Politique

Muyinga/Gasorwe : la chèvre de la discorde

26/08/2019 Edouard Nkurunziza Commentaires fermés sur Muyinga/Gasorwe : la chèvre de la discorde
Muyinga/Gasorwe : la chèvre de la discorde
L’un des victimes des échauffourées de Masasu.

De véritables affrontements ont éclaté, mardi 13 août, entre les militants du CNL et les Imbonerakure à la colline Masasu de la commune Gasorwe en province Muyinga. Des blessés, et puis des arrestations. Une explosion d’une situation de méfiance politique latente depuis quelques mois. Les faits.

Une journée mouvementée, des tours qui laissent des suspicions sur Masasu, mardi 13 août. Les événements de ce jour restent gravés dans les mémoires des habitants de cette colline envahie par la peur. Iwacu en a rencontré trois. Ils racontent.

La frustration

Les échauffourées éclatent vers 19h. «Nous étions dans la maison quand nous avons entendu un bruit sinistre. Quand j’ai jeté un coup d’œil au dehors, la scène était terrifiante : des dizaines de jeunes gens avec des gourdins».

Devant la foule, Madjid Masabo, chef de la zone Gasorwe, et Amissi Mbonihankuye, président du Cndd-Fdd  en zone Gasorwe. Ils se dirigent au petit centre de Masasu. Là, Saïd Habiyakare, un jeune militant du CNL vend de la brochette.  Ils vont lui interdire la vente.

Et c’était prévisible. Quelques heures auparavant, vers 17h, les deux responsables et le chef de colline avaient tenu une réunion à ce centre au sujet du banditisme de chèvres. Dans son discours, Amissi Mbonihankuye avait glissé que «ce ligala compte beaucoup de récalcitrants».

Avant de rebrousser chemin, ils s’étaient concertés, durant une trentaine de minutes, avec les administratifs à la base de cette colline et quelques Imbonerakure. Les militants du CNL de la localité avaient alors soupçonné un plan. Pour plusieurs raisons.

D’abord, dans l’avant-midi, les deux avaient tenu une autre réunion sur la même colline. Nos sources ignorent le point à l’ordre du jour. Et alors que Saïd Habiyakare, chèvre à la main, et Abdoul Macumi (un autre militant du CNL) passent près de la place où se tient le meeting, Madjid les menace : «Récalcitrants ! Vous demeurez toujours des récalcitrants, vous ne voulez pas prêter oreille à nos conseils ?»

Ensuite, depuis des mois, des militants du CNL exerçant des activités génératrices de revenus en commune Gasorwe se voient tour à tour interdits de poursuivre leur commerce. Iwacu est revenu sur cette forme d’intolérance politique à Gasorwe dans ses numéros précédents. A Masasu, Issa Ngenzebuhoro est l’une des victimes.

Dégénérescence

En ce mardi, à l’arrivée de la foule, lui et nombre d’autres militants du CNL frustrés sont sur place. Ils protestent contre l’interdiction donnée à leur camarade. Les deux responsables sont intransigeants. «C’est une chèvre volée», ont-ils prétexté. L’autre côté reste aussi ferme. Un bras de fer est engagé.

Les quelques jeunes qui ‘’assurent la sécurité’’ de deux autorités s’invitent dans le bras de fer. Les affrontements commencent. Mais les militants du CNL en e petit nombre prennent fuite. Les autres les poursuivent jusque dans leurs ménages.

Dans différents ménages, des cris assourdissants. Les secours ne tarderont pas. Plusieurs autres militants  du CNL accourent, munis de gourdins. Des coups pleuvent. Les Imbonerakure sont sévèrement tabassés. Trois parmi eux sont grièvement blessés.

Des Imbonerakure d’autres collines sont appelés en renfort. Deux militants du CNL sont aussi blessés. Les échauffourées dureront plusieurs longues minutes.  Finalement, un officier de l’armée se rendant à Kirundo passe par les lieux. Il s’arrête suite aux hurlements. Il ordonne aux antagonistes de s’asseoir par terre avant d’appeler le commissaire provincial de police. «Entretemps, Amissi Mbonihankuye a retiré un à un  les Imbonerakure, sauf les blessés». La police n’emmènera finalement que les militants du CNL au cachot du commissariat de police. Huit au total dont l’un des deux blessés.

Selon des militants du CNL, certains des Imbonerakure auraient été blessés par leurs camarades. «Comme ils venaient de plusieurs collines, ils ne se connaissaient pas. Il est possible qu’ils se soient eux-mêmes tabassés sans le savoir». Ils dénoncent un deux poids, deux mesures. «Comment se fait-il qu’on se permette d’arrêter  des membres d’un seul côté parmi deux parties en conflit?»

«Arrêtés suite au crime commis»

Le commissaire provincial de police assure qu’il n’y a rien de politique dans l’arrestation  des militants du CNL de Gasorwe. «Ils ont été arrêtés, suite au crime commis», indique Jérôme Ntibibogora, soulignant que les prévenus ont eux-mêmes reconnus avoir tabassé les Imbonerakure du fait de leurs frustrations.

Aline Manirabarusha : « Lorsque des échauffourées éclatent, l’on arrête ceux qui les ont provoquées.»

« Lorsque les échauffourées éclatent, l’on arrête ceux qui les ont provoquées», explique  Aline Manirabarusha, gouverneure de la province Muyinga. Elle ajoute néanmoins que des enquêtes sont en cours. «Le dossier se trouve au parquet. Je ne sais pas si ce sont les militants d’un seul parti qui sont en prison».

D’après Vincent Uwitonze, procureur de la République à Muyinga, ces prévenus sont poursuivis pour lésions corporelles volontaires graves. Une infraction retenue provisoirement. Il confie que 3 parmi eux ont été relâchés après instruction sur le dossier. «Les enquêtes sont néanmoins toujours en cours ».

Joint par téléphone, Amissi Mbonihankuye cité dans le dossier comme l’un des instigateurs des affrontements, s’est refusé à tout commentaire : «Je ne suis pas le porte-parole du parti pour donner des informations.» Quant à Shabani Nimubona, président des Imbonerakure en province Muyinga, il indique n’avoir pas la latitude de s’exprimer sur un dossier sous instruction judiciaire.

 

   Edouard Nkurunziza et Fabrice Manirakiza

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