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Interview exclusive – Alice Nsabiyumva : « Nous avons besoin de six mille bancs pupitres »

28/12/2020 Fabrice Manirakiza Commentaires fermés sur Interview exclusive – Alice Nsabiyumva : « Nous avons besoin de six mille bancs pupitres »
Interview exclusive – Alice Nsabiyumva : « Nous avons besoin de six mille bancs pupitres »
Mme Alice Nsabiyumva, administrateur de la commune de Matongo

La cohabitation post-électorale, la situation socio-économique, la protection de l’environnement, … Mme Nsabiyumva, administrateur de la commune Matongo, province Kayanza s’exprime. Cette jeune autorité dévoile aussi ses projets prioritaires pour cette commune riveraine de la Kibira.

Plus d’une année après les élections générales, comment la population cohabite- t-elle ?

La cohabitation est globalement bonne. Nous avons quatre partis politiques actifs sur terrain., la situation est vraiment stable. La population vaque normalement à ses activités et partage tout, sans distinction d’appartenance politique ou ethnique.

Néanmoins, ces derniers mois, des cas d’insécurité ont été signalés tout près de la Kibira. Plusieurs citoyens ont été tués…

Rien à signaler. La sécurité est très bonne. La population est très solidaire et prête à combattre tout ce qui peut nuire à cette cohabitation pacifique.

Aujourd’hui, beaucoup de réfugiés regagnent le bercail. Matongo est-elle concernée ?

Evidemment. Dans notre commune, on a déjà enregistré six rapatriés. Ils ont été bien accueillis. Ils sont retournés directement dans leurs ménages. Les maisons ont été bien gardées et étaient intactes.

Economiquement, qu’est-ce qui fait vivre votre population ?

Comme la majorité des Burundais, elle vit de l’agriculture et de l’élevage. Et aujourd’hui, elle s’approprie petit à petit des techniques agricoles modernes.

Quelles sont les principales cultures qu’on peut trouver à Matongo ?

Matongo s’étend sur deux régions naturelles : Mugamba et Buyenzi. Dans cette dernière, on y trouve principalement du maïs, du haricot, du manioc, de la patate douce, etc. Bref, presque toutes les cultures vivrières. A Mugamba, c’est surtout le pomme de terre, le petit-pois et le blé.
Dans les marais, apparemment on voit qu’on s’attend à une bonne récolte de maïs.

Là, il y a vraiment une innovation. Les agriculteurs ont décidé de créer une sorte de synergie. Désormais, plus question de cultiver en solo. On fixe un calendrier. Personne ne cultive avant ou après l’autre. Pour le labour, tous les agriculteurs descendent dans les marais en même temps. Idem pour le semis et le sarclage. Et ils ont reçu des semences sélectionnées, très productives. Des engrais chimiques aussi. Et des agronomes font le suivi de ces champs. A les observer de loin, on a l’impression que c’est une coopérative. Mais, pas du tout. Chacun garde son lopin de terre.

Et pour moissonner ?

Personne n’est autorisé d’y aller avant les autres. Ils ont engagé des veilleurs. La récolte se fait en même temps et le même jour ou durant deux jours.

Pourquoi cette stratégie ?

Il y avait trop de pertes. La récolte était tout le temps mauvaise chacun cultivait à sa guise. Et le temps de moisson n’était pas le même. Ce qui favorisait beaucoup les bandits nocturnes d’autant plus que dans les champs les cultures ne mûrissaient pas au même moment. Et il n’y avait pas un consensus entre agriculteurs pour engager en commun des veilleurs.

Mais les planteurs de pommes de terre ne sont pas contents. Pourquoi ?

Là, il y a eu un problème de fournisseurs de semences. Certaines semences étaient de mauvaise qualité ou pourries. La production ne sera pas bonne. Mais, en plus quand il y a une forte précipitation, la production de pomme de terre chute.

Malgré la longue liste des cultures vivrières, les prix au marché restent élevés. Pourquoi ?

Oui. Certaines denrées sont chères. Mais, ce n’est pas seulement dans notre commune. Ici, ils sont chers mais disponibles. Le trafic est intense sur la RN2. Il y a beaucoup de trafic. Pour fixer les prix, les producteurs se renseignent. Ils se réfèrent aux autres localités. Cette route goudronnée est un facteur qui explique cette hausse. Nos agriculteurs alimentent Bujumbura. Il y a donc un grand marché. Néanmoins, la situation n’est pas très alarmante.

