Mercredi 05 octobre 2022

Société

Ils sont toujours là

18/07/2022 , et Commentaires fermés sur Ils sont toujours là
Ils sont toujours là
Sur la chaussée du peuple Murundi, une personne vivant avec handicap mendie.

Après les rafles des mendiants adultes et enfants en situation de rue, ils sont toujours là. Mais, ils ont changé leurs habitudes et leurs « repères ». Même s’ils ne sont plus, on les voit toujours dans les rues de la ville de Bujumbura. Certains ont été rassemblés dans des centres d’encadrement.

Par Fabrice Manirakiza, Emery Kwizera et Hervé Mugisha

11 juillet 2022 vers 11 heures sur la chaussée du Peuple Murundi, non loin de l’Hôtel de ville en mairie de Bujumbura, Célestin Nkunzimana, une personne handicapée mendie. 25 ans, unijambiste, il est apparemment très fatigué. Assis par terre sous un soleil accablant, il tend la main à tout passant, piétons ou personnes en voiture. Il appelle « aidez-moi ». Son visage ridé reste levé vers les probables âmes charitables. Son tricycle pour handicapés est garé derrière lui. Arrêté par la police jeudi le 7 juillet, il a été relâché après avoir présenté des excuses. Mais, il a décidé d’aller de nouveau dans la rue pour mendier. A ses risques et périls.

« Je n’ai pas de choix, je dois payer un loyer de 50 mille BIF chaque mois et faire vivre ma famille », fait-il savoir la peur au ventre, Il craint un policier déguisé en journaliste. « Tu n’es pas vraiment un policier ? », demande-t-il. « Qu’il accorde la faveur à nous qui avons perdu des parties du corps. Les autres mendient alors qu’ils sont bien portants, alors qu’ils ont même des stocks de nourritures à la maison », supplie l’homme à une seule jambe. Il raconte que sa jambe gauche a été amputée suite à une maladie alors qu’il était en train de terminer une formation policière. « C’était à presque deux semaines de la fin de la formation, j’étais sur le point de porter l’uniforme policier. Je pense que j’ai été victime de la sorcellerie ». Célestin Nkunzimana fait savoir qu’il mendie pour avoir un petit capital afin que sa femme valide puisse faire du commerce. Il demande avec instance au ministère de la Solidarité de faire une faveur aux personnes handicapées qui n’ont pas des moyens de survie.

La vieillesse ?

D’autres cas de mendiants sont à signaler notamment au centre-ville. Mercredi vers 11h30, 13 juillet 2022, derrière la clôture de l’Ecole Stella Matutina, sous un arbre, à l’abri du soleil, une femme âgée assise sur une chaise roulante tend la main à tout passant. D’habitude, plusieurs mendiants pullulent. D’autres mendiantes, témoigne-t-elle, n’ont plus le courage de revenir, ayant été raflées la semaine dernière. Elle sait qu’elle peut être arrêtée ou chassée par la police à tout moment. Pourtant, elle dit qu’elle n’a pas peur. « Je ne crains rien. J’ai tout vécu. S’ils me raflent, ils vont me faire quoi ? S’ils me tuent, tant mieux » La vieille dame confie qu’elle n’a personne pour la soutenir. « J’avais eu beaucoup d’enfants, mais tous sont morts. Et mes deux petites filles sont des chômeuses. Elles aussi ont besoin d’aide. Elles ont aucune chance de trouver un emploi. » Elle fait savoir qu’elle a commencé à mendier a quand sa santé s’est détériorée. « Avant, j’étais cultivatrice et je pouvais subvenir à mes besoins. »

Derrière la clôture de l’école Stella Matutina, sous un arbre, à l’abri du soleil, une femme âgée assise sur une chaise roulante tend la main à tout passant.

