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Politique

Des Upronistes font allégeance au candidat du Cndd-Fdd

27/04/2020 Alphonse Yikeze Commentaires fermés sur Des Upronistes font allégeance au candidat du Cndd-Fdd
Des Upronistes font allégeance au candidat du Cndd-Fdd
Abel Gashatsi : « Un certain Mbayahaga, ancien membre du parti Uprona utilisé pour déstabiliser notre parti.»

L’annonce du soutien au candidat du Cndd-Fdd de la part de militants du parti Uprona continue de faire des remous. Isidore Mbayahaga, le leader de ce camp, dénonce une mauvaise gestion à la tête du parti. Ses anciens camarades l’accusent d’être instrumentalisé par le parti au pouvoir. Alliances, trahisons, repositionnements. Eclairage.

Samedi 18 avril, à Musaga, le groupe dirigé par le duo Isidore Mbayahaga, un pasteur réputé proche des hautes instances du parti présidentiel et Dieudonné Giteruzi, ancien ministre du Développement communal, affirme ne pas reconnaître Gaston Sindimwo comme candidat de l’Uprona à la présidentielle du 20 mai 2020. « Au moment où les autres partis construisent des permanences, l’Uprona est en train de vendre aux enchères les siennes. Les biens du parti sont pillés. Et d’ailleurs, le mandat des organes dirigeants du parti, de la base au sommet, a pris fin le 14 septembre 2019. Ils auraient dû être remplacés. Les décisions émanant d’organes illégaux sont sans effet » va lancer le pasteur Mbayahaga.

La saga Uprona vient de commencer. Quelques heures à peine après la tenue de ce rassemblement, Willy Nyamitwe, conseiller principal à la présidence de la République, entre dans la danse.
Par un tweet, il affiche son soutien en faveur du pasteur Mbayahaga. « La majeure partie des membres de l’Uprona décide de voter pour le Général Evariste Ndayishimiye en se désolidarisant avec celui qui était leur candidat, Gaston Sindimwo ».

Du côté de l’Uprona, une riposte se prépare. Le lendemain, dimanche 19 avril 2020, Abel Gashatsi, président du vieux parti, dénonce une tentative de fragiliser et de ternir le parti via ‘’certains anciens membres’’. Selon lui, ces gens seraient financés par certains cadres du parti de l’Aigle. Il se garde de les citer.

Mais il tire à boulets rouges sur « un certain Mbayahaga, ancien membre du parti Uprona utilisé pour déstabiliser notre parti alors que l’Uprona a contribué à bâtir avec le parti au pouvoir des institutions fortes depuis 2015 afin de sortir le Burundi de l’impasse »


Gashatsi accuse.

« De telles manœuvres visent à désorienter les Badasigana à la veille des élections. Il y a une volonté de s’en prendre à nous mais nous sommes déterminés à aller aux élections avec notre candidat Gaston Sindimwo et nous ne soutiendrons jamais le Cndd-Fdd, ce qui serait une trahison des idéaux de l’Uprona ». Toutefois, Abel Gashatsi semble minimiser la portée de l’initiative. « Que ce petit groupe migre et vote pour le candidat de son choix, c’est son droit ! ».

Par la suite, le président de l’Uprona menace. Son parti compte porter plainte pour faux et usage de faux : « Ce n’est pas normal que des gens payés pour nuire portent notre uniforme et utilisent nos insignes alors que nous sommes un parti agréé. Nous allons les traduire en justice de même que le maire de la ville, pour l’autorisation accordée à ces détracteurs en vue de tenir une réunion en mairie de Bujumbura ».

Justement, quid du rôle de la mairie dans cette affaire ? Tout le monde sait qu’aucune réunion ne peut se tenir sans son aval.

Antoine Rumenyetso : « J’avais donné l’ordre que l’accès des lieux dédiés au dit rassemblement soit bloqué. »

Contactée, la mairie dit qu’elle n’a pas donné son aval pour la tenue de cette réunion. Si la mairie indique n’avoir pas encore obtenu le rapport sur la tenue de cet événement, de son côté, Antoine Rumenyetso, chef de la zone Musaga, va confier à Iwacu ce mercredi 22 avril, qu’il avait « donné l’ordre que l’accès des lieux dédiés au dit rassemblement soit bloqué. »
L’injonction n’a pas été respectée. « Le chef de poste de police dans cette zone s’est interposé ».

