Dimanche 03 décembre 2023

Culture

Au Coin du feu avec Francis Sokoroza Nitus alias Savoka

14/10/2023 4
Au Coin du feu avec Francis Sokoroza Nitus alias Savoka

Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Francis Sokoroza Nitus alias Savoka. 

Votre qualité principale ?

Humble, facilement accessible

Votre défaut ?

Je ne sais pas dire non !

La qualité que vous préférez chez les autres ?

L’écoute.

Le défaut que vous ne supportez pas chez les autres ?

Les gens qui jugent autrui derrière son dos. La médisance.

La femme que vous admirez le plus ?

Cette femme, quand bien même lésée, n’élève pas haut sa voix. D’un ton tout bas, elle te fait comprendre ton tort. Et sans être prétentieux, je dois avouer que Dieu m’a gâté. La mienne est de cette espèce en voie de disparition.

L’homme que vous admirez le plus ?

Tout homme intègre, qui sait reconnaître ses erreurs et demander pardon.

Votre plus beau souvenir ?

Ils sont nombreux. D’abord, sur le plan personnel, mon plus beau souvenir et qui reste à mes yeux impérissable, ce sont toutes ces fois quand je me rappelle que j’ai épousé la femme avec qui je partage ma vie depuis mon école secondaire.

Sur le plan sportif, le 1er trophée individuel remporté lors du Tournoi des Grands-Lacs en 2005. Une consécration qui a lancé ma carrière de basketteur. Joueur de la 2e division au sein du club MIRU B, après ledit tournoi, je suis sorti de l’anonymat. Les cadors de l’ACBAB (Association de Basketball Amateur de Bujumbura) ont commencé à vouloir s’attacher mes services. Mes autres beaux souvenirs, ce sont les 4 trophées consécutifs de meilleur joueur (MVP) du championnat de Bujumbura. Mais, je dois avouer que la 2ème place décrochée par New Star lors du tournoi de la Zone 5 à Bujumbura reste un mémorable souvenir. A partir de là, nous avons compris qu’en tant qu’équipe, nous avons les armes pour rivaliser avec les équipes de la sous-région.

Un des meilleurs basketteurs/handballeurs burundais que le pays n’ait jamais connu. Quel a été votre secret pour percer dès le bas âge ?

L’amour du jeu, le talent, certes. Mais plus que tout, mes parents m’ont toujours soutenu, compris.

Plus d’un parle de vous comme un joueur qui aurait eu une belle et longue carrière s’il s’était astreint à une discipline de fer. Votre commentaire.

Le problème avec les gens, c’est qu’ils voient toujours le revers de la médaille. Par exemple, qui se souvient de mes pépins physiques au niveau de la hanche ? Pourtant, ils font partie intégrante des facteurs à l’origine de ma retraite sportive. Lorsque je pars poursuivre ma carrière en Ouganda en 2014, beaucoup de gens m’ont blâmé. Pourtant, je sais que c’était une décision murement réfléchie. J’avais cette folle envie de relever un nouveau défi. Mais la vie avec ses aléas, je ne nie pas que par deux fois, il me soit arrivé de prendre des décisions préjudiciables. Sinon, tout compte fait, j’estime avoir donné le meilleur de moi-même.

La rivalité New Star vs Urunani, que gardes-tu de ces derbies ?

Une rivalité sportive saine. Car, en dehors des terrains, les joueurs d’Urunani étaient nos plus grands amis. Autrement, s’il faut se remémorer les matches qui nous ont opposés à Urunani. Il y a ces play-offs de 2012. Sans nos joueurs cadres (Blaise Mbonerane, Niyongabo, Freddy), nous avons réussi à les battre. Je garde en mémoire aussi cette finale du championnat national perdue à Bururi alors que par deux fois nous les avons battus en saison régulière. Pour nos fans, c’était la désolation totale. Puisque sur papier, nous étions favoris.

Quel sentiment avez-vous éprouvé lorsque vous avez été élu par le Magazine IWACU parmi les 50 personnalités qui ont marqué l’année 2011 ?

Une grande reconnaissance, en effet. Au-delà de tout, j’ai compris que le travail finit par payer. Et je dois avouer que cette nomination m’a donné confiance et m’a permis de viser toujours plus haut.

Actuellement, le championnat de basketball, petit à petit qui se professionnalise. Une bonne chose ?

