Vendredi 12 avril 2024

Politique

Décryptage | L’émotion reine court-circuite la raison

19/01/2024 7
Décryptage | L’émotion reine court-circuite la raison
Regain de tensions avec Kigali, lors d’une émission publique animée à Cankuzo, vendredi 29 décembre 2023, par le président de la République

Avec la fermeture des frontières burundo-rwandaises, Gitega a mis un point d’orgue au regain de tensions à sens unique courant sur deux semaines.

Une rhétorique anti-Kigali, assumée à deux reprises au sommet du pouvoir, lors d’une émission publique du 29 décembre 2023 à Cankuzo et à l’occasion de l’adresse à la nation du Nouvel an. Et 48h plus tard, le secrétaire général du parti Cndd-Fdd a marché dans le sillage présidentiel, enfonçant le clou sur la responsabilité de Kigali dans le soutien actif au Red-Tabara, tout en privilégiant la voie du dialogue pour amener le voisin du nord à remettre « une petite liste de gens avec à la tête Godefroid Niyombare » au gouvernement burundais. Neuf jours plus tard, la fermeture des frontières burundo-rwandaises tombe comme un couperet.

Renforcer la prévention des risques sécuritaires que représentent d’éventuelles incursions de rebelles rwandais à partir du Burundi implique, pour Kigali, de cultiver des relations de bon voisinage avec Gitega.
L’impératif sécuritaire de Kigali est de neutraliser les mouvements rebelles rwandais, les FDLR basés à l’Est de la RDC et les FLN établis dans la forêt naturelle de la Kibira au Burundi depuis 2014. Tandis que les rebelles de Red-Tabara ont pris l’option de la lutte armée, tantôt ils combattent les éléments des FDNB appuyés par des Imbonerakure déployés au Sud-Kivu, tantôt ils font des incursions sur le sol burundais pour tenter d’imposer l’idée que leur capacité de nuisance leur confère le statut de protagonistes dans la perspective d’un processus de paix. Dès lors, les objectifs stratégiques de Kigali et ceux des rebelles de Red-Tabara ne se recoupent pas. Le parallélisme avec le M23 est inopérant : Red-Tabara ne peut pas être considéré comme un acteur agissant pour le compte de Kigali. Ce qui est attesté pour le cas du M23. En décembre 2022 et juin 2023, le groupe d’experts de l’ONU sur la RDC a évoqué l’existence de « preuves substantielles » sur « l’intervention directe des forces de défense rwandaises » en RDC aux côtés des rebelles du M23.

La déraison comme moteur de l’action
Le pouvoir aurait pris cette mesure pour détourner le regard des citoyens des vrais problèmes qui minent leur pays. Peu crédible tant ce serait cher payé au regard des retombées économiques et sociales négatives immédiates : arrêt du commerce transfrontalier, baisse du chiffre d’affaires des hôteliers, suspension de voyages au Rwanda pour raisons médicales et image d’un pays insécure envoyée aux investisseurs potentiels. A condition de poser comme hypothèse de travail que la raison a eu le dernier mot.

Une autre piste à explorer. Cette mesure viserait à s’aligner sur Kinshasa sur le principe « l’ennemi de mon ami est mon ennemi » dans le cadre de la signature d’un protocole d’accord en matière de défense et de sécurité, le 28 août 2023, entre les présidents Tshisekedi et Ndayishimiye à Kinshasa. La disproportion entre une éventuelle volonté de faire plaisir à Kinshasa et le corollaire de ladite mesure la rend hautement improbable comme motivation. Même une accusation d’agression rwandaise via son proxy n’a pas conduit le président Tshisekedi à joindre le geste à la parole, la conscience de l’essentiel le dissuadant.

In fine, place au registre émotionnel qui dominerait. Le recours à des éléments de langage désignant un ennemi stratégique comme parade à une crise économique dont les gouvernants peinent à dépasser le niveau de conscience qui l’a engendrée pour féconder des solutions idoines. Cette mesure reviendrait à choisir un ‘’moindre mal’’ pour prévenir la tendance au désordre fatale à tout système qui voit les signaux qui le maintiennent debout virer au rouge.