Les mendiants qui sont d’habitude devant la route passant près de l’ancien Marché central de Bujumbura ont diminué remarquablement. Vers midi de la même journée, une seule maman était visible avec ses deux enfants dont un hydrocéphale. Devant lui, un petit carton où les âmes charitables déposent des petites sommes d’argent : 50 BIF, 100 BIF rarement 500 BIF. Approchée, elle dira qu’elle a 4 enfants qu’elle prend en charge toute seule. « Mon mari m’a abandonné au profit d’une autre femme », se lamente-t-elle. Pour lui, le gouvernement devrait la laisser mendier. « Je dois nourrir mes enfants. Je dois payer un loyer de 20 mille BIF. Si on m’empêche de mendier, je serais obligée de me prostituer », explique la jeune dame. Or, estime-t-elle, au lieu de voler ou de se prostituer, vaut mieux mendier. Son fils aîné a abandonné l’école faute de moyens financiers. « Il a 12 ans, il était en 7e année de l’école fondamentale. »

Les mendiants sont toujours visibles au centre-ville de Bujumbura. D’autres profitent des embouteillages du soir au niveau des parkings pour quémander. « Aidez-moi », demande une personne âgée à un passager sur le parking des bus desservant le sud de la capitale ce 14 juillet vers 18h30. Et un passager de répondre : « Vieux, tu ignores que cela est désormais interdit. » Le pauvre mendiant en colère s’est avancé vers un autre bus, sans répondre.

Les enfants attrapés, sous encadrement

Au parking dit Cotebu, les enfants en situation de rue ne s’affichent plus Sauf Derrick, 11 ans. Assis et reposé sur un poteau électrique, il est tout serein. « Je suis venu de « Ku matafari » à Kamenge. Je suis venu chercher à manger. Nous n’avons pas de quoi mettre sous la dent chez moi », raconte ce petit garçon, les larmes aux yeux. Il affirme qu’il doit quitter la maison chaque jour pour tenter de trouver une âme charitable qu’il lui donne au moins un billet de 100 BIF pour s’offrir un beignet. Orphelin de père, il confie que sa mère, commerçante d’amarante, ne peut pas nourrir régulièrement ses 5 enfants.

A l’entrée de l’un des deux Centres d’Encadrement et de Réintégration dans la zone de Jabe en mairie de Bujumbura, des jeunes s’activent. Ils portent un gilet sur lequel est écrit « Association burundaise pour un monde de paix sans drogue ». Ils encadrent les enfants. Un jeune homme leur fait répéter des phrases qu’ils reprennent avec joie et par des sourires. Juste après les enfants se dispersent, les uns montent sur la carrosserie d’une voiture usée. D’autres montent sur les troncs de bois de chauffage. Apparemment, il y a une cuisine dans le centre. Il dégage la fumée. Les enfants trouvent ici de quoi manger dans ce centre.

Néanmoins, certains déambulent dans la cour torse nu et vêtements sales déchirés, pieds-nus. Vers 9 h 45 min, on leur fait entrer dans une des salles du centre. « Qu’ils allument de la musique, je veux danser » lance un enfant. L’équipe de l’association le place sur un cercle. Tout le monde bavarde. Sans doute que l’encadrement de ces enfants n’est pas une tâche facile. « Toi, tu es difficile, je peux te frapper, tu sais », essaie de calmer un des encadreurs avant de commencer à leur apprendre une célèbre chanson « Petero akiri muto (quand Pierre était petit en Kirundi) » qui parle d’un écolier qui aimait l’école pour les inciter à aimer l’école à leur tour. « Vous avez entendu Pierre faisait quoi ? Il allait à l’école. Pas dans la rue. Finit l’histoire de la rue », clame à haute voix le jeune encadreur.

Devant les entrées des deux centres se trouvent des jeunes avec des T-shirts verts marqués « Forum des musulmans pour la protection des droits humains. » D’après un d’eux, c’est une des associations choisies pour aider dans l’encadrement de ces enfants en attente d’être accueillis.

Au même moment, d’autres enfants en situation de rue qui n’ont pas été attrapés la semaine dernière viennent en groupe de deux ou de trois pour essayer de voir leurs camarades à travers les grillages du portail fermé. Ils échangent par des gestes sans que les encadreurs ne les voient. Approchés, ils prennent le large, craignant d’être aussi attrapés et internés. « Voilà, ce sont d’autres enfants de la rue. Tout le monde ne peut pas être raflé », commente un passant qui s’arrête pour regarder les enfants à travers les grillages.

