Vendredi 06 mars 2026

Économie

Baisse du taux directeur : Une mesure salutaire, mais …

Baisse du taux directeur : Une mesure salutaire, mais …
La BRB a décidé de baisser le taux directeur de 12 à 10%.

Le 26 février 2026, la Banque de la République du Burundi (BRB) a présenté le rapport de politique monétaire pour le 4e trimestre 2025. Dans la foulée, elle a décidé la baisse du taux directeur de 12 à 10%. Pour les économistes, la réussite de cette transition ne se mesurera pas seulement à la baisse des intérêts bancaires, mais à la capacité de l’appareil productif national de répondre à cette nouvelle demande.

Selon la Banque centrale, le contexte national est resté marqué par un repli des tensions inflationnistes au quatrième trimestre 2025 bien que le niveau des prix reste élevé. « Les perspectives économiques restent sujettes aux chocs internes et externes bien qu’il se soit observé des évolutions positives. La BRB reste engagée à poursuivre la mise en œuvre des réformes de politique monétaire et de change visant la stabilité des prix et du système financier, tout en contribuant à la mise en œuvre des politiques économiques propices à la stabilité macroéconomique et au développement harmonieux du pays. »

D’après la BRB, les perspectives du premier trimestre 2026 font état d’un ralentissement dans toutes les composantes de l’inflation après une période marquée par une forte volatilité. « L’inflation globale est attendue à 11,3% au premier trimestre 2026, en ralentissement par rapport à celle enregistrée au quatrième trimestre de l’année 2025 (21,7%). » La BRB fait savoir que ce recul de l’inflation est porté par le resserrement monétaire et une atténuation des pressions sur le marché des changes. « Au niveau des composantes, l’inflation alimentaire se situerait à 5,9% pendant que l’inflation sous-jacente devrait s’établir à 16,4%. Quant à l’inflation énergétique, elle est attendue à 15,3%. »

Un taux directeur à 10%

Parmi les mesures de politique monétaire pour la période à venir, la Banque centrale a décidé de baisser le taux directeur de 200 points de base qui passe de 12% à 10% ; de poursuivre la modernisation du marché interbancaire pour accroître sa transparence ; d’assurer un suivi strict du rapatriement des recettes d’exportation conformément à la réglementation de changes en vigueur, en veillant à leur gestion transparente en vue de soutenir les initiatives du gouvernement visant la diversification des sources de devises et de maintenir une communication régulière avec tous les acteurs économiques.


Réactions

Noël Nkurunziza : « Il faut revoir les taux d’intérêt pratiqués par les banques. »

Le secrétaire général de l’Association burundaise des consommateurs (Abuco) fait savoir que la réduction du taux directeur, passant de 12% à 10%, signifie que les taux d’intérêt pratiqués par les banques et autres institutions financières devraient être immédiatement réduits de 2%. « Comme nous l’avons vu dans le passé, les banques et institutions financières se précipitent de revoir le taux d’intérêt à la hausse si le taux directeur est revu à la hausse, mais elles traînent les pieds à réduire le taux d’intérêt à chaque fois que le taux directeur baisse. »

Il interpelle les autorités de la Banque centrale de prendre des mesures d’accompagnement, de donner des orientations aux banques pour réduire les taux d’intérêt en vue de permettre un accès au crédit au coût réduit pour stimuler l’investissement et promouvoir la croissance économique.

Selon lui, le rapport de la BRB fait également état de la diminution du taux de l’inflation. Il trouve que cela devrait se traduire par la diminution des prix des biens et services. « Cela est d’autant plus vrai que même sur le marché parallèle, nous observons une stabilisation de notre monnaie par rapport aux devises étrangères depuis le début de l’année 2026. Mais, aucune conséquence concrète sur le marché. »

Pour lui, seuls les commerçants sont en train de tirer profit de cette embellie. Il les invite à être conséquents, étant donné que le consommateur consent à supporter les hausses lorsque la situation est défavorable. « Les commerçants devraient en retour réduire les prix lorsqu’il y a embellie. »

Gabriel Rufyiri : « Le Burundi est encore loin d’une véritable stabilisation macroéconomique. »

Le président de l’Olucome estime que les taux de crédit au Burundi sont trop élevés, atteignant environ 16 à 22 % avec les frais alors que, dans beaucoup de pays, ils se situent généralement entre 3 et 5 % (au maximum 6 %). Cette situation rend les crédits très coûteux et difficiles à rembourser, surtout avec le faible pouvoir d’achat des Burundais.

Il explique que cette situation est liée à plusieurs facteurs économiques, notamment un taux directeur d’environ 10 % et une inflation très élevée, située entre 25 et 46 %, alors que dans la plupart des pays une inflation au-delà de 6 % à 8 % est déjà considérée comme problématique.

Selon lui, ces conditions empêchent les banques de financer de grands investissements. Les crédits disponibles sont souvent à court terme de 5 à 7 ans. « C’est trop cher pour soutenir des projets importants comme l’achat de maisons ou le développement d’entreprises. ».

