Mardi 31 janvier 2023

Politique

« Nkurunziza, président à vie ! »

11/03/2017 7

Le Conseil national de la jeunesse a appelé samedi dernier à une marche manifestation. Le contenu de la correspondance a été décrié.

Une foule de manifestants sur le Boulevard du 28 novembre
Des jeunes à la marche manifestation de ce 4 mars

«Nous soutenons les institutions issues des élections de 2015», indique le Conseil national de la jeunesse du Burundi dans la note de la semaine dernière.

Le président du Conseil national de la jeunesse du Burundi, Eraste Nzosaba, a appelé les jeunes à manifester et a donné des détails sur les motivations du Conseil. La jeunesse s’insurge notamment contre les putschistes et l’impunité. « Nous demandons un dialogue sans ces putschistes ainsi que ceux qui ont appelé les jeunes à manifester en 2015.»

Le nouveau secrétaire général des Nations unies est aussi interpellé. Il est demandé à Antonio Guiterres de ne pas prêter oreille attentive à ceux qui l’induisent en erreur. Ce Conseil fait allusion au rapport du Secrétaire général des Nations Unies du 23 février dans lequel il se dit préoccupé par la volonté probable de Pierre Nkurunziza de briguer un autre mandat.

Une correspondance retouchée

Il y a d’abord eu cette lettre qui a fuité et provoqué de vives réactions sur les réseaux sociaux. Elle contenait des phrases chocs. « Les putschistes de 2015 méritent la mort, la prison ou l’exil. Cette correspondance s’en prenait aux organisations internationales avec leurs rapports qualifiés de « montages contre le Burundi ». Human Rights Watch, FIDH et Amnesty international ont été spécifiquement indexés. La note épinglait vivement le dialogue inter-burundais d’Arusha, invitant la facilitation à ne pas inviter les auteurs du mouvement insurrectionnel de 2015 ainsi que l’émissaire des Nations unies au Burundi, Jamal Benomar.

Finalement, la marche manifestation de ce 4 mars a prouvé que la correspondance qu’il ne parvenait pas à assumer était la bonne. A voir des pancartes et des slogans que scandaient des jeunes survoltés. «Pierre Nkurunziza, président à vie! Le salaire des putschistes, c’est la mort, la prison ou l’exil…», pouvait-on par exemple entendre ou lire sur les banderoles du peloton de tête.


>>Les réactions

Léonce Ngendakumana

leonce-ngendakumanaPour le vice-président du parti Frodebu, les jeunes n’ont pas à préparer des manifestations à caractère politique. « Si c’était pour revendiquer le droit à l’éducation avec ce système de prêt-bourse qui pose problème au lieu de parler de mandat», Selon Léonce Ngendakumana, la meilleure façon d’hypothéquer l’avenir de la jeunesse c’est de la détruire. « Je conseille à la jeunesse de se ressaisir et construire ensemble un Burundi libre, uni et prospère. »


Abel Gashatsi

Abel Gashatsi
Abel Gashatsi

Il ne faut pas dénigrer la jeunesse qui manifeste. C’est cette attitude qu’ont les Burundais de dénigrer les autres qui a mis à mal notre pays. « Cette façon de regarder les gens de haut. » Parler de manipulation serait trop fort. « Il y a des universitaires parmi ceux qui manifestent et ce sont eux qui seront les dirigeants de demain »


Tatien Sibomana

tatien-sibomanaPour ce politicien, ces évènements n’apportent rien aux problèmes qui se posent au pays. Ça ne peut rien changer aux rapports des organisations internationales qui sont décriés par ces manifestants. « C’est juste une façon de garder en alerte maximale les militants pour que si jamais il y a une consigne quelconque, que ces derniers soient en alerte maximale. » Pour Tatien Sibomana c’est manipuler la jeunesse et l’opinion publique. « Une façon d’éviter que la population ne puisse méditer sur les erreurs du système. »


Evariste Ndayishimiye

evariste-ndayishimiye« Tant que les gens manifestent paisiblement sans faire de mal à personne où est le problème ? » s’interroge le Secrétaire générale du parti au pouvoir. Selon lui, quand les manifestations de 2015 ont viré à l’émeute personne n’a contesté. Quant à l’Occident souvent pointé du doigt, Evariste Ndayishimiye indique qu’il n’a qu’à montrer des signes positifs allant dans le sens de la réconciliation avec le peuple burundais. Et de conclure : « Demander des sanctions contre un pays qui est en train de se stabiliser laisse perplexe.»


Pacifique Nininahazwe

pacifique-nininahazwe« Quand la jeunesse marche contre ses propres droits, elle est instrumentalisée», indique cet activiste des droits de l’Homme. « Cette marche en faveur de ceux qui tuent, torturent, appauvrissent et dégradent l’avenir de la jeunesse est une honte pour tout le Burundi. » Pour Pacifique Nininahazwe, la jeunesse doit savoir qu’elle n’aura pas de cadeaux, elle doit se dresser contre la dictature et pour ses intérêts.


