Retard dans la distribution des fertilisants, accès difficile aux services administratifs, désertions des enseignants, poids des taxes et impôts, l’entreprenariat au ralenti… Quelques-uns des défis rencontrés par les citoyens de la commune Mwaro. Ils demandent à leurs élus de s’y pencher. L’autorité communale tranquillise.
Sept mois après les élections générales de 2025 qui ont mis en place de nouvelles institutions issues du nouveau découpage administratif, la population de la commune Mwaro en province de Gitega, salue la proximité du pouvoir et l’efficacité des autorités locales.
Déos Nshimirimana, jeune commerçant de 25 ans, issu du parti au pouvoir et originaire de la colline Kanyami, zone Gatwe, n’en doute pas. Selon lui, plusieurs documents administratifs ont été délocalisés au niveau des zones, ce qui allège les procédures et réduit le temps d’attente.
Il souligne que les autorités locales sont désormais plus proches de la population qu’auparavant. « Elles disposent aujourd’hui de moyens suffisants leur permettant d’accomplir correctement leurs missions, notamment dans la supervision des coopératives, l’encadrement des jeunes et l’organisation des travaux d’intérêt général. »

Ce jeune entrepreneur affirme également que la cohabitation entre les membres des différents partis politiques est globalement bonne, aussi bien durant la période électorale que dans l’après-élection. « En dehors de mon engagement politique, je collabore sans difficulté avec d’autres jeunes issus de formations politiques différentes au sein des mêmes coopératives ».
Sur le plan économique, toutefois, M. Nshimirimana estime que les conditions ne sont pas réunies pour booster la productivité dans sa commune. Il fait remarquer que son secrétariat public nécessite de l’électricité pour fonctionner, alors que plusieurs quartiers de la commune, dont une partie de Kagoma, au cœur de la commune, n’y ont toujours pas accès. D’après lui, il ne peut y avoir de développement sans électricité.
La pénurie d’engrais menace la récolte
Malgré cette cohabitation politique jugée satisfaisante, la population de Mwaro fait face, comme le reste du pays, à une pénurie récurrente d’engrais, notamment l’urée produits par l’entreprise FOMI. Ces fertilisants sont indispensables pour les exploitations agricoles, d’autant plus que l’agriculture demeure l’activité principale de plus de 95 % de Burundais.
Rénovat Nyandwi, agent de lumicash dont l’activité principale reste l’agriculture, redoute une mauvaise récolte. Selon lui, les agriculteurs n’ont pas reçu la quantité d’engrais nécessaire pour la saison culturale B.
Selon lui, une mauvaise récolte est très probable pour la saison culturale B, car à la fin du mois de février, les travaux champêtres auraient déjà dû être achevés. Or, précise-t-il, la majorité n’a encore reçu aucun sac d’engrais.
M. Nyandwi indique utiliser habituellement quatre sacs, mais n’en avoir obtenu qu’un seul, ce qui est loin de suffire.
Sur le terrain, la tension est palpable. Une foule s’est rassemblée vendredi 27 février, près du marché central de la commune Mwaro, dans l’espoir d’obtenir quelques sacs d’engrais. Plusieurs citoyens interrogés redoutent une flambée du prix du haricot pouvant atteindre jusqu’à 10 .000 Fbu le kg.
D’après ces agriculteurs, la situation est incompréhensible d’autant plus que l’entreprise Fomi poursuit son expansion à l’étranger alors qu’elle peine à satisfaire la demande nationale.
Pour eux, la situation est d’autant frustrante. « Ils nous obligent à payer l’avance, mais voilà la quantité commandée nous manque. Vous voyez cette foule, je suis certains que la majorité va rentrer bredouille après des heures d’attente », ont-ils déploré.
Ces paysans dénoncent par ailleurs des pratiques de corruption dans certaines localités. « Dans notre colline, il est possible d’obtenir un sac d’engrais moyennant une somme de trente mille FBu ».
Vianney Bigirimana, technicien et agriculteur originaire de la colline Rwankangoma, estime que le gouvernement devrait trouver une solution dans les meilleurs délais. D’après lui, le temps perdu ne se rattrape pas. « Commencer le semis au mois de mars sans savoir quand la pluie cessera complique davantage la situation. Le risque d’une mauvaise récolte pointe à l’horizon ».
Des motards dénoncent des abus des policiers
Déjà affectés sévèrement par la pénurie de carburant qui paralyse le secteur du transport à l’échelle nationale, les conducteurs de taxi-moto, notamment dans la localité de Kibumbu, dénoncent le comportement de certains agents des forces de l’ordre.
I.K, opérant au parking de Kibumbu, affirme que certains policiers se mettent en tenue civil le soir pour leur extorquer de l’argent. Selon lui, en cas de refus de pot de vin, les policiers les menacent de saisir leur engins et de leur infliger des amendes excessives.
Il déplore que cette pratique soit devenue courante et regrette l’inaction des autorités administratives. « Ils détiennent nos documents pendant plus de deux mois et cela affecte notre activité ».
P.N. relate une mésaventure similaire. Il explique qu’un policier l’a interpellé alors qu’il transportait deux clients, avant qu’un autre agent ne lui inflige une amende lourde de plus de cents mille francs burundais pour mauvais chargement. Il a réclamé justice, mais en vain.
Ces conducteurs de taxi-moto demandent aux autorités locales à prendre des mesures nécessaires afin d’éviter des incidents graves. Selon eux, la situation risque de dégénérer.
Des ambitions inatteignables
Tout prêt du marché de Mwaro, devant une boutique, des jeunes sont assis et discutent. Ils tiennent des bouteilles de jus dans leurs mains et observent les passants. A l’intérieur de la boutique, Innocent Ndikuriyo, avec un sourire, se réjouit de sa situation financière : « Je suis dans le commerce depuis 5 ans. Je ne me plains pas pour le moment. Mais, mes objectifs semblent inatteignables parce qu’il n’y a pas assez de clients. »

