Vendredi 19 août 2022

Économie

EAC : le Burundi sera-t-il à la hauteur ?

EAC : le Burundi sera-t-il à la hauteur ?
Le président Evariste Ndayishimiye entame sa présidence de l’EAC.

Onze ans après, le Burundi assure la présidence de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’est. Au regard surtout des différends entre les Etats membres, des enjeux socio-économiques, des demandes d’adhésion de nouveaux pays, etc. Un vrai test pour le président Ndayishimiye, disent nombre d’experts contactés par Iwacu.

La marche n’était pas tant si haute que cela. Après le début de sa politique d’ouverture sur le monde extérieur, nombreux observateurs politiques avisés se demandaient s’il n’allait pas décliner le poste, à l’instar de son prédécesseur, feu Pierre Nkurunziza. Malgré quelques absences lors des sommets préliminaires, où il déléguait son vice-président, le chef de l’Etat burundais, a tenu sa parole. « Compte tenu de la nouvelle configuration géopolitique actuelle de cette partie orientale de l’Afrique, et de ce besoin de faire revenir le Burundi sur le devant de la scène politique internationale. Une occasion qu’il ne se serait autorisé de passer à côté », laisse entendre un cadre travaillant au ministre de l’EAC.

Dans son discours, après sa prise de fonction, le nouveau président de l’EAC, Evariste Ndayishimiye, a promis de renforcer la paix dans la région, la bonne gouvernance et a institutionnaliser les mécanismes d’intervention d’urgence de l’EAC. Objectif : créer un environnement commercial stable et améliorer la vie des citoyens des pays membres.
Il a également invité les pays de la communauté est-africaine à travailler ensemble pour prévenir et gérer les conflits afin d’assurer un bon voisinage.

Le chef de l’Etat burundais souhaite, en outre, que le français et le swahili soient utilisés comme langues officielles de l’EAC. De plus, il demande la mise en œuvre des décisions du récent conclave de Nairobi pour la stabilisation de la RDC.

« Le bon moment de défendre les dossiers soumis par le Burundi. »

Rosette Irambona : « Les Burundais ne postulent pas pour les postes vacants de l’EAC d’où le nombre minime de fonctionnaires burundais. »

Rosette Irambona, chargée de la communication au sein du ministère des affaires de la communauté est-africaine(EAC), se réjouit de la présidence du Burundi au sommet de l’EAC.

Elle indique qu’il sera là pour toute la communauté et qu’il n’y a pas d’intérêts spécifiques pour le Burundi : « Bien que le président burundais soit désormais à la tête de cette communauté, la mission première c’est sans doute de redorer l’image du pays au niveau national et international. »

De surcroît, ajoute-t-elle, c’est le bon moment de défendre les dossiers qui étaient soumis par le Burundi afin qu’ils soient mis en application. A titre d’exemple, elle souligne la doléance du Burundi afin que le français soit une langue officielle de l’EAC. « Avec cette prise de fonction, c’est une bonne occasion ».

Mme Irambona regrette que les Burundais ne postulent pas pour les postes vacants de la communauté d’où le nombre minime des fonctionnaires burundais dans les instances de l’EAC. Elle estime également que l’entrée tardive du Burundi au sein de la communauté est l’une des causes.
Toutefois, elle se réjouit de quelques avancées remarquables, bien qu’il y ait encore du pain sur la planche. « Des séances de sensibilisation sont toujours entreprises par le ministère pour inciter davantage les Burundais à postuler pour renverser la tendance.
Sur la question des cotisations impayées par le Burundi, la porte-parole du ministère des Affaires de la communauté est-africaine fait savoir qu’une grande partie est déjà payée, sans mentionner le montant restant. « Rassurez-vous, le plan de paiement est déjà en place ».

Un ancien employé burundais à l’EAC sous anonymat, dit être pessimiste quant aux retombées de cette accession à la présidence de l’EAC. « Vu que le Burundi est un mauvais élève en matière de paiement des cotisations. Comment devra-t-il exiger le paiement des arriérés pour avoir des fonds de roulement des institutions de l’EAC ? »
Néanmoins, nuance-t-il, cette présidence de la communauté par le Burundi reste une bonne chose, car elle permettra de redorer l’image du pays sur la scène internationale.

Le Burundi, plus importateur qu’exportateur dans l’EAC

Le président Ndayishimiye a promis d’améliorer le marché commun, mais les chiffres nous montrent qu’il y a encore du pain sur la planche.

Les importations du Burundi à partir des pays de l’EAC ont été toujours supérieures aux exportations vers les pays de cette communauté, selon les données de l’Office burundais des recettes.

A titre d’exemple, pour le premier trimestre 2021, les importations étaient de 102 781,2 millions de BIF, représentant ainsi 22,3% de la valeur totale des importations tandis que les exportations étaient de 7 762 millions de BIF, soit 13,2% de la valeur totale des exportations.

Situation similaire pour le troisième trimestre 2021, les exportations s’élevaient à 3 468,6 millions de BIF, soit 8.1% de la valeur totale des exportations contre 124 145,4 millions de BIF des importations, soit 22,8% de la valeur totale des importations.

