Vendredi 19 avril 2024

Politique

Face à Kigali, Gitega se sent pousser des ailes

01/03/2024 10
Face à Kigali, Gitega se sent pousser des ailes
Gitega est droit dans ses bottes

« Le gouvernement du Burundi déplore encore le comportement du Rwanda qui entretient, entraîne, et arme le groupe terroriste Red-Tabara qui ne cesse d’endeuiller le Burundi par des attaques ciblant des populations innocentes et exige l’extradition du cerveau de ce groupe terroriste hébergé au Rwanda », lit-on dans le communiqué du secrétaire général de l’Etat, Jérôme Niyonzima, sorti le lendemain de l’attaque – revendiquée par le groupe rebelle Red-Tabara – survenue durant la nuit du 25 février 2024 dans la localité de Buringa, commune Gihanga, en province de Bubanza. Gitega persiste et signe : le Rwanda « entretient, entraîne, et arme le groupe terroriste Red-Tabara » et demande l’extradition du « cerveau de ce groupe terroriste hébergé au Rwanda ».

A la lumière dudit communiqué, la réunion consultative entre le président du Sommet des chefs d’État de la CAE (Communauté de l’Afrique de l’Est) et le président de la République du Burundi qui s’est tenue à Bujumbura, vendredi 23 février, n’a pas enclenché un processus de désesclade des tensions entre le Burundi et le Rwanda malgré la teneur de son communiqué encapsulée dans ce passage : « Leurs excellences ont noté la nécessité pour les deux États frères du Burundi et du Rwanda d’assurer la mise en œuvre de bonne foi de tous les engagements précédemment convenus découlant du dialogue bilatéral entre les deux États partenaires. Cela dynamisera la mise en œuvre des impératifs d’intégration de la CAE, notamment la libre circulation des personnes, des biens et des services. »

Le « sans effet » du parti au pouvoir surfe sur la dynamique géopolitique régionale. Quelques heures avant cette attaque, sous le ciel namibien, le président burundais a participé à une réunion des pays contributeurs pour exécuter le « mandat offensif » à la SAMIDRC.

Cette quadripartite RDC-Burundi-RSA-Malawi s’inscrit ainsi dans la logique de la tripartite en marge du 37e Sommet de l’UA dans la capitale éthiopienne sur le déploiement des troupes de la SAMIDRC dans le Nord-Kivu. Avec la présence du Burundi non membre de la SADC mais intégré par ses pairs congolais et sud-africain dans les pays contributeurs de la force SADC.

Toutefois, son « mandat offensif » évoqué par le porte-parole du gouvernement congolais dans son compte rendu de cette réunion tripartite ne fait pas l’unanimité.

La présidente tanzanienne et son ministre des Affaires étrangères ont déclaré ne pas être sur cette ligne d’où le manque à l’appel de leur pays à la réunion, en marge des funérailles du président namibien, initiée par le président sud-africain qui a convié son homologue congolais et les soutiens militaires de Kinshasa dans sa guerre contre le M23.

L’article 53 (alinéa 1er) de la Charte des Nations unies donne raison, pour l’heure, au pays de Julius Nyerere : « Aucune action coercitive ne sera entreprise en vertu d’accords régionaux ou par des organismes régionaux sans l’autorisation du Conseil de sécurité […] ».

A l’instar du loup alpha jaugeant le périmètre de sa domination à la taille de sa meute, s’adosser à la force SADC revigore Gitega au point d’entraîner l’Observatoire national pour la prévention et l’éradication du génocide, des crimes de guerre et des autres crimes contre l’humanité dans sa radicalité langagière via son communiqué sorti dans la foulée de celui du secrétaire général de l’Etat : « L’ONPGH saisit également cette occasion pour condamner les agissements du président rwandais, Paul Kagame, qui ne cesse de chercher à déstabiliser ses voisins en soutenant militairement les mouvements terroristes Red-Tabara et le M23. »

A l’ombre de la SAMIDRC, Gitega surinvestit dans l’illusion de la force.

Forum des lecteurs d'Iwacu

10 réactions
  1. saleh

    Mon analyse est qu’il n’y aura jamais de guerre directe entre le Burundi et le Rwanda. Il y aura sans doute beaucoup de guerre par procuration et par rebellions interposées, mais pas de guerre directe.