Certains enfants qui passent assez de temps dans ces centres ont déjà gagné la confiance du responsable du centre. Ils sortent pour acheter des bonbons ou sucettes dans une petite boutique d’en face. Don divin est parmi eux. « Moi, je peux sortir, les nouveaux non, ils tenteraient de partir », lance-t-il. Il confie que les enfants qui sont dans ce centre sont nourris matins et soirs.

Y aurait-il un projet de les faire inscrire dans des établissements scolaires ou des centres d’enseignement de métier ? Le directeur de l’un des centres dénommé « projet soleil », Régis Bukuru, n’a pas voulu donner un entretien à Iwacu pour un éclaircissement. « J’ai passé un bon moment ce lundi pour parler aux journalistes, vous pouvez aller écouter ce que j’ai dit. »

Pour rappel, environ 200 adultes mendiants et 90 enfants en situation de rue ont été arrêtés et rassemblés au commissariat municipal en mairie de Bujumbura, le matin du mercredi 7 juillet. « Pour les mendiants adultes, des enquêtes seront menées par la police judiciaire et des dossiers judiciaires seront constitués et transférés à la justice. Pour les enfants, nous avons déjà trois centres qui vont nous aider pour leur encadrement en attendant l’identification de leurs familles », indiquait Félix Ngendabanyikwa, secrétaire permanent au ministère de la Solidarité nationale, des Affaires sociales, des Droits de la Personne Humaine et du Genre. Il explique que le travail de retrait des mendiants continuera en collaboration avec le ministère de l’Intérieur et celui de la Justice pour qu’il n’y ait plus de mendiants au Burundi et surtout dans les rues de la ville de Bujumbura.

« Que tous les gens qui donnent de l’argent à ces mendiants sachent que le Code pénal prévoit aussi des sanctions contre eux. Ils seront punis », a-t-il insisté. Dans l’après-midi de ce 7 juillet, 72 enfants ont été transférés et accueillis dans les centres d’encadrement et de réintégration CERES et PES basés dans la zone de Jabe en mairie de Bujumbura.

Jacques Nshimirimana, commissaire à la Commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNIDH) en charge des droits de l’enfant indique que la CNIDH suit de près la campagne de retrait de ces enfants de la rue. « Jusqu’à présent, elle est respectueuse des droits de l’enfant car les rafles sont menées par des forces de l’ordre bien formées sur le respect des droits de l’enfant. » Selon lui, l’accompagnement est fait par des psychologues bien formés. « Les enfants sont séparés les filles des garçons et ils sont nourris dans ces centres en attendant leur réintégration familiale. »
La CNIDH apprécie les efforts déjà consentis par le gouvernement depuis juin 2016 dans le but d’éradiquer le phénomène des enfants en situation de rue et la pratique de la mendicité « qui souvent implique les nourrissons qui font l’objet d’exploitations à des fins économiques. »

Il conseille aux responsables de cette campagne d’éviter l’utilisation de l’approche de garder ces enfants raflés dans les cachots et celle de réinsérer ces enfants par force dans leurs familles sans leur consentement afin d’éviter de retomber dans les mêmes erreurs que dans le passé. Il pense que cette initiative réduira sensiblement le nombre d’enfants faisant l’objet d’exploitation à des fins économiques.

Aux oubliettes la stratégie nationale ?

Le Conseil des ministres du 2 février 2022 avait une stratégie nationale de prévention du phénomène des enfants en situation de rue et des adultes mendiants ainsi que leur réintégration communautaire. Nombre de personnes se demandent si cette politique n’a pas été oubliée.

Cette stratégie rentrait dans la dynamique multisectorielle du gouvernement d’éradiquer le phénomène des enfants en situation de rue. Selon le gouvernement, cette stratégie devait répondre à un double enjeu : la protection de l’enfant et la prise en compte des impératifs de sécurité publique.