Il souligne également que le secteur privé burundais est très faible alors que c’est normalement lui qui stimule la croissance économique et attire les investissements étrangers.
Même si les autorités affirment que la politique monétaire s’améliore, Gabriel Rufyiri considère que le Burundi est encore loin d’une véritable stabilisation macroéconomique. « Le document de stabilisation macroéconomique adopté en janvier 2026 pourrait aider. Mais, il faudra plusieurs réformes économiques et politiques pour stabiliser réellement l’économie du pays. Les taux de crédit élevés, l’inflation importante et la faiblesse du secteur privé freinent fortement le développement économique du Burundi.

Faustin Ndikumana : « Il faudra redynamiser le marché financier. »

« Normalement, toute Banque centrale comme la Banque de la République du Burundi, a quatre missions spécifiques. Il y a d’abord le contrôle de l’émission de la monnaie fiduciaire qui sert comme moyens d’échange. La deuxième mission, c’est l’orientation de la politique monétaire et d’échange entre les devises et la monnaie locale. Troisièmement, c’est la régulation et le contrôle de l’action des banques commerciales. Quatrième mission, c’est le rôle d’être prêteur en dernier ressort de toutes les banques commerciales ou d’autres institutions financières assimilées », analyse le directeur national de Parcem.

Selon lui, tout cela a un double objectif. « D’abord stabiliser les prix dans le cadre du contrôle de l’inflation et alimenter la croissance économique. C’est une stratégie qui doit être mise en œuvre pour garder l’équilibre entre les deux célèbres courants économiques. » Dans la pensée économique, poursuit-il, il y a l’école monétariste qui table sur le fait que toute augmentation de la masse monétaire influe directement sur l’augmentation des prix ainsi que l’école keynésienne qui table sur l’augmentation de la demande globale à travers la politique de relance économique et l’intervention des dépenses publiques pour équilibrer le marché afin d’augmenter l’investissement pour équilibrer le marché des biens et services à partir de l’augmentation de l’offre des biens et services. « Toute politique monétaire responsable doit influer sur les variables réelles. Cela veut dire les variables de l’économie réelle. Surtout en s’assurant de la promotion de l’investissement parce que dans un pays où l’épargne est faible, il y a l’intervention des fois de la politique monétaire et du crédit pour rehausser le niveau d’investissement. Mais, dans une marge de manœuvre de ne pas augmenter l’inflation. »

D’après Faustin Ndikumana, la banque centrale a dans ce cas plusieurs instruments. « Il y a d’abord la politique des réserves obligatoires pour contrôler les liquidités des banques. En invitant les banques à recourir au financement de la banque centrale à partir des réserves obligatoires bien contrôlées par la Banque centrale, cette dernière augmente sa marge de manœuvre de contrôle surtout sur les coûts du crédit. »

Pour lui, cela veut dire que les banques doivent recourir à la Banque centrale pour emprunter. « En empruntant à la Banque centrale, elles le font moyennant un coût de l’argent qui est le taux directeur. Si le taux directeur augmente, cela veut dire que le coût du crédit augmente. Si le taux directeur diminue, c’est une façon aussi d’influencer la diminution des taux d’intérêt bancaire pour que les gens puissent recourir aux crédits bancaires afin de financer l’économie. »

Pour que le taux directeur ait un impact réel comme vient de le décider la banque centrale, indique-t-il, il faut des conditions. « D’abord, il faut que le pays soit doté d’infrastructures fiables permettant que l’investissement soit fait à l’aise. Il faut l’électricité, le transport et aussi l’environnement macroéconomique fiable. S’il advient que les gens augmentent les investissements, il doit y avoir une nécessité de recourir aux importations saines des facteurs de production. Si les devises pour financer cet import-export manquent, alors c’est un problème. »

Selon Faustin Ndikumana, il faut jouer sur plusieurs variables pour contrôler l’inflation. « Si la Banque centrale se targue d’avoir maintenu l’inflation, on avait crié haut et fort pour qu’il y ait une politique monétaire un peu restrictive permettant que justement la variable monétaire ne soit plus le facteur qui alimente l’inflation dans notre pays. Mais, si on constate cette mesure de réduction du taux directeur, il y aura tendance aussi à ce que la masse monétaire augmente parce que le financement de l’économie à travers le crédit bancaire va augmenter. Et si ça se combine avec l’endettement intérieur qui est encore là, ça devient un problème. »

Et d’ajouter : « On a vu à travers le rapport que les avances de la Banque centrale ont augmenté. Il y a aussi le différentiel de change qui ne diminue pas. C’est du simple au double alors que 70% des importations sont financées par le marché parallèle avec un coût du dollar de 6 000 BIF. Il y a aussi d’autres problèmes comme la politique fiscale. Je ne crois pas que les mesures qui seront prises vont jouer un rôle fondamental sur l’inflation. Dans la sous-région, c’est le Burundi qui a une inflation dans les deux chiffres. »

Cet économiste trouve qu’il y a des problèmes structurels actuellement qui continuent de bloquer l’économie. « Quand toutes les mesures sont prises de façon isolée, les résultats sont peu fiables et peu palpables. Il faut des mesures prises dans un ensemble macro-politique pour que le citoyen lambda puisse y trouver son compte. »