Il a dit au chef de zone « avoir reçu l’ordre de laisser tenir cet événement. »
« Par la suite, ma garde rapprochée m’a été retirée pour ce jour-là ! » raconte encore le chef de zone apparemment frustré.

D’où est venu cet ordre pour que cette réunion se tienne, malgré l’opposition du chef de zone ?

Mystère. Le chef de poste de police dans la zone Musaga ne lui a pas révélé leur identité. « Nous étions en bons termes avec ce chef de poste ! Si ce jour-là, cette collaboration a été mise à mal, c’est probablement par le fait de directives qui lui sont venues d’un haut niveau ».


 

Reactions

Trahison, repositionnement, voyage au cœur de l’embrouille

Dans une interview accordée à la BBC ce lundi 20 avril, Isidore Mbayahaga va réfuter toute instrumentalisation de la part de caciques du parti Cndd-Fdd. Il dit œuvrer au contraire pour « la réhabilitation » du parti de Rwagasore. « Cela n’est qu’un concert de turpitude orchestré par le groupe Abel Gashatsi et Gaston Sindimwo. Nous agissons pour l’intérêt du parti et des Badasigana longtemps soumis à l’injustice ! »

Interrogé par Iwacu, mercredi 22 avril, concernant le choix d’un candidat d’un autre parti politique comme stratégie de « réhabilitation », M. Mbayahaga déclare vouloir éviter « la politique de la chaise vide ». « Ne reconnaissant pas les résultats d’élection d’un candidat de l’Uprona soutenu par des instances illégales, nous étions sans leader pour nous représenter dans le cadre des élections prochaines. Après concertation, notre choix s’est porté sur le candidat Evariste Ndayishimiye du Cndd-Fdd ».

L’ancien chef de protocole auprès de l’ancien premier vice-président de la République, Terence Sinunguruza, va souligner que le soutien au candidat du parti présidentiel est « un vote-sanction » à l’endroit de l’équipe dirigeante actuelle du parti Uprona. Bizarre, diront plusieurs Upronistes. Pour sanctionner le président de son parti, on soutient son adversaire…

« Nous ne perdrons nullement des voix à cause d’eux ! »

Du côté de Gaston Sindimwo, « un tel rassemblement n’aurait pu se tenir sans l’aval et le soutien clair des pouvoirs publics », accuse le candidat Sindimwo dans un entretien accordé ce mercredi 22 avril à Iwacu.

Sur l’impact d’une telle situation, le premier vice-président Sindimwo minimise : le parti du héros de l’indépendance n’en sera nullement affecté. « Nous ne perdrons nullement des voix à cause d’eux ! ».

Sur les accusations de détournement des biens du parti, le premier vice-président indique que « Ce sera à nos successeurs à la tête du parti de nous demander des comptes. Vouloir le faire en dehors de ce cadre-là, c’est du vent ! »

 

« Gaston Sindimwo avait pris du melon »

Tatien Sibomana, porte-parole de la Coalition Amizero y’Abarundi et ancien membre du bureau exécutif de l’Uprona, lui, se dit peu surpris. Mercredi 22 avril, il dit à Iwacu qu’ « Isidore Mbayahaga, autant que Gaston Sindimwo, appartiennent au courant Terence Sinunguruza (dont il fut chef de protocole à la première vice-présidence), le même qui fut à l’origine du rapprochement de l’Uprona avec le Cndd-Fdd ! » Selon Sibomana, la raison de la mésentente entre le premier vice-président et le pasteur Mbayahaga réside dans « la gestion opaque » des biens de l’Uprona. « Le clan Gaston a fait main basse sur les richesses du parti, écartant les Mbayahaga chez qui la frustration s’est installée ! »

Pour le porte-parole d’Amizero y’Abarundi, l’événement du 18 avril à Musaga a signé la fin de l’idylle entre le Cndd-Fdd et Gaston Sindimwo. « Après avoir été élu candidat du parti à la présidentielle, alors qu’il avait été nommé premier vice-président grâce au Cndd-Fdd, il avait commencé à s’en prendre au parti au pouvoir en dénonçant ses allures antidémocratiques, son monopole exercé sur la RTNB… Gaston Sindimwo avait pris du melon et le parti présidentiel lui en fait payer le prix aujourd’hui en soutenant le pasteur Mbayahaga ! » Plus loin, Tatien Sibomana va être plus explicite. « Le Cndd-Fdd a démontré tout simplement à M. Sindimwo que s’il n’était plus disposé à jouer au courtisan, d’autres allaient prendre sa place ! »