Un économiste interrogé nous a indiqué que le Burundi a une bonne opportunité d’affaires dans la communauté est-africaine avec sa proximité avec la RDC, s’il avait des marchandises à vendre. Et de suggérer d’accroître la production et diversifier les produits d’exportation pour profiter pleinement le marché commun.

Selon lui, les exportations du Burundi vers la RDC s’élevaient à 33,1% de la valeur totale des exportations pour le troisième trimestre 2021. « C’est donc un vaste marché pour le pays, il faut en profiter. »

Les contentieux politico-militaires entre Etats membres

Outre l’aspect économique, entre autres l’évaluation du marché commun, la suppression des barrières non tarifaires, mise en place de l’union monétaire etc., ce cadre explique que le gros dossier qui attend le nouveau président en exercice de cette communauté est : « Sa stratégie pour trouver une réponse aux conflits qui opposent certains pays membres ». Selon lui, un sacré défi, d’autant plus que le Burundi est aussi protagoniste. « La priorité sera d’essayer d’être au-dessus de la mêlée, de prioriser les intérêts généraux ». Et de préciser : «  Vu que la communauté a été mise en place sur base d’un consensus. Le plus important sera d’amener tout le monde, particulièrement, les parties en conflit  autour d’une même table».

Au regard de la situation sécuritaire qui y prévaut, une tâche qui ne sera pas facile, observe notre source. Pour une bonne entrée en matière, opine-t-elle, le président de Ndayishimiye devrait chercher à vider le contentieux qui l’oppose au Rwanda. « Sinon, il sera difficile de jouer les bons offices entre le Rwanda et la RDC alors qu’il est toujours aussi belligérant». Autre urgence, le management de la force régionale de l’EAC, bientôt sur pied. « Les textes semblent ambigus quant à son fonctionnement, surtout que le président de la RDC, a clairement fait part de son refus de voir le Rwanda y faire partie ». D’après lui, un sérieux problème parce que les textes préconisent une inclusion participative.

M. Aloys Toyi, enseignant-chercheur, estime que cette situation, risque de faire davantage de l’EAC, une plaque transnationale tournante de la criminalité si elle ne trouve pas de solutions immédiates. A ce niveau, une seule voie de recours s’impose : «  Les protocoles en matière de paix et de sécurité doivent être scrupuleusement respectés ».

L’adhésion de la RDC, un mal pour un bien

Aloys Toyi : « Les protocoles en matière de paix et de sécurité doivent être scrupuleusement respectés. »

Avec d’adhésion de la RDC, l’EAC est entrée dans une nouvelle dimension. «  Certes, au niveau sécuritaire, les défis ne manquent pas. Mais, du point de vue économique, c’est un grand marché qui s’est ouvert à la population de cette communauté », explique ce spécialiste dans l’intégration régionale du Burundi. «Un pays qui s’étend sur presque sur deux océans, vous comprenez les opportunités d’emplois qu’il représente ».

Avec la prise de fonction en tant que président de l’EAC, nombre observateurs estime que le français devrait enfin avoir sa place en tant que langue officielle. « Si le credo est de la communauté que c’est que le peuple ait une même destinée. Il est d’une impérieuse nécessité que le peuple partage aussi une même langue, en plus du swahili ». A ce niveau, cet enseignant trouve que dans le chef d’Etat burundais doit voir dans quelle mesure faire de cette langue un outil de communication de cette communauté.
La participation effective du personnel burundais dans les instances de cette communauté est l’autre aspect que le nouveau président en exercice devra corriger. « Il ne suffit pas seulement d’être représenté, il faut être représenté par des gens à la hauteur. Lorsque vient le moment de négocier, ne commencent pas à se ronger les ongles », fait remarquer la cadre travaillant au ministère de tutelle. Une pique à l’endroit de certains responsables, lors des nominations, qui privilégient les appartenances politiques au lieu des compétences.
Concernant la demande d’adhésion de la Somalie, M. Toyi estime qu’elle serait d’importance capitale pour la communauté. « Avec l’adhésion de la RDC, en termes de superficie, l’EAC est devenue la 3ème nation la plus étendue d’Afrique, la 16ème au niveau mondial (2ème Etat africain le plus peuplé), le 4ème Etat africain avec un PIB élevé, etc.  » Un tas d’éléments, d’après lui, qui laisse croire qui ferait d’elle un pôle d’attraction, avec cette possibilité de créer une économie d’échelle. « Une des solutions pour résorber le chômage des jeunes ».

Forum des lecteurs d'Iwacu

1 réaction
  1. Yan

    « Avec l’adhésion de la RDC, en termes de superficie, l’EAC est devenue la 3ème nation la plus étendue d’Afrique… »

    Je ne crois pas que l’on peut affirmer que l’EAC soit (déjà) une nation avec toutes les tracasseries qu’un citoyen lamda éprouve pour se rendre d’un pays à l’autre, sans parler des difficultés de pouvoir y résider.

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