Un bien pour un mal. C’est bien dans la mesure où maintenant le joueur est valorisé, peut gagner sa vie, subvenir à ses besoins grâce au basketball. A notre époque, nous le faisions juste pour le plaisir. D’un autre côté, une mauvaise chose. Car, du point de vue sportif, il y a le basketball burundais qui est en train d’en faire les frais. A cause de la compétitivité, des rivalités entre clubs, toutes les équipes veulent des « produits finis ». Point besoin des pépinières. Sur le long terme, une très mauvaise chose car cela coupe les jeunes pépites dans leurs élans. Suite à cette féroce concurrence de joueurs, beaucoup préfèrent jeter l’éponge. Parce que dès lors, ils ne sont plus la priorité pour les clubs respectifs. A ce niveau, inutile de se leurrer, à défaut d’une bonne politique, peu écloront au grand jour

Que faire ?

Mettre en place une bonne politique permettant de créer un environnement propice pour l’éclosion au plus haut niveau de nos jeunes pépites. Le récent tournoi de « Basketball Mw’i Cité » en est le parfait exemple. Tout le monde a vu combien le Burundi regorge de jeunes joueurs pétris de talents (dans toutes les catégories d’âges : moins 15,17 et 20 ans). En fait, ce que l’actuelle équipe dirigeante de la Febabu oublie, c’est que par le passé, le Burundi était le réservoir des pays dans lequel venait puiser tous les pays de la sous-région. Avec la nouvelle formule de la VBL, qu’en est-il actuellement ? Presque tous les championnats du pays sont au point mort. C’est ceux-là qu’il faut redynamiser.

Comment se passe votre reconversion tant sportive que professionnelle ?

Petit à petit, je suis en train de me frayer un chemin dans le monde des affaires. Sportivement, sous peu, je compte passer un diplôme d’entraîneur. J’ai déjà fait part de mon enthousiasme de faire partager un tant soit peu de ma vision du jeu avec les jeunes joueurs.

Le top 5 des meilleurs basketteurs burundais, selon Savoka ?

Une question embarrassante surtout que le basketball est un sport qui évolue au fil des années. Sinon, je devrais choisir ceux que j’ai vu jouer, il y a des noms qui sortent du lot, notamment Kawawa, Blaise Fo au poste de pivot, Blaise Nikobahoze au poste de meneur, les Freddy, Guibert, etc. Ils sont nombreux qui ont marqué leurs époques.

Comment doit-être un bon basketteur ?

Il doit avoir cette humilité d’être toujours à l’écoute des autres (staff). Accepter d’être critiqué pour corriger certaines de ses imperfections et ainsi s’améliorer.

Des anciennes légendes du ballon orange qui déplorent un traitement qui n’est pas à la hauteur de leur statut…

Malheureusement, une terrible réalité. On ne demande pas que des statues soient érigées en notre honneur. Tout ce que l’on demande c’est être reconnus pour ce que nous avons été. Juste un peu de reconnaissance. Ailleurs, les anciens joueurs ont des places qui leur sont réservées. Dans des championnats avec de bonnes structures, les anciennes gloires sont des ambassadeurs des bonnes causes.

Le métier que vous auriez aimé exercer ?

Comme j’ai toujours aimé les mathématiques, je dirais informaticien. D’ailleurs, quand bien même les circonstances de la vie ont voulu que je m’oriente autrement, une quête qui n’est pas encore perdue.

Votre plus triste souvenir ?

La mort inopinée de mon petit frère, le 15 septembre 2016.

Votre passe-temps préféré ?
Qu’y a-t-il de mieux que papoter avec des amis autour d’un verre ?

Un pays dans lequel vous aimeriez vivre ?

Il n’y a pas mieux que le Burundi. La preuve en est que tout le monde après un certain moment, veuille rentrer au bercail.

Votre rêve de bonheur ?

Avoir cette assurance que ma famille est à l’abri du besoin, ne manque de rien.

Votre plat préféré ?

Aucune préférence particulière.

Un ou deux conseils à la jeunesse…

A l’endroit des jeunes basketteurs, en particulier, ne pas se laisser grisés par le succès. Chaque fois, se rappeler que demain est un autre jour. Bien s’appliquer en en classe. Et pour ceux qui font du business, savoir s’entourer de personnes avec de bonnes intentions. Je ne doute pas qu’avec les salaires conséquents de leurs clubs, ils peuvent mieux préparer leur avenir.

Croyez-vous à la bonté humaine ?

Absolument. Il y a des gens bons, tout comme il y a de moins bons. Mais chaque fois, c’est cette bonté qui prime.

Pensez-vous à la mort ?

C’est une certitude. Un passage obligé. Il faut éviter d’en être obnubilé. Mais, l’important, c’est de laisser un bon témoignage de notre vivant sur la Terre.