Pour l’ancien député de la Coalition Amizero y’Abarundi, Isidore Mbayahaga et le candidat Gaston Sindimwo, c’est le dragon à deux têtes. « C’est bien beau pour le pasteur Mbayahaga de pointer du doigt la voracité de Gaston Sindimwo, sauf qu’il est aussi véreux que lui ! »
Sa conclusion est sans appel et amère. « Nous assistons aujourd’hui à la théorie de la décantation au sein de l’Uprona. Les mauvais éléments apparaissent tous aujourd’hui au grand jour, tous ceux qui ont mis le parti à genoux, sortent du bois ! »

ANALYSE / A courtisan, courtisan et demi

Le rassemblement de ce samedi a mis un terme à la lune de miel entre le Premier vice-président de la République et le parti au pouvoir. Le candidat du parti de Rwagasore a pris acte de ce changement d’alliance en faveur de son rival Mbayahaga. Au micro d’Iwacu mercredi 22 avril, il a bien reconnu qu’une telle réunion, dans un pays où tout est cadenassé, n’aurait pu avoir lieu sans un fort appui du pouvoir. Le tweet empressé de Willy Nyamitwe, conseiller principal à la présidence de la République, quelques heures à peine après la tenue de la réunion du 18 avril, vient confirmer le diagnostic établi par M. Sindimwo. Par ailleurs, toutes les sources contactées au sein du parti rouge et blanc confirment que le groupe Mbayahaga ne fait partie d’aucune instance dirigeante de l’Uprona. Toutes les expériences de ‘’Nyakurisation’’ menées dans le passé prouvent à l’envi qu’une participation active de la haute hiérarchie partisane est requise pour le succès d’une telle entreprise. A l’approche de chaque scrutin, depuis quinze ans de règne du Cndd-Fdd, l’enjeu est toujours le même pour le parti du héros de l’indépendance : la Première vice-présidence de la République. Depuis l’accès de Martin Nduwimana à ce poste en 2005, jusqu’à Gaston Sindimwo, il y a toujours un « deal » entre la tête de l’Uprona et le Cndd-Fdd : ce poste devait toujours revenir à l’Uprona. Samedi 18 avril, cette règle non-écrite a été dévoilée au grand jour. Cet épisode aura mis en relief un aspect de la politique burundaise faite d’alliances et de trahisons : A courtisan, courtisan et demi ! Une nouvelle ère s’ouvre pour l’Uprona ?

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

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Le rassemblement de ce samedi a mis un terme à la lune de miel entre le Premier vice-président de la République et le parti au pouvoir. Le candidat du parti de Rwagasore a pris acte de ce changement d’alliance en faveur de son rival Mbayahaga. Au micro d’Iwacu mercredi 22 avril, il a bien reconnu qu’une telle réunion, dans un pays où tout est cadenassé, n’aurait pu avoir lieu sans un fort appui du pouvoir. Le tweet empressé de Willy Nyamitwe, conseiller principal à la présidence de la République, quelques heures à peine après la tenue de la réunion du 18 avril, vient confirmer le diagnostic établi par M. Sindimwo. Par ailleurs, toutes les sources contactées au sein du parti rouge et blanc confirment que le groupe Mbayahaga ne fait partie d’aucune instance dirigeante de l’Uprona. Toutes les expériences de ‘’Nyakurisation’’ menées dans le passé prouvent à l’envi qu’une participation active de la haute hiérarchie partisane est requise pour le succès d’une telle entreprise. A l’approche de chaque scrutin, depuis quinze ans de règne du Cndd-Fdd, l’enjeu est toujours le même pour le parti du héros de l’indépendance : la Première vice-présidence de la République. Depuis l’accès de Martin Nduwimana à ce poste en 2005, jusqu’à Gaston Sindimwo, il y a toujours un « deal » entre la tête de l’Uprona et le Cndd-Fdd : ce poste devait toujours revenir à l’Uprona. Samedi 18 avril, cette règle non-écrite a été dévoilée au grand jour. Cet épisode aura mis en relief un aspect de la politique burundaise faite d’alliances et de trahisons : A courtisan, courtisan et demi ! Une nouvelle ère s’ouvre pour l’Uprona ?

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