Mercredi 19 juin 2024

Économie

De la poudre aux yeux ?

05/05/2023 4
De la poudre aux yeux ?
Selon la BRB, le taux moyen pondéré des transactions sur le MID du 4 mai 2023 est de 2.875,16 BIF/USD.

Ce 4 mai 2023, la Banque de la République du Burundi (BRB) vient d’opérationnaliser le premier Marché Interbancaire de Devises (MID) avec les banques commerciales et les bureaux de change. « Le taux moyen pondéré des transactions sur le MID de cette journée est de 2.875,16 BIF/USD. Ainsi, le taux de change officiel de la BRB sera à compter de ce 4 mai 2023 calculé comme la moyenne pondérée des transactions effectuées sur ce marché entre les banques commerciales et leurs clients. Le taux officiel sera journalièrement publié sur le site internet de la Banque Centrale. » Le taux de change moyen pondéré est calculé à partir des différentes transactions de change effectuées pendant une période déterminée. Dans ce cas de la BRB, la période est la journée du 4 mai 2023.

Pour l’économiste André Nikwigize, cela s’appelle de la poudre aux yeux. « En effet, depuis janvier 2023, la BRB prend des mesures incohérentes sur le marché de change des devises. L ‘on ne peut avoir une solution durable si l’on n’a pas la garantie de devises à long terme. Et ce ne sont pas les quelques devises du FMI qui vont régler le problème. » Selon lui, il faut que le gouvernement engage des actions visant à accroître les exportations de biens et services, pour s’assurer des ressources durables.

Etant donné que le public est conscient que la BRB n’a pas suffisamment de ressources en devises pour approvisionner les banques commerciales et les bureaux de change sur une longue période, souligne-t-il, il y a risque à ce que ceux qui ont thésaurisé les Francs Burundais viennent les échanger en dollars. « Et la demande en dollars va de nouveau augmenter sans que l’offre de devises ne suive, provoquant ainsi une nouvelle dépréciation de la monnaie nationale. J’espère me tromper. »

M. Nikwigize ajoute : « Evidemment, l’information très importante que la BRB donne, de façon voilée, est que le taux de référence passe de 1$=2.089 FBU à 1$=2.875 FBU dans le MID, ce qui revient à une dévaluation de 37,6% du FBU. Ce taux de dévaluation augmentera de manière graduelle, jusqu’à un taux d’équilibre (peut-être 100%), en fonction de la disponibilité ou non des devises. L’information est donnée de manière subtile pour ne pas créer la panique dans la population. »

BRB

Forum des lecteurs d'Iwacu

4 réactions
  1. Mahmoud K.

    Je suis en partie d’accord avec les observations de l’économiste Nikwigize.
    Cependant la dépréciation d’une monnaie par rapport à une autre ne signifie pas nécessairement une dévaluation de celle-ci.
    Principalement pour le cas du Burundi, on sait que la plupart des importateurs avaient recours en général au marché noir pour se procurer des devises fautes d’en avoir à la BRB en quantité suffisante. Et le taux pouvait vaciller entre 3000 BIF et plus/ 1$US. Le taux offert par le nouveau système est inférieur à cela même s’il reste encore élevé par rapport au vrai taux officiel.
    Les prix des marchandises sur le marché devant nécessairement prendre en compte le taux de change, si les commerçants sont honnêtes, on peut espérer qu’ils reverront le prix de leurs marchandises à la baisse puisque ils n’auront pas à recourir au marché noir si le nouveau système fonctionne sans ambages.

    • Jean Pierre Hakizimana

      @Mahmoud K

      Votre point de vue concernant la devaluation est correcte en général . Ceci dit, pas quand on a besoin de la monnaie qui monte en taux d’échange pour payer les importations. Surtout les produits qui se vendent en cette monnaie. Les hydrocarbures par exemple.

      Les problèmes commencent par le gouverneur de la BRB qui d’une manière ou une autre dit ceci  » Si j’avais des USD, je les vendrait a FIB 2057/US $ » Monsieur n’en a pas. Mettez vous à la place de la personne qui en a. Vendriez vous vos US$ à Mr le Gouverneur et surtout au prix qu’il vous impose? Alors que vous pouvez par example avoir plus soit au marché noir, ou au RDC ou Rwanda?