    Il y a destruction mutuelle assurée. D’ailleurs, dans le contexte actuelle à l’échelle mondiale, les deux états n’en survivraient pas et pourraient disparaître et faire place soit à une entité plus grande mais lui-même instable ou alors tous les deux mis sous tutelle pour une temps indéterminé.

  2. M@tefer

    N’oublions pas la théorie d’une Afrique en forme du revolveur dont le canon est l’Afrique du Sud et dont la gâchette est certainement la RDC. Pour empêcher quelqu’un à tirer sur toi on doit éviter que le canon soit braqué sur toi et on fait tout pour neutraliser la main de peur qu’elle ne touche la gâchette. Qui peut nous expliquer les raisons de l’embargo imposé aux zaïrois sous Mobutu ? Qu’est ce qu’ils avaient fait pour les imposer un embargo aussi sévère qu’ils ont vécu pendant près de 20 ans? C’était pour neutraliser la main vers la gâche. Qui peut nous expliquer pourquoi imposer un embargo sur l’achat des armes pendant que vous êtes attaqués de toutes parts ? Pour vous aider, on vous impose des missions onusiennes inactives soi-disant pour vous protéger!

    Ce qui considère les congolais des faibles je pense qu’ils ne connaissent rien de l’histoire du Congo et ne sait rien des congolais. En vérité, si les congolais n’étaient pas patriotiques de nature, la RDC ne serait encore un seul pays. Heureusement, malgré leur affaiblissement tous les congolais dans leurs diversités et ethniques, religieuses et politique sont unanimement contre l’agression étrangère. C’est l’unique force qui leur reste. Sinon, tout a été bourré pour eux.

  3. Kimeneke

    Un pays qui ne peut se défendre.
    Il y a eu Rusiga avec ses commandos pour mater les mulelistes.
    C’était en 1965.
    Kagame et Museveni ont installé Kabila en chassant Mobutu.
    La Monusco vient de passer 20 ans au Zaïre
    What’s fundamentally wrong with DRC?

    • Buhonga

      La RDC a toujours les Zairois comme peuple. Il ne faut jamais oublier cela

  4. W

    « A l’ombre de la SAMIDRC, Gitega surinvestit dans l’illusion de la force. »

    Via cette assertion Guibert cache à peine son penchant!
    Est-ce cela l’objectivité journalistique ou c’est une pure opinion?

    • Buhonga

      Si je dois parier entre le Rwanda contre cette association des pays corrompus, je mettre mon jetons sur Kigali de faire ce qu’il veut de cette region. Oui l’Afrique du sud n’a plus la quote morale du temps de Mandela.

      Je pense que les Burundais n’ont pas lu le memo du nouveau alignement geo-politique. Observe ce qui en train de se passer au moyen orient. Gitega a interêt a bien choisir la bonne alliance car le Zaire ne lui viendra jamais en aide. Après tout, c’est des zairois, des tigres en papiers! Quelle est la dernière guerre ont il gagnée?

      • Kozala zoba te

        Il semble que tu tires des conclusions hatives, car les congolais apprennent de leurs expériences. Un congolais de 2024 ne réagit pas nécessairement comme celui des années 1970. Et celui qui n’y croit pas l’apprendra à ses dépens.

  5. Karadiridimba

    Bravo d’agronome Ir Mutabazi.
    Votre communiqué rentre dans les attributions de votre organisms où vous êtes grassemement payé.
    Il faut condamner toutes les guerres.
    Nous sommes derrière vous.

  6. Claypton

    Un article lucide , en fait IL n y a pas de SADEC dans l’ aventure , IL y a l Afrique du Sud point Barre. Probablement que le président Ndayishimiye se sent honoré d être pris en photos avec un président Sud Africain mais l’ Afrique du Sud a perdu de sa superbe à cause du comportment de ses dirigeants corrompus post Mandela. Et je le repete l’après sera douloureux au pays de Mwezi Gisabo.

    • M

      @Clayypton

      « Et je le repete l’après sera douloureux au pays de Mwezi Gisabo. »

      Là tu choisis d’être un oiseau de mauvaise augure! Il semble que tu prends un risque inconsidéré.

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