Pour le directeur national de Parcem, il faudra redynamiser le marché financier pour que les investissements colossaux puissent être assurés. « Sinon, les banques commerciales restent toujours tributaires de financer les activités spéculatives malgré l’absence de devises. C’est un problème pour financer l’investissement qui est la base de l’augmentation de la production. Encore plus, les banques actuellement ont tendance aussi à financer le déficit budgétaire. Au lieu de financer l’économie, on finance le déficit budgétaire qui, lui aussi, n’est pas en train de financer l’investissement. »

Jean Ndenzako : « Cette injection d’oxygène financier ne constitue pas un remède miracle et comporte des défis structurels de taille.»

« La récente décision de l’autorité monétaire d’abaisser son taux directeur de 12 % à 10 % marque un tournant stratégique majeur dans la gestion de l’économie nationale. Après une période de rigueur destinée à briser la spirale inflationniste, ce pivot suggère que la priorité se déplace désormais vers le soutien à la croissance économique. »
En réduisant le coût du loyer de l’argent, indique l’économiste, l’institution espère insuffler un nouvel élan au crédit bancaire, facilitant ainsi l’investissement des entreprises et la consommation des ménages. « Ce passage d’une politique restrictive à une posture plus accommodante repose sur une lecture optimiste de la trajectoire des prix qui montre des signes de ralentissement encourageants. »

Toutefois, poursuit-il, cette injection d’oxygène financier ne constitue pas un remède miracle et comporte des défis structurels de taille. « Le principal risque réside dans l’asymétrie potentielle entre la demande stimulée par le crédit et l’offre de biens et services localement disponibles. Si les liquidités supplémentaires ne se dirigent pas vers des secteurs productifs capables d’augmenter rapidement l’offre intérieure, le surplus de monnaie risque de se déverser sur des produits importés. Un tel scénario affaiblirait mécaniquement la monnaie nationale sur le marché des changes, renchérissant ainsi le coût des importations essentielles et neutralisant, par ricochet, les gains obtenus sur le front de l’inflation. »

Pour Jean Ndenzako, l’efficacité de cette manœuvre monétaire dépend donc étroitement de sa coordination avec les autres leviers de l’État. « Une baisse des taux seule ne suffit pas à transformer une économie si elle n’est pas accompagnée d’une discipline budgétaire rigoureuse et des réformes visant à améliorer le climat des affaires. Comme le soulignent souvent les observateurs avertis, la politique monétaire doit avancer au même rythme que les politiques fiscales et de change. Sans cette synergie, le risque est de voir apparaître un effet d’éviction où l’État capte l’essentiel des nouvelles liquidités pour financer son propre train de vie, laissant le secteur privé en marge de la relance attendue. »

En définitive, fait savoir M. Ndenzako, le passage à un taux de 10 % est un signal fort envoyé aux acteurs économiques, mais c’est un pari qui exige une vigilance de chaque instant. « La réussite de cette transition ne se mesurera pas seulement à la baisse des intérêts bancaires, mais à la capacité de l’appareil productif national à répondre à cette nouvelle demande. » Et d’ajouter : « Si la production ne suit pas, l’oxygène injecté aujourd’hui pourrait devenir le combustible d’une nouvelle surchauffe des prix demain. Le défi est désormais de transformer ce souffle monétaire en une croissance réelle, durable et créatrice d’emplois, loin des mirages d’une prospérité purement nominale. »

BRB

Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu

Merci de prendre connaissances de nos règles d'usage avant de publier un commentaire.

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, diffamatoires ou injurieux, appelant à des divisions ethniques ou régionalistes, divulguant des informations relatives à la vie privée d’une personne, utilisant des œuvres protégées par les droits d’auteur (textes, photos, vidéos…) sans mentionner la source.

Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire susceptible de contrevenir à la présente charte, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois, promotionnel ou grossier. Par ailleurs, tout commentaire écrit en lettres capitales sera supprimé d’office.

Ajouter un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A nos chers lecteurs

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, mais une information rigoureuse, vérifiée et de qualité n'est pas gratuite. Nous avons besoin de votre soutien pour continuer à vous proposer un journalisme ouvert, pluraliste et indépendant.

Chaque contribution, grande ou petite, permet de nous assurer notre avenir à long terme.

Soutenez Iwacu à partir de seulement 1 euro ou 1 dollar, cela ne prend qu'une minute. Vous pouvez aussi devenir membre du Club des amis d'Iwacu, ce qui vous ouvre un accès illimité à toutes nos archives ainsi qu'à notre magazine dès sa parution au Burundi.

Editorial de la semaine

Carême pour le carburant

Au moment où le Moyen-Orient s’embrase, avec d’une part, des bombes et des missiles larguées par les Américains et les Israéliens sur l’Iran et au Pays du cèdre, et de l’autre, la riposte tous azimuts de Téhéran se soldant par (…)

Online Users

Total 2 897 users online