      Souvenez vous que le prix de quoi que cela soit est tjrs fonction de l’offre et la demande. La demande est fonction de nombre de personne qui cherche ce produit. Donc le marché dit « noir » est le marché libre. Tout ce dont on a besoin pour en acquérir est d’avoir des FBU. Alors que pour en avoir chez Mr Le Gouverneur, il faut être bien connecté, donc c’est lui qui choisirait, s’il a des US$, les gagnants et perdants. Oui je sais qu’il a la responsabilité d’essayer d’avoir de quoi acheter les produits important (énergies, produits pharmaceutiques, etc….) mais croyez moi, il y a plein qui servent a d’autres faits. Commençons par lui même: Il est parti avec sa femme à Washington DC et je soupçonne qu’ils n’ont pas payé avec des FBU. Le poisson est pourrit jusqu’à la tête.
      Il y a un autre article « Accord pour une Facilite Elargie de Crédit : les effets vont-ils perdurer ?  » dans lequel est écrit ceci:  » Mercredi 3 mai, sur les tableaux des bureaux de change au centre-ville de Bujumbura, il est affiché que le dollar est vendu autour de 2945 BIF. Mais, la réalité est autre à l’intérieur du bureau. Selon un cambiste, ce taux leur a été imposé par le régulateur, la Banque de la République du Burundi (BRB). Sur le marché, il s’observe une sorte de pénurie du dollar. D’après ce changeur, ils préfèrent dire qu’ils n’en ont pas au lieu d’exécuter le taux de la BRB. « Sinon, cela serait travailler à perte », ajoute-t-il. Pour un client qui insiste, souligne-t-il, nous vendons le dollar à 3650 BIF et nous achetons à 3400 BIF. « Nous risquons des sanctions. Déjà, 18 cambistes ambulants logent la prison de Mpimba depuis ce mardi », fait-il savoir. » Comme vous le voyez, il est difficile de savoir le vrai taux d’échange.
      Imaginez vous, vous retrouver en prison pour avoir vendu tes biens aux prix que l’on veut! Il est vraiment impossible d’aller du point A au point B quand on est même pas sûr où se trouve le point A. le citoyen qui a un peu d’épargne n’est pas dupe car il fera tout pour garder le peu qu’il a un monnaie qui garde un peu son pouvoir d’achat plus longtemps relativement à l’autre.

  2. Jamahaar

    L’instabilite politique qui persite depuis 1988 n’arrange pas les choses et surtout n’inspire pas les investisseurs etrangers et les pourvoyeurs d’aides.Les perfusions du FMI et de la Banque Mondiale ne viendront jamais a bout de la maladie chronique dont souffre le corps burundais.Les richesses d’un pays sont creees au moyen de la production et l’exportation des biens services a plus haute valeur ajoutee.A l’etat actuel des choses, l’economie burundaise est basee sur la production agricole extensive, les extractions des mines et carrieres plus un peu d’industries de transfomation de produits locaux et des materiaux de construction.Pas grand chose pour remplir les caisses de la BRB les devises etrangeres tant recherchees.Les dividendes de la signature de l’Accord de Paix d’Arusha auraient du encourager les investissements et le tourisme, mais il semble que le pays ne parvient pas encore a attirer grand monde.Les autorites du pays et surtout le Ministre des Affaires etrangeres et de la Cooperation devraient revoir leur maniere de vendre l’image du Burundi a l’etranger par une operation agressive de seduction en misant sur les points caracteristiques que le visiteur ou l’invstisseur ne peuvent trouver ailleurs sur le continent. Les Burundais doivent eux aussi etre inventifs par des initiatives privees et ne pas toujours attendre tout des autorites.Tout un changement de mentalite pour produire plus et mieux.

  3. Rivuzumwami

    Bonne analyse de l’économiste André.
    Pour augmenter la rentrée de devises, je proposerai au Burundi de copier ce que le voisin du Nord fait de mieux.
    Allez visiter le Rwanda, regarder, écouter et tricher.

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