Cette stratégie proposait dans un premier temps un processus de gestion du phénomène, « reposant sur des actions préventives qui offrent aux concernés l’alternative de rester dans la communauté (au sein de la famille) où ils reçoivent l’accompagnement nécessaire en vue de préparer leur avenir »

Dans un deuxième temps, selon le gouvernement, elle prévoit une prise en charge depuis leur retrait de la rue jusqu’au suivi, une fois intégrés dans la communauté ou en famille d’origine, en passant par des centres de transit temporaires « où ils se préparent à regagner leurs familles et leurs communautés pour y jouer un rôle d’acteur de développement. »
Le dernier volet était une approche systémique où tous les intervenants jouent leur rôle : familles, communauté, administration, partenaires au développement, etc.

Le gouvernement avait même suggéré de mettre en place un centre d’accueil spécial pour les récalcitrants ou les récidivistes et prévoir une formation et un travail spécifiques pour eux. De plus, décourager certaines associations qui encouragent et utilisent les enfants de la rue dans la mendicité.


Eclairage
Enfants en situation de rue : une équation à plusieurs inconnues

Le conseiller technique de la Sojpae (Solidarité de la Jeunesse chrétienne pour la paix et l’enfance) trouve qu’au regard des multiples raisons qui les poussent à quitter le toit familial, le gouvernement devrait davantage responsabiliser toutes les parties prenantes (ONG, associations, etc.) en donnant une place de choix à l’administration communale.

« Pourquoi ces enfants sont-ils dans la rue ? », s’interroge d’entrée David Ninganza. Selon lui, une question essentielle que le gouvernement devrait se poser avant de décider quoi que ce soit. « Il ne suffit pas seulement de les retirer de la rue. Il faut aussi chercher à comprendre pourquoi ils se trouvent dans cette situation ». La plupart des fois, il explique que les raisons sont de plusieurs ordres. « Souvent, l’enfant peut souffrir de l’abandon de sa famille, de la maltraitance de sa belle-mère pour le cas des orphelins. Il peut décider de fuir les menaces de mort après que ses parentés aient décidé de spolier ses biens familiaux sans son consentement. Il peut être accusé d’être l’auteur d’un quelconque délit (vol d’un objet, d’une chèvre, etc.) ».

Il ajoute : « Dans le cas contraire, c’est exposer davantage au retour dans la rue ». Compte tenu des raisons qui l’ont poussé à quitter le toit familial, souvent ces familles d’accueil ne veulent plus d’eux. « Dans la plupart des fois, à leurs yeux, s’ils ont fui la maison après une dispute liée à cette volonté délibérée de spolier les biens de sa famille, ils ne viennent que pour nuire à leurs intérêts. » Dans ce cas de figure, poursuit-il, une répression suit. Comme conséquence, fait savoir M. Ninganza, pour sauver sa peau, l’enfant sera amené à fuir de nouveau. Une fuite qui le mènera dans la rue. Plus déplorable pour lui. A force de vivre dans la rue, ces enfants finissent par s’y habituer.

Négligence communautaire, l’autre cause

L’activiste pour les droits de l’enfant pointe du doigt également la négligence communautaire. « Un autre corollaire de cette difficulté d’anticiper de toutes les parties prenantes ». Entre autres acteurs, il cite notamment la famille élargie, le conseil de famille qui ne fonctionne plus, l’administration à la base (les chefs collinaires qui ne jouent plus leur rôle dans l’encadrement des enfants). « Ce n’est ni le gouvernement ni les ONG qui permettront que l’enfant retrouve cette joie de vivre chez lui. Les efforts doivent être conjugués à tous les niveaux. Autrement, le statu quo perdurera »

Et d’insister : « Néanmoins, le rôle principal doit revenir en grande partie aux administratifs à la base. Ils doivent montrer le bon exemple ». A ce propos, il propose que dans les notes de cotation, une part belle soit faite à la question liée aux enfants en situation de rue. « Si parmi les indicateurs d’attribution des points de performance des communes, nul doute qu’une réponse à la question sera trouvée ». M. Ninganza indique que l’objectif c’est de faire pression sur l’administrateur communal, quitte à insuffler cette dynamique aux échelons inférieurs.