Quid des cultures d’exportations ?

A Matongo, il y a le café et le thé. Les habitants sont vraiment très intéressés. Seulement, ces dernières années, on a observé un relâchement pour le café. La production n’était pas bonne et les prix étaient très bas. Mais aujourd’hui, ils sont en train de s’intéresser encore à cette culture d’exportation.

Mme l’administrateur, à Matongo, on parle souvent d’un marché moderne non encore fonctionnel depuis plusieurs années

C’est vraiment regrettable. Quand un marché est construit et qu’il ne fonctionne pas, c’est une grande perte pour la commune. Car, il y avait d’autres projets qui auraient pu être réalisés avant. S’il était fonctionnel, il y aurait des entrées communales. Et malheureusement, nous n’avons pas un autre marché moderne.

Pourquoi les commerçants l’ont-ils boycotté ?

Ils disent que c’est loin de la route goudronnée, qu’il n’y a pas de clientèle.

Ne peut-il pas servir à autre chose ?

Oui. Nous sommes en train de voir comment mettre en valeur cet espace. Par exemple, les maisons qui devaient servir de boutiques servent aujourd’hui de hangar de stockage. Les agriculteurs y conservent des graines de maïs, de haricot, des pommes de terre, etc.

Mais, ce ne serait pas plus rentable d’organiser tout ce commerce ambulant pour augmenter les taxes communes ?

Si. C’est pourquoi nous comptons établir un marché commun. Et là, tous ces vendeurs ambulants, au bord de la route, vont être canalisés vers là. Et cela va aussi faciliter les acheteurs. si quelqu’un a besoin d’un produit, il sait où il peut le trouver.

Ainsi, même ces vendeurs vont payer les taxes. Mais, aujourd’hui, c’est difficile de fixer une taxe annuelle pour eux. Car, ils ne sont pas permanents, ils n’ont pas d’adresses fixes. Cela leur permet d’échapper au fisc.

Aujourd’hui, la politique gouvernementale est de contrôler l’exploitation de tous les minerais dans le pays. Est-ce que l’exploitation de l’or dans la rivière Inampemba vers Burarana se poursuit ?

Elle est interdite. Car, désormais, les exploitants doivent avoir une autorisation du ministère en charge des minerais.

Comment se porte l’enseignement à Matongo ?

La commune compte 43 directions dont 36 pour l’Ecole fondamentale et 7 de l’Ecole post-fondamentale. Pas de lycées à régime d’internat. Seulement, le taux de réussite est trop bas.

Pourquoi ?

Les conditions d’apprentissage ne sont pas bonnes. Il y a un manque de manuels scolaires, du matériel didactique et d’enseignants. Nous déplorons aussi le mauvais état des salles de classes, etc. Or, tous ces éléments contribuent dans la réussite des élèves.

Les bancs pupitres sont-ils suffisants ?

Là, c’est vraiment un sérieux défis. Le manque de bancs pupitres ne permet pas aux élèves de bien apprendre. On trouve six enfants sur un même banc pupitre. Certains s’asseyent à même le sol. D’autres sur des briques ou de petits troncs de bois. Dans ces conditions, il devient tellement difficile pour l’apprentissage. Globalement, nous avons besoin de six mille bancs pupitres.

nous interpelons les natifs à développer leur commune. Nous avons tenu une réunion avec les natifs, nous sommes en train de voir comment relever ce défi. Et tout le monde est concerné. Chacun doit apporter sa contribution.

Vous avez des écoles de métier ?

Aucune école de métier dans notre commune. Nous avons seulement un centre qui accueille ceux qui échouent en 9ème année. Malheureusement, nous n’avons pas eu de candidats. Les jeunes le boycottent. Parce qu’il enseigne l’agriculture et l’élevage. Ils disent que même leurs parents le font sans avoir fréquenté l’école.

Avec un taux de réussite si bas, sûrement que le taux d’abandon est élevé…

Sans doute. Il est très élevé pour plusieurs motifs. D’abord, la proximité d’une route goudronnée. Le petit commerce est intense. Parmi ces vendeurs, on y retrouve des élèves. Et suite à la pauvreté dans les familles, ils se concentrent au commerce et abandonnent l’école. Ensuite, l’exode rural. Et certaines filles laissent l’école pour le mariage.