Si vous comparaissez devant Dieu, que lui direz-vous ?

Seigneur, puisses-tu guérir le cœur de nos dirigeants, mettre en eux un esprit de compassion. Je trouve qu’ils sont insensibles à la détresse de la population.

Propos recueillis par Hervé Mugisha

Forum des lecteurs d'Iwacu

4 réactions
  1. Jérémie Bumako

    Un grand joueur qui a marqué son temps. Qu’il soit un modèle pour beaucoup de jeunes, car il avait le sens de la décision quand la situation s’imposait.

  2. Dusengimana

    Un de nos meilleur exemplaire parmi bcp des amateurs du ballon orange ses talents, sa mode de vie avec ses coequipiers, ses conseil actuel dans le staff de l equipe new star, en tout cas respect regend savoca

  3. Fabrice Traore

    je ne l’avait pas vu jouer mais apropos de Mon entourage . au terrain mais Aussi en dehors du terrain il étais humble il nous a laissé un souvenir qui vivra pour toujours. Sokoroza Francis legend

  4. Kigingi

    J’ai toujours aimé son humilité dans le sport sa lecture de jeu et son savoir-faire,j’étais un de ses plus grand fans malgré que je ne supportais pas son équipe,mon plus grand souhait jamais réalisé était de voir un jour Savoka jouer pour les bleus de mon grand URUNANI,respect à ce MVP,un grand figure de basketball burundais qui a inspiré plus d’un! la FEBABU devrait un jour songer à organiser un match de gala pour signe de remerciement,un hommage pour ces grands talents passionnés en pension,(Après tout, pour certains d’entre-nous, c’est eux qui nous ont fait aimer le basketball)

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Bio-express

Ancien maître à jouer de New Star, club de basket-ball dans lequel il a gardé des liens comme membre du staff technique, Francis Nitus Sokoroza alias Savoka est un des meilleurs joueurs de basket-ball que le Burundi ait connu jusqu'ici. Né en 1985, il éclot au grand jour en 2005 lors du Tournoi des Grands Lacs qui se déroule à Bujumbura. Sacré meilleur jeune espoir lors de cette compétition, le reste n'est qu'une route toute tracée. Meilleur joueur (MVP) de l'ACBAB deux années d'affilée (2007,2008) et MVP du championnat national (2008,2009). Collectivement, Savoka aura remporté de nombreux trophées avec New Star. De 2014-2018, il évoluera en Ouganda, respectivement au sein de KIU (Kampala International University) et de Sharing Youth. Également handballeur invétéré, en 2011, il est auréolé du titre de meilleur joueur lors du tournoi de la Zone 5, à Bujumbura. Marié, il est père d'une petite fille.

Forum des lecteurs d'Iwacu

4 réactions
  1. Jérémie Bumako

    Un grand joueur qui a marqué son temps. Qu’il soit un modèle pour beaucoup de jeunes, car il avait le sens de la décision quand la situation s’imposait.

  2. Dusengimana

    Un de nos meilleur exemplaire parmi bcp des amateurs du ballon orange ses talents, sa mode de vie avec ses coequipiers, ses conseil actuel dans le staff de l equipe new star, en tout cas respect regend savoca

  3. Fabrice Traore

    je ne l’avait pas vu jouer mais apropos de Mon entourage . au terrain mais Aussi en dehors du terrain il étais humble il nous a laissé un souvenir qui vivra pour toujours. Sokoroza Francis legend

  4. Kigingi

    J’ai toujours aimé son humilité dans le sport sa lecture de jeu et son savoir-faire,j’étais un de ses plus grand fans malgré que je ne supportais pas son équipe,mon plus grand souhait jamais réalisé était de voir un jour Savoka jouer pour les bleus de mon grand URUNANI,respect à ce MVP,un grand figure de basketball burundais qui a inspiré plus d’un! la FEBABU devrait un jour songer à organiser un match de gala pour signe de remerciement,un hommage pour ces grands talents passionnés en pension,(Après tout, pour certains d’entre-nous, c’est eux qui nous ont fait aimer le basketball)

Editorial de la semaine

« Dieu n’a pas de prix »

Ils sont appelés ou s’autoproclament « Pasteur », « Berger’’, ’’Guide’’, ’’Prophète’’, ’’Commandeur’’, ’’Bishop’’, ’’Apôtre’’, … Ce sont des hommes et des femmes à la tête des Églises chrétiennes censées représenter la lumière du monde, le sel de la terre. C’est du moins (…)

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