Décryptage

A côté de ceux qui participent à ces marches manifestations pour des intérêts divers, force est de constater qu’il y a d’autres jeunes qui y croient dur comme fer. Des jeunes prêts à braver le soleil ou la pluie, scander à tue-tête des slogans aux allures de véritables cris de guerre. « Nous affichons notre sens du patriotisme », ont déclaré quelques-uns de ceux qui ont pris part à la marche de samedi dernier.

En tout cas, Bujumbura est devenu le théâtre des manifestations en veux-tu en voilà. « Et cela devient à la longue lassant», indique un observateur. « C’est de la manipulation, autrement comment expliquer qu’ils félicitent le Gouvernement pour ses projets de développement. Mais quels projets ?», s’interroge un politologue, narquois.

Faut-il donc s’interroger sur l’incapacité de jugement de cette jeunesse appelée à manifester, sans insulter son intelligence? « Rwagasore avait leur âge lorsqu’il a aidé le Burundi à accéder à son indépendance », rappelle un politicien.

En tout cas il existe une manière plus élégante de protester sans que cela ne frise l’insulte et la calomnie, disent certains jeunes de la capitale. « Il y a de plus nobles causes à défendre telles que la lutte contre le chômage, le manque d’investissements en faveur de la jeunesse », indiquent-ils.

Interrogé sur la force de ces manifestations du point de vue diplomatique, un diplomate répond : « Croire que la normalisation des relations entre le Burundi et la Communauté internationale va se faire dans la rue, c’est y aller un peu fort.» La preuve, le Burundi croule sous les demandes de sanction et de résolution.

Forum des lecteurs d'Iwacu

7 réactions
  1. Mono

    Quelques universitaires…il etaient combien parmi ces jeunes? A quel prix? Acceptons aussi que vu les conditions dans lesquels ces universitaires sont grandis (pendant la crise 1993 / 2007 pour la plupart), on a droit de se poser des questions. Ils ne sont pas capables non plus de dire un mot sur tous ces changements comme: la pre-bourse, plus de petit dejeuner, leur vote, homes etc…..Tout le monde les comprend ou bien. Uwigize umukubuzo baku…

  2. Nduwayo claude

    ça serait bien d’accepter l’avis contraire aussi, laisser manifester ceux qui pensent que le 3ème mandat est illégal, ceux qui croient que le burundi est pauvre parce que la politique menée n’est pas la bonne, qui pensent qu’il faut lutter contre ibiturire, il y a plusieurs visions. Les problèmes du burundi ce n’est pas les étrangers mais les burundais eux-mêmes.

  3. dora kabingo

    @ Gashatsi
    Je vais dire une chose à Mr Gashatsi , celui qui se réclame le president de l’Uprona . Hariho abarira batazi uwupfuye .
    La seconde chose est que ces jeunes qu’on mobilise dans la rue feraient mieux de manifester davantage en faveur de nouveaux emplois , de nouvertes opportunités d’affaire , de l’ouverture des marchés , de la réduction des frais de scolarité. Lorsque j’étais jeune je me comportais comme eux : irresponsables et insouciants , facilement manipulés. J’ai 55 ans aujourd’hui je sais ce qui compte . Personne ne me demandera plus de manifester que pour une chose qui compte.

  4. Orignal

    Je pense qu’il y a confusion à un certain niveau . Vu le passé de notre pays y compris les événements de 2015 , j’ose croire que le peuple meurtri depuis les siècles ne peut pas manifester pour avoir l’argent mais plutôt , juste soutenir le leur pour que l’on ne tombe pas dans ce que l’on a vécu dans le passé . Et plus l’opposition utilise la violence plus ils sont alertés . Pour moi , même si la mouvance est aussi condamnable pour certains actes , la solution pour la crise est entre les mains de l’opposition . Elle n’est nulle autre que être pacifique et privilégier le dialogue .

  5. roger crettol

    Vox populi, vox dei.
    Et quand la voix de Dieu peine à se faire entendre à la conscience des hommes, on fait bêler le peuple pour se donner raison.

    « Le salaire des putschistes, c’est la mort, la prison ou l’exil ».
    Parfait ! Souvenons-nous que le « putsch » originel a été perpétré par le président sortant d’alors, qui s’est bricolé le droit à une troisième candidature …

    Rien, dans la gestion de cette crise, ne vient effacer l’impression laissée par le portrait démesuré de son Excellence le Président de la Répuiblque qui encombrait le salon VIP de l’aéroport de Bujumbura en février 2006.

    L’encombrement se poursuit, hélas.

    • JOSHUA 2015

      Hélas!!!!!!!!!!

      • Meurlsaut

         »Nkurunziza, président à vie! » Hitler avait prévu de régner mille ans! Mais l’histoire s’est chargée de le ramener à la raison! J’estime aussi qu’Alpha Blondy a raison de dire qu’aujourd’hui c,est  »vive le général » et demain c’est  »abat le général! » Si au moins nos despotes africains y réfléchissaient,ils hésiteraient de se dire forever!!

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