu, ce qui vous ouvre un accès illimité à toutes nos archives ainsi qu'à notre magazine dès sa parution au Burundi.

Editorial de la semaine

Je suis Misago. Ou presque

Après sa tribulation, sa réapparition, lundi 21 novembre vers midi après deux jours d’inquiétude, suivi d’une sorte d’arrestation par des agents du Service national de renseignements (SNR) dans les montagnes ’’sacrées’’ de Magara, devenues un lieu de pèlerinage pour quelques (…)

Online Users

Total 1 738 users online