Ou Kigali aurait suscité le courroux de Gitega pour avoir contrarié directement ou indirectement les intérêts de son élite politique. En tout état de cause, Gitega le tiendrait pour responsable.
Autre élément abondant dans ce sens. Cette thèse de la déraison comme moteur de ce regain de tensions, côté burundais, ressort de la réaction officielle du gouvernement rwandais qui révèle, dans un communiqué posté sur son compte X (twitter), « avoir appris par les médias la décision unilatérale du gouvernement du Burundi de fermer une fois de plus les frontières avec le Rwanda ». Quand l’émotion prime en politique, les usages diplomatiques sont un angle mort.

Forum des lecteurs d'Iwacu

7 réactions
  1. Kira

    @Gugusse,
    Cet espace est dédié au débat d’idées et non aux invectives (qui sont la marque de fabrique des esprits faibles), sous l’oeil vigilant de la modération du site (modération qui, sur le coup, semble dormir au gaz) dans le respect et la courtoisie. Des mots qui, manifestement, ne font pas partie de votre vocabulaire courant mais, en fin de compte, pourquoi s’en offusquer? Ça prend un peu de tout pour faire un monde.

    • Gugusse

      Vous n’avez pas répondu à ma question Môssieur. Et je ne vois aucune invective dans mes propos. En termes d’analyse psychanalytique, vous pensez quoi de ce vieil article? Et là encore l’auteur utilise une prétendue connaissance de la psychanalyse pour attaquer un artiste et le Rwanda.

      Ne niez pas qu’il est de vous. J’ai un logiciel qui compare les styles et il me dit avec 99% de certitude que vous en êtes l’auteur. Vous avez une dent contre le Rwanda et ça rend vos analyses peu crédibles.

      Vous êtes un troll Môssieur. Et je ne fais que vous rendre la monnaie de votre pièce.

      https://www.ledevoir.com/opinion/idees/107557/corneille-ou-cornelius-nyungura-assumer-son-identite-ethnique-en-afrique-des-grands-lacs-un-debat-cornelien?

  2. Témoin

    « Dès lors, les objectifs stratégiques de Kigali et ceux des rebelles de Red-Tabara ne se recoupent pas. »

    Monsieur le rédacteur est trahi par cette affirmation en montrant sa position dans la problématique. Il Omet (expressément probablement) que la stratégie peut aussi être motivée par une solidarité ethnique entre les pays.

    • Kira

      Et surtout, pourquoi ne pas considérer l’hypothèse de la destabilisation, par le Rwanda, du régime burundais (via le RED Tabara) pour forcer Gitega à repositionner aux frontières du Burundi les éléments des FDN déployés dans le Kivu, laissant ainsi le champ libre à l’avatar de l’armée rwandaise, le M23, face aux FARDC dont on connaît le faible niveau de combativité? Désolé mais dans cette hypothèse,  »les objectifs stratégiques de Kigali et ceux des rebelles de Red-Tabara (qui tentent d’imposer l’idée que leur capacité de nuisance leur confère le statut de protagonistes dans la perspective d’un processus de paix) se recouperaient.

      • Gugusse

        @ Kira,

        Monsieur l’infiltré, le clandé DD de service , vous avez plus d’une corde à votre arc. On vous croyait expert en communication, économiste, politologue, psychanalyste, etc. Voilà que vous vous métamorphosez maintenant en fin stratège militaire, juste le temps de nous démontrer que la main de Kigali est en train d’introduire des poux dans le caleçon de Gitega. Y-a-t’il un domaine qui échappe à votre compétence ?

      • Sebarazingiza

        À écouter la VOA de ce matin 22-01-2024; je suis dévenu très pessimiste après avoir entendu les déclarations de son éxcellence E. Ndayishimiye à Kinshasa envers les jeunes congolais.
        Je ne sais pas si cette déclaration de guerre est soutenu par les burundais!

      • Jean Pierre Hakizimana

        Un pays pauvre est par nature en état d’instabilité presque permanente. Aller voir comment Kabila Sr a marché sur le Regime de Mobutu qui n’avait plus aucune légitimité car tout son peuple vivait du jour à l’autre. Que dit on?  » Ventre vide,…. … »

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