Mardi 16 juillet 2024

Culture

Au coin du feu avec Chancelle Bamuhaye

08/07/2024 1
Au coin du feu avec Chancelle Bamuhaye

Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. Une occasion pour les anciens d’enseigner, avec l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais, au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient et contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Chancelle Bamuhaye.

Votre qualité principale ?
L’écoute.

Votre principal défaut ?
Je sais dire non (rire).

Pouvez-vous expliquer ?
Chez-moi, c’est soit oui, soit non. Lorsqu’une personne m’approche pour un service et que je n’arrive pas à le faire, lui dire non me fait mal et je considère cela comme un défaut.

Qu’elles sont vos préférences dans ce que vous faites ?
Dans tout ce que je fais, je me bats pour que tous les enfants soient égaux. Qu’ils aient tous accès à l’éducation par exemple. Nous voulons tous que notre pays soit développé, mais tant que les enfants n’auront pas tous accès à l’éducation, nos rêves seront vains.

La qualité que vous préférez chez les autres ?
Tenir sa parole.

Exemple ?
La vérité n’a qu’une seule couleur, tout le monde peut en témoigner. Il y a des gens qui ne savent pas tenir leur parole. Aujourd’hui, ils vous disent ça et demain ils vous sortent autre chose. Je préfère ceux qui tiennent leur parole quoi qu’il arrive. S’il y a des enfants qui ne vont pas à l’école, je n’irai jamais dire que tous les enfants ont accès à l’éducation.

Les défauts que vous ne supportez pas ?
Je ne supporte pas les gens qui sont comme des caméléons dans leur parole. Nous avons par exemple une cantine scolaire dans la commune Bukeye de la province Muramvya dans laquelle les enfants des familles Batwa viennent manger. Nous avons aussi des champs qui sont cultivés par les familles de ses enfants et ce sont les produits de ces champs qui nourrissent les enfants.

Cela demande que ces familles s’impliquent davantage. Il arrive que certains parents ne viennent travailler que quand je suis sur le terrain. Donc, ils ne travaillent qu’à ma présence. C’est ce genre de comportement que je ne supporte pas. C’est même ce genre de comportement qui empêche le pays d’avancer si je peux le dire ainsi.

Très motivée et appliquée dans ce que vous faites, où trouvez-vous l’émulation ?
Difficile d’y répondre. Je suis entrée dans le programme du projet de l’Unicef-Burundi « Enfants journalistes » quand j’avais 16 ans. On produisait des émissions radiophoniques, des vidéos, des articles qui parlaient de la vie des enfants vulnérables.

Des fois, les journalistes produisent des articles mais ils ne sauront peut-être jamais l’impact qu’ils feront. A ce moment, je me suis demandée, comme Chancelle et pas l’Unicef, ce que je pouvais apporter de plus-value.

Pouvoir aider ne fut-ce qu’un seul enfant, lui faire franchir un autre pas. Mais, comme je n’avais pas de moyens pour le faire, j’ai commencé à travailler d’abord à Yaga et ainsi de suite.

Je n’ai pas utilisé mes moyens pour poster mes tenues ou bombarder des photos de ma personne sur les réseaux sociaux, des photos qui n’aideront personne. J’ai plutôt utilisé ces réseaux pour un fundraising, et cela m’a permis de pouvoir réaliser les rêves que j’avais, les rêves de venir en aide aux enfants vulnérables. Le fait d’aider les enfants et de contribuer au développement du pays me motive.

Quel est votre point de vue par rapport aux autres activistes ?
Le champ est trop vaste pour ce qui est des enfants vulnérables. Par exemple, moi j’opère dans une partie de l’intérieur du pays mais les enfants à venir en aide sont très nombreux. Cela me fait plaisir d’entendre qu’il y a un activiste qui aide les enfants de telle ou telle autre localité. Je voudrais que les activistes soient nombreux pour pouvoir aider encore plus d’enfants.

Votre plus beau souvenir ?
J’en ai plusieurs, mais le plus marquant et qui m’a vraiment touchée est celui d’un enfant issu des parents séropositifs et qui est aussi séropositif. Je suis partie le prendre à Makamba pour une assistance médicale. J’ai trouvé l’enfant très malheureux parce qu’il ne parlait et ne souriait pas. Après la mort de ses parents, l’enfant est allé vivre avec ses grands-parents.

