Société

Chômage des jeunes: «Je n’espère plus rien de l’Etat»

11/12/2019 Alphonse Yikeze Commentaires fermés sur Chômage des jeunes: «Je n’espère plus rien de l’Etat»
Chômage des jeunes: «Je n’espère plus rien de l’Etat»
Bata, chez les « entrepreneurs free-lance »

A l’occasion de la journée internationale des droits de l’Homme célébrée ce mardi 10 décembre, rencontre à Bujumbura avec quelques jeunes privés d’emploi.

16 heures, nous sommes en plein centre-ville de Bujumbura. De l’autre côté de la chaussée, la société Bata. De ce côté-ci, un petit conglomérat d’échoppes peintes aux couleurs de la marque Coca-Cola. Ici, la circulation est dense et le flot humain incessant.  W.T est licencié en informatique. Dans sa chemise rouge-blanc carreaux et jeans bleu foncé, O.K a un corps maigre avec des yeux scrutateurs. «J’ai terminé mes études en 2016. Aujourd’hui, je suis sans emploi.», raconte-t-il. Il a déposé son dossier dans plusieurs structures professionnelles, en vain. «Le plus dur, c’est qu’à trente deux ans, je me retrouve sans aucune perspective d’avenir. En principe, je devrais louer un appartement seul ou avec des amis, mais là je me retrouve à la charge d’un membre de ma famille qui m’héberge.», dit-il avec amertume.Pire, le départ récent d’un grand nombre d’ONGs étrangères a rendu les choses encore plus compliquées: «Ça a toujours été difficile de trouver du travail, mais au moins, la présence de ces ONGs permettait de décrocher de temps à autre des emplois partiels. C’étaient des planches de salut pour beaucoup d’entre nous. Aujourd’hui, c’est le néant.»

Il dresse un constat impitoyable : «De nombreux lauréats sortent de l’enseignement supérieur chaque année. Sans oublier ceux qui terminent leur cursus secondaire. Quel futur attend tous ces jeunes?»Avec une pointe de regret, il révèle que des cas comme les siens, assez nombreux, découragent les plus jeunes dans la poursuite des études. « A la longue, nos petits frères et petites sœurs, n’auront plus envie de se battre pour finir leurs études s’ils savent que c’est le chômage qui les attend au bout du chemin.» Et de  conclure avec cet aveu de désespoirvis-à-vis de l’Etat : «Honnêtement, je n’espère rien de l’Etat. Vous aurez beau en parler, je sais qu’au final, ça n’aboutira à rien.»

 

Dans un des stands installésle long d’une allée du grand espace commercial dit «l’Idéal», CV papote avec une amie vendeuse de matérielsélectroniques. Elle approche la trentaine. En singlet aux pointes roses et orange, elle nous brosse son parcours: «J’ai obtenu ma licence en informatique. Cela fait deux ans maintenant que je suis au chômage.» De préciser que les quotas ethniques imposés au niveau d’un grand nombre d’ONGs tant locales qu’internationales sont à l’origine de son licenciement «Mon travail était pourtant apprécié par mes employeurs, mais du jour au lendemain, à cause de cette mesure, ils ont dû se séparer de moi.», relate cette ancienne employée au sein d’un projet néerlandais. «Se retrouver sans-emploi plonge dans une profonde frustration surtout avec le mépris qu’on ressent au contact de certaines personnes de son entourage. Pour elles, c’est comme si tu ne valais rien!» dans son cas, la tentation est grande de s’envoler vers des cieux plus cléments. «Forcément, la seule idée qui vient en tête, c’est de partir. Le patriotisme passe au second plan.»A l’adresse des autorités, elle en appelle à la méritocratie et la fin du clientélisme dans l’accès à l’emploi.

Selon une étude de la banque mondiale publiée en 2017, le chômage concerne 65% des jeunes au Burundi. Enfin, l’article 23 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme stipule : «Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage. Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal.»

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

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