Le manque de cartographie des familles d’accueil volontaire est aussi problématique. Imputable au ministère de la Solidarité, le président de la Sojpae trouve que cela empêche la coordination des efforts à tous les niveaux. « Un frein sans nom, car il devient impossible de savoir quelles familles peuvent être appuyées techniquement et financièrement via les CDFC ».

L’absence du comité de protection de l’enfant au niveau communal est l’autre défi de taille, selon cet activiste des droits de l’enfant. Composé par 7 personnes, parmi lesquelles le directeur de l’école la plus proche, « si ces membres ne sont pas actifs, il sera toujours difficile de savoir combien d’enfants sur telle période sont retournés dans la rue ou sont restés sur le banc de l’école ». De quoi plaider pour une augmentation du budget alloué au fonctionnement des Centres de Développement Familial et Communautaire (CDFC).

Phase post-réintégration, la panacée

Après avoir décelé les causes qui font que l’enfant soit en situation de rue, en fonction de son âge, il faut alors orienter sa vie professionnelle. A-t-il encore l’âge pour étudier ? Si c’est le cas, explique M. Ninganza à ce moment, il convient de partager les responsabilités. Comment les frais de scolarité seront payés, sa nourriture, etc.

« Et s’il a plus 20 ans et plus, quand bien même on l’appelle enfant en situation de rue, c’est une personne adulte. Il faut trouver des activités génératrices de revenus ». S’il faut qu’il en débute une, l’activiste indique qu’on le connecte à des réseaux de microfinances. « L’objectif, c’est son autonomisation. Le rendre responsable de lui-même ». Toutefois, pour que cela prenne, il soutient qu’il doit y avoir une volonté de toutes les parties prenantes. « Certes, nous avons vu que le gouvernement a amorcé le 1er pas. Néanmoins, la question : à tous les échelons, les associations, les Ongs locales et internationales, les administratifs à la base, les communautés locales. Ont-ils été associés, concertés ? Je doute. Car, l’important, il faut que tout le monde comprenne que l’enfant n’est pas un fardeau, plutôt, c’est un des leurs qui revient.

Comme l’administration communale occupe une place centrale dans la résorption de ce problème, selon lui, le gouvernement doit clarifier son rôle dans cette politique de lutte contre les enfants en situation. «Mais, pour cela, il faut un budget. La question existe-t-il ? Le gouvernement a-t-il tout prévu ? » Et de conclure : « Dans leur budget de fonctionnement, dorénavant, le gouvernement doit spécifier quelle part revient pour cette rubrique dédiée à la réintégration des enfants. »


Interview exclusive avec le Pr Nicolas Hajayandi:« On devrait plutôt préparer les personnes concernées »

Le sociologue Nicolas Hajayandi estime que si les enfants en situation de rue et les mendiants ne sont pas volontaires, cette procédure forcée est vouée à l’échec.

Le ministère de la Solidarité effectue et continue d’effectuer des rafles des mendiants et enfant en situation de rue. Est-ce une bonne stratégie ?

La mesure prise par le gouvernement de réinsérer les enfants en situation de rue et des mendiants est en soi très bonne. C’est au niveau peut-être des stratégies qui sont utilisées que les choses ne marchent pas bien.

Comment ?

Tout le monde a besoin de protection, de reconnaissance et de dignité. La procédure qui est utilisée ne me semble pas très convenable. Généralement, on organise ce genre de rafles de manière surprenante c’est-à-dire que les concernés sont surpris. On devrait plutôt préparer psychologiquement et moralement les personnes concernées. C’est-à-dire les approcher. Expliquer l’intérêt d’être réinséré socialement au lieu de les surprendre dans les rues et les prendre par force pour les conduire dans des endroits qui leur sont inconnus.