Que faites-vous pour stopper cela ?

Des sensibilisations au niveau collinaire. J’interpelle les parents à motiver leurs enfants, à leur montrer que l’école est la clé du développement. Si les parents sont impliqués, j’espère un changement positif.

Quid des infrastructures sanitaires ?

Nous avons cinq centres de santé, dont un privé. Mais, ils ne sont pas suffisants. En cas d’opérations chirurgicales, la situation se complique. Les ambulances sont rares. Ce qui rend difficile le transfert d’un patient vers un hôpital. Normalement, Matongo est dans le district sanitaire de Musema. Le transfert devrait se faire vers l’Hôpital Musema. Mais, beaucoup préfèrent l’Hôpital Kayanza plus proche.

L’annonce d’installer un hôpital dans chaque commune est intéressante pour vous alors ?

Exactement. Nous sommes prêts à construire notre propre hôpital. Je pense que les autorités vont l’équiper et disponibiliser un personnel qualifié.

Dans certains de vos ménages de votre commune, ils n’existent pas de lieux d’aisances. Vous confirmez ?

Malheureusement oui. Mais, ils ne sont pas nombreux. C’est surtout chez les Batwa. Mais, nous sommes à l’œuvre pour résoudre ce problème d’ici fin décembre 2020. Après, nous allons vérifier si tous les ménages, les bars et les restaurants ont exécuté notre recommandation. Toute maison doit avoir un lieu d’aisance propre.

On vient de clôturer 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre (VBG). Quelle est la situation à Matongo ?

Ici, il n’y a pas beaucoup de cas de VBG. Seulement, nous avons des conflits entre les couples. Surtout à cause de l’adultère. C’est une réalité. Certains risquent même de s’entretuer. Plusieurs cas se sont déjà révélés. Des femmes qui se ‘’prostituent’’ ou des hommes qui cherchent des ‘’deuxièmes bureaux’’, des concubines. Ce qui arrive souvent quand le mari part à Bujumbura ou ailleurs pour une longue période. Les femmes s’adonnent souvent à la débauche.

A Ruhororo en province Ngozi, on est arrivé à fixer l’heure de rentrer pour les femmes. Et à Matongo ?

Cela n’a pas été seulement fait à Ruhororo. La mesure a été prise dans plusieurs communes. Même ici, nous avons pris cette décision. Elle reste encore en vigueur.

On parle aussi de viols d’enfants. Un homme aurait kidnappé une adolescente de 15 ans et l’aurait violée et engrossée. Est-ce vrai ? Des cas similaires ?

Non. Ce n’est pas fréquent. Même cet homme rejette cela. Il dit que c’est un montage, un mensonge. Depuis que je suis à la tête de cette commune, je n’ai pas encore vu beaucoup de cas.

Quid de la protection de l’environnement ?

Il y a beaucoup d’éboulement. Alors, nous sommes en train de planter des arbres au bord des routes. Nous traçons aussi des courbes de niveau en vue de lutter contre l’érosion. Nous avons quatre pépinières de nouveaux plants. Et plus de 60 mille déjà plantés.

Et quel est l’état des autres voies de communication ?

Elles ne sont pas en bon état. En cas de pluies, elles sont très glissantes. La circulation s’arrête. Nous essayons de boucher les fossés ou les nids de poule. Mais, les moyens locaux restent limités. On n’est pas capable de résoudre seul ce problème. Tout soutien est le bienvenu pour qu’elles soient facilement praticables.

Quels sont vos projets prioritaires ?

Comme il y a vraiment des problèmes dans l’éducation où le taux de réussite reste bas, l’éducation est notre priorité. Les lieux d’apprentissage doivent remplir certaines conditions afin de booster la réussite. Pour y arriver, les écoles doivent être bien couvertes, cimentées et avoir des portes et des fenêtres. Nous souhaitons que les coins non encore alimentés en eau et électricité soient servis. Il faut que Matongo ait beaucoup d’usines de transformation de notre production agricole.

Propos recueillis par Fabrice Manirakiza & Rénovat Ndabashinze

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