Avec les préjugés sur la contamination au VIH-sida, ils avaient construit à l’extérieur de la maison une maisonnette qui ressemble à un abri pour chèvre. Il avait 9 ans mais il ressemblait à un enfant de 4 ou 5 ans. C’est lui qui faisait tout pour lui : puiser de l’eau, se chercher à manger et on ne lui permettait pas de jouer avec les autres enfants. Il a vécu cette vie pendant quatre bonnes années après la mort de ses parents.

Il était complètement isolé au point qu’il était rongé par les tungoses et des éruptions cutanées sur presque tout son corps. Ce qui m’a touchée, c’est le jour où je l’ai vu sourire. Quand il m’a vu venir vers lui dans la famille d’accueil, il a souri. Un autre beau souvenir, c’est quand, en allant là où se trouve la cantine scolaire, j’ai croisé une femme qui m’a dit :« Depuis que vous avez commencé à nourrir ces enfants, ils ne viennent plus marauder dans nos champs ». Je pensais que c’est juste venir en aide à ses enfants en les nourrissant sans toutefois savoir qu’il y a un autre impact positif derrière.

Quel est l’homme que vous admirez ?
Tout homme intègre. Tout homme qui sait tenir sa parole.

Le métier que vous auriez aimé exercer ?
Le journalisme (rire).

Votre passe-temps préféré ?
Le tourisme.

Votre lieu préféré
La Kibira.

Pouvez-vous expliquer ?
Son air frais et naturel. J’aime les arbres. D’ailleurs, j’ai eu la chance de travailler tout prêt de la Kibira et j’y passe beaucoup de temps. On vient d’y ériger une école.

Le voyage que vous aimeriez faire ?
Aller à Zanzibar.

Votre rêve de bonheur ?
Voir les enfants qu’on prend en charge devenir des personnes importantes.

Votre plat préféré ?
La banane verte préparée avec des légumes (rire).

Votre chanson préférée ?
Les anciens succès.

Et votre chanteur ?
Canjo Amissi.

Votre devise ?
Be good for no reason.

Croyez-vous à la bonté humaine ?
Je n’ai pas assez de maturité pour apprendre aux gens quoi que ce soit. Mais la bonté humaine existe même si les choses semblent changer au fil du temps. Il y a des gens qui prennent soin des autres sans attendre quelque chose en retour.

Pensez-vous à la mort ?
Trop même. Nous finirons tous par mourir, mais moi, Chancelle, je me dis que si demain ou après-demain je meurs, qu’est-ce que j’aurais fait de bon pour les autres ? Je n’ai pas peur de mourir. Tout d’abord je suis chrétienne et ensuite, même si je ne suis pas une sainte, j’essaie de faire de mon mieux pour hériter la vie éternelle.

Si vous comparaissiez devant Dieu, que lui demanderiez-vous ?
On ne peut pas raisonner Dieu mais, je lui demanderais de donner les mêmes chances aux gens. Qu’il n’y est plus d’inégalité entre les enfants. Qu’il n’y est plus des enfants qui ont faim alors que d’autres ont même de quoi jeter à la poubelle.

Propos recueillis par Stanislas Kaburungu

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1 réaction
  1. Kagabo

    vous Aves oublier de nous partager les etudes de master qu’elle faisait en USA. Est Elle deja la?

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Bio-express

Née en 1996 dans la province de Kayanza, Chancelle Bamuhaye a fait ses études primaires et secondaires dans cette même province avant de descendre faire ses études universitaires à Bujumbura à l’université Lumière dans la faculté de Communication pour le développement. Durant ses écoles secondaires, elle a intégré le projet « Enfants journalistes » de l’Unicef-Burundi à l’âge de 16 ans en 2012 jusqu’en 2015 où elle va rejoindre Yaga comme blogueuse. Elle va produire des émissions à Search for common ground avec le studio Ijambo. Des émissions qui portent sur les droits des enfants et des femmes en faisant des descentes à l’intérieur du pays. Elle fait un stage professionnel de 6 mois au journal Jimbere avant de rejoindre l’ONG Help child qui œuvre dans la protection des droits de l’enfant comme consultante en communication. Elle fera aussi un stage professionnel à l’Union européenne dans la section Presse politique et information. Elle a récemment été choisie parmi les jeunes volontaires de l’Union africaine. Maintenant, elle est fondatrice et directrice exécutive de l’Association qui milite pour les droits de l’enfant Hope for a better future.

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