Le ministère avait donné une période de deux semaines pour se préparer…

Si le ministère donne de telles injonctions, c’est une bonne chose aussi. Ça rentre dans ses attributions. Il faut alors qu’on cherche à voir effectivement là où ces gens peuvent aller. Quand je parle de leur préparation, c’est qu’il faut sensibiliser ces gens-là par l’intermédiaire des personnes par exemple qui les connaissent. Avec les travaux de recherche par exemple qui ont été effectués sur les enfants en situation de rue, on peut retrouver ces gens. Ils peuvent être contactés. Comprendre leur situation. Ecouter leurs désidératas. Eux-mêmes peuvent proposer des solutions au lieu de les prendre par force. Souvent qui force casse.

La force ne paie pas, selon vous ?

Il faut sensibiliser tous les acteurs impliqués. En d’autres termes, il faut d’abord sensibiliser ces gens en situation de rue, l’administration locale, l’environnement même qui devra accueillir ces gens-là. S’il faut conduire ces gens à la campagne, il faut que le milieu d’accueil lui-même soit accueillant. Il faut que les gens de la place soient disposés à les accueillir. Il faut réinsérer ces gens-là par le travail. Il faut leur trouver un travail, leur assurer un encadrement. Il faut que l’administration locale s’investisse dans le contrôle et le suivi de la population.

Ils sont appelés justement à se confier aux administratifs, mais certains retournent déjà dans la rue …

C’est un constat amer. D’ailleurs ce n’est pas la première tentative qui a été faite. Je me dis qu’il y a effectivement un grand effort au niveau de la sensibilisation qu’il faut effectuer parce que si les concernés ne sont pas pour l’idée d’être réinsérés eux même, chaque fois que l’on va essayer de forcer, la procédure sera vouée à l’échec.
Donc concrètement, il faut réinsérer par travail, par encadrement, par le contrôle et le suivi de la part des acteurs concernés : les administratifs, la police, le milieu environnant… Et il faut que les concernés eux-mêmes soient conscients du besoin d’être réinsérés. Bref, réinsérés à la contrainte oui, mais aussi par l’autocontrainte.

C’est quoi, pour vous, une bonne réinsertion ?

C’est être mis dans un environnement acceptable où ils ont à faire, où ils sont encadrés par le travail, où ils sentent qu’ils peuvent vivre leur vie, car c’est une nouvelle vie à mener. Des gens qui sont habitués à vivre dans la rue, c’est difficile de vivre dans la campagne. Oui il faut la contrainte émanant de l’autorité, mais il faut que les concernés se sentent intéressés par leur propre réinsertion.

Selon certains, il faut d’abord traiter les causes profondes ?

Je partage en tout petit peu ce point de vue. Effectivement, pour se retrouver dans la rue, il y a plusieurs raisons. Les unes plus fondées que d’autres. Mais quoi qu’il en soit, ils doivent être encadrés et protégés. C’est par le travail que ça devrait se faire et toutes les causes ne peuvent pas être résolues. Ce n’est pas facile. Il y en a même par exemple qui sont dans la rue parce qu’ils y sont nés. Eux, ils ne connaissent pas un milieu autre que la rue. La solution c’est de les encadrer par le travail. Il faut qu’ils soient initiés à faire quelque chose. Pour les personnes âgées, les invalides, il faut assurer la protection et les mettre dans des maisons qui sont chargées de les accueillir.

Le ministère en charge de la solidarité interdit de donner de l’argent aux mendiants. Socialement acceptable ?

Il est difficile de ne pas donner à quelqu’un qui se trouve dans le besoin. Mais, cela devrait être coordonné par le ministère de la Solidarité effectivement. Pour que les aides de ce genre soient données aux personnes qui sont dans le besoin.

Votre appel au ministère en charge de la solidarité ?

C’est d’associer tous les partenaires. Associer par exemple ceux qui travaillent avec les enfants en situation de rue. Ils ont beaucoup d’informations qui peuvent aider. Impliquer plusieurs partenaires pour que justement on adopte certaines stratégies. La mesure pourra peut-être être améliorée.

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