Dimanche 20 juin 2021

Société

Cankuzo : ces femmes qui ont su prendre les devants

04/06/2021 0

Chefs collinaires depuis plus de 10 ans, elles sont uniquement trois femmes sur un total de 87 collines de la province Cankuzo. Portrait de ces élues qui ont su gagner la confiance de la population.

Lukia Nkunduwiga et zéro cas de concubinage

Lukia Nkunduwiga, 50 ans, est chef de la colline Gisagara, commune Gisagara de la province Cankuzo, depuis 2010. Maman de huit enfants, elle se lance dans la politique en 2010, motivée par l’absence de femmes dans les instances de prise de décision : « Nous étions un groupe de quelques femmes décidées de changer la donne. Nous nous sommes dit qu’il était grand temps que les femmes se représentent pour faire valoir leurs droits. D’autant plus qu’elles étaient discriminées. »

Cette musulmane décide de se lancer, encouragée par ses amies. Elle se représente dans les collinaires de 2010. Elle sera élue en 2e position et deviendra chef collinaire adjointe.
En 2015, elle se fait encore élire et remporte les collinaires, obtenant la première place. Idem pour les élections de 2020. Elle représente 417 ménages, soit plus de 2.000 personnes sur la colline Gisagara.

Membre du parti au pouvoir, Lukia Nkunduwiga fait trois mandats successifs en tant que chef de la colline Gisagara.

Elle affirme avoir réussi à bien concilier le rôle de maman et de leader communautaire. Le plus important dans sa réussite, pour elle, c’est le soutien total de son mari.

Elle reconnaît que des défis ne manquent pas : « Parfois, je rate des engagements familiaux en tant qu’épouse et mère, pour aller écouter la population. »

Mettre fin au concubinage, sa plus grande fierté

Lukia Nkunduwiga affirme qu’elle s’est donnée corps et âme pour lutter contre le concubinage sur sa colline. Elle se donnait même la peine d’aller faire sortir de force les filles en situation de concubinage. « Aujourd’hui, aucun mari ne possède une 2e femme sur notre colline».

Le plus grand souci de cette chef collinaire est l’intégration des femmes dans des associations. Aujourd’hui, elle affirme que la colline Gisagara compte au moins 10 associations féminines.

Son plus grand défi, lors de ses mandats, c’est la jalousie des hommes de voir une femme, de surcroît musulmane, être à la tête de la colline. Elle évoque un membre du conseil collinaire qui lui pourrissait la vie durant le mandat précédent : « Il donnait de faux rapports pour me porter préjudice. Il allait jusqu’à demander à la population de ne pas voter pour moi, soutenant que la femme n’a pas de parole, et partant pas question d’être dirigée par une femme musulmane… »

Anastasie Ndigiriye et le combat contre les boissons prohibées

Chef de colline Nyakerera, zone Minyare, commune Cankuzo, Anastasie Ndigiriye dirige 344 ménages de cette colline, depuis 2010. Avant de se lancer, elle était agent communautaire. « C’était la grande époque de sensibilisation des femmes à se faire élire». Tentée, elle demande l’avis de son époux qui n’est pas hostile à l’idée. Elle se présente alors aux élections collinaires de 2010, pour la première fois.

Anastasie Ndigiriye affirme qu’elle ne s’attendait pas le moins du monde à être élue, face aux hommes qui étaient en lice. 12 hommes contre 6 femmes. Elle sera la première sur la liste des élues.

Avant, observe Mme Ndigiriye, les femmes n’osaient pas se présenter et ne participaient pas aux réunions communautaires. « Depuis que je suis là, je ne fais que les sensibiliser et j’ai déjà nommé de nombreuses femmes au poste de chef de sous-colline. Avant, aucune femme ne l’était». Aujourd’hui, elle se félicite que la plupart des femmes sont dans des associations. Elles sont majoritaires dans les activités politiques et sociales de la colline.

Eradiquer les boissons prohibées, un pari gagné

« Umuraha » ou « umunanasi », c’est la boisson fabriquée à base d’ananas et de sucre qui faisait des ravages et ruinait des familles sur la colline Nyakerera, d’après la chef de colline. « La plupart des habitants de cette colline ne consommaient que cette boisson prohibée. Ils gaspillaient tout leur argent. Même les femmes». Après la consommation de ce breuvage, déplore la chef collinaire, les gens devenaient comme des fous.

D’après elle, les violences domestiques se multipliaient à cause de cette boisson. Les couples se battaient, les familles s’appauvrissaient davantage. Les gens buvaient, depuis le matin. « C’était le chaos total. L’on me réveillait la nuit pour aller résoudre des conflits».

C’est ainsi qu’Anastasie Ndigiriye s’est donnée le pari d’éradiquer la vente et la consommation de cette boisson. « Grâce à l’aide de la police, nous avons pu mettre un terme à la consommation d’umuraha », se félicite la chef de colline Nyakerera.

Elle confie, toutefois, que cette mission n’est pas du tout facile surtout si l’on est mère et épouse : « C’est un sacrifice. Il n’est pas du tout facile de résoudre les litiges de plus de 300 ménages. » Parfois, elle est absente à la maison pendant toute la journée et la soirée. Le pire, pour elle, c’est qu’ils ne reçoivent pas de récompense. Elle affirme que les chefs de colline ne reçoivent que les unités de recharge.

Mwajuma Ntuntu, une âme charitable

A 60 ans, Mwajuma Ntuntu, chef de colline Mburi, zone Camazi, commune Gisagara, ne cesse de se démener pour chercher refuge aux sans-abri, de jeunes burundais travailleurs en Tanzanie qui rentrent dépouillés de tous leurs biens.

Maman de cinq enfants, elle a été élue, lors des dernières élections. Depuis 2005, elle était parmi les cinq membres du conseil collinaire.

Cette femme leader est connue pour son âme charitable qui l’incite à accueille les jeunes qui sont dépouillés par la police tanzanienne sur le chemin du retour. Provenant de différents coins du pays, sans abri ni moyens pour rentrer chez eux, Mme Ntuntu leur offre un toit. Elle a sacrifié le bureau administratif de la colline pour les héberger : « Je leur donne des nappes, des bâches pour dormir. » En outre, elle essaie de les nourrir par ses propres moyens : « C’est très difficile… Accueillir des gens chaque jour, je suis dépassée!»

Une représentativité « satisfaisante »

La représentativité des femmes dans les institutions de la province Cankuzo s’est largement améliorée dans les institutions de 2020, selon le gouverneur, Boniface Banyiyezako.
Dans son cabinet, deux conseillères femmes sur un total de cinq. Auparavant, tous les conseillers étaient des hommes, d’après M. Banyiyezako.

Tous les secrétaires du bureau provincial sont des femmes. Elles sont au nombre de trois.

Au niveau communal, deux femmes administrateurs sur cinq.

Sur six parlementaires qui représentent la province, quatre sont des femmes. « Une grande avancée », se félicite le gouverneur.

Dans le secteur de l’éducation, la Direction provinciale de l’Enseignement est dirigée par une femme. Une première dans la province, d’après le gouverneur.

Il reste encore du pain sur la planche, cependant. Dans le secteur de la santé, aucune femme n’est à la tête d’un district sanitaire. Et sur 87 collines de la province Cankuzo, il n’y a que trois chefs de colline, souligne le gouverneur.

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