Mercredi 30 novembre 2022

Editorial

Je suis Misago. Ou presque

25/11/2022 1
Je suis Misago. Ou presque

Après sa tribulation, sa réapparition, lundi 21 novembre vers midi après deux jours d’inquiétude, suivi d’une sorte d’arrestation par des agents du Service national de renseignements (SNR) dans les montagnes ’’sacrées’’ de Magara, devenues un lieu de pèlerinage pour quelques ’’born again’’, … après sa remise à son directeur et à sa famille, tout semblait rentrer dans l’ordre pour le reporter du Journal Iwacu, Jérémie Misago,  introuvable depuis samedi 19 novembre alors qu’il était censé aller présenter ce même jour sa future moitié à sa famille.

Mais aussitôt libre, le calvaire ne faisait que commencer. Visiblement, il n’avait pas mesuré l’ampleur du geste. Il a tout reçu notre confrère. Des paroles terribles, des accusations et autres médisances. Soyons honnêtes, il y a eu aussi quelques messages de compassion, de réconfort.

Apparemment, notre confrère ou notre frère a frôlé la dépression. Le « burn out », suite à un cumul de problèmes personnels sur lesquels je ne reviens pas.

Je pense que la plupart d’entre nous, portons des masques, voire des carapaces, arborant le meilleur de nos sourires en public, pleurant à chaudes larmes dans un coin. « Les larmes d’un vrai Burundais coulent à l’intérieur ».

Certains essaient de noyer les soucis dans l’alcool. Mais comme disait un humoriste, « les soucis savent nager ». D’autres tentent de les dissiper par quelques joints, « les soucis savent voler ». Ou à l’instar de notre collègue, en implorant à en perdre haleine, le Seigneur, pour qu’ils les délivrent de leurs lourds fardeaux.

Qui ne s’est jamais retrouvé dos au mur ou par terre, accablé de crédits, de factures impayées, croulant sous les ardoises ? Qui ne s’est jamais retrouvé à quelques jours d’un grand événement, nez à nez avec un problème insurmontable, une échéance fixe, sans alibi, sans moyens, désarmé, impuissant ?

L’essentiel est de se relever, reprendre son courage à deux mains avec détermination, engagement et lucidité. Sinon on tombe, on fait des erreurs d’appréciation, on se fait avoir chaque jour. Mais aussi, on a des leçons chaque jour.

L’important est d’éviter la rechute, de retomber dans ses errements. « Une de mes erreurs impardonnables, c’est de n’avoir pas communiqué », a avoué Jérémie Misago face aux questions et aux dards de ses confrères. Ils ne l’ont pas épargné. Ils n’ont pas fait dans la dentelle, presque pas de confraternité.

« Jérémie, tu pries, tu affirmes que tu as peur du péché, tu nous dis souvent que tu lis la Bible, d’ailleurs tu l’avais dans ton sac quand tu es parti, est-ce que tu trouves normal de plaquer ta future épouse et tes amis et aller prier dans les montagnes de Magara, sans un mot ? ». Silence dans l’assistance.

Et Jérémie de répondre : « Je vous le répète, à un certain moment, je ne savais pas où j’en étais, où donner de la tête et ma faute est d’avoir oublié de communiquer ».

Que celui qui ne s’est jamais retrouvé dans une situation d’impasse, lui jette la première pierre.  Je me sens Jérémie. Ou presque.

Forum des lecteurs d'Iwacu

1 réaction
  1. Kira

    À ceux qui appelaient un de vos confrères lui demandant ce qu’il fallait faire désormais de votre collègue Misago, je crois que vous venez de donner une réponse claire, qui honore votre profession. La vraie question n’est pas ce qu’il faut faire du journaliste, mais  »ce qu’il faut faire pour le journaliste ». Jérémie Misago est beaucoup plus à plaindre qu’à blâmer. Au moment ou on évoque les assises du journalisme au Burundi, la mise sur pied d’une cellule de soutien psychologique pour venir en aide aux membres de la profession ne serait pas inutile. Le cas Misago le démontre à suffisance.

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