Une grande boutique fait partie de ses ambitions majeures. Il fait savoir que les gens n’ont plus d’argent. Selon lui, s’acheter une bouteille de jus est devenu un luxe : « Ce sont les clients qui ont fait de moi ce que je suis, mais ces derniers temps, tout est au ralenti ».
L’Office Burundais des Recettes (OBR) lui fait payer 19 mille BIF par trois mois, tandis qu’il paie une taxe communale de 20 mille BIF par an. Il dit que pour le moment, ça ne lui pose aucun problème, tandis que le seul problème auquel il fait souvent face est l’administration qui ne lui donne pas de répit : « Les administratifs viennent souvent me taxer des amendes des boissons qu’ils qualifient d’interdites alors que les usines continuent de nous les fournir ouvertement. »
Diane Ingabire, sa colocataire, dans un atelier de couture s’active sur sa machine. Elle a plusieurs commandes à faire. Son plus grand souci est la cherté du matériel qu’elle utilise : « Les prix du fil, des aiguilles, sans parler des machines, coutent énormément cher. »
Elle fait savoir que son rêve est d’avoir un grand atelier : « J’ai 30 ans et j’ai des ambitions, ça fait 4 ans que j’exerce ce métier et il m’a déjà rapporté de quoi m’acheter un porc, mais je risque de m’en arrêter là si cette situation perdure. »
Manque de produits ou de matière première

Vénérant Ndihokubwayo est tenancier d’un bar à Kibumbu. Le manque des produits Brarudi risque de lui pousser à fermer son bar. Il fait savoir que payer le loyer du bar qui ne lui rapporte rien est intenable : « Chaque mois, le bailleur me prend 70 000 BIF alors que je n’arrive pas à les gagner. »
Il indique que les produits Brarudi viennent à compte-goutte et qu’on ne lui donne même pas la quantité commandée. : « On me donne entre 5 et 10 caisses par mois, comment est-ce que je vais pouvoir payer le loyer et entreprendre ? C’est à peine que je grignote un peu pour manger. »
Il évoque aussi un problème lié au coût élevé encouru pour le transport de ces produits. Avec cette situation de manque de carburant, M. Ndihokubwayo fait savoir que, des fois, l’administration leur pose des bâtons dans les roues : « On nous oblige de nous ravitailler dans un dépôt qui est tout prêt alors que son stock est souvent vide. Si je paie un déplacement pour celui qui me les ramène de loin et que je hausse le prix, l’administration s’en prend à moi. C’est injuste. »
Hedironi Nshimirimana 30 ans, colline Rusivya, zone Kayokwe a un atelier de menuiserie. C’est à 20 ans qu’il a commencé ce métier. « Avant, je vendais du charbon. Après avoir construit ma maison, j’ai manqué de portes. Et j’ai décidé de les fabriquer moi-même. Je suis allé me ressourcer chez d’autres menuisiers », raconte-t-il.
Il fait savoir qu’il se heurte à un manque de matière première notamment les planches qui coûtent cher. « Pour fabriquer une seule porte, il me faut des planches de 60 milles ».
Par ailleurs, M. Nshimirimana réclame de l’électricité et du matériel moderne notamment une machine pour augmenter le rendement.
« Les clients sont nombreux. Les commandes dépassent nos capacités ».
Interview avec Callixte Rwarukundo
« Payer les taxes et impôts est une obligation civique de tout citoyen ».
Comment appréciez-vous l’accès aux services administratifs par les citoyens après le nouveau découpage territorial ?
D’un côté, l’accès est facile, et de l’autre, il n’est pas aisé. L’accès est facile dans la mesure où le nouveau découpage administratif vise à rapprocher les services administratifs aux citoyens. Cela se fait par l’intermédiaire des chefs de zone et les chefs de collines.
Nous avons déjà visité toutes les zones. Nous avons entamé la visite des collines sauf que de temps en temps, nous sommes appelés à participer dans des réunions organisées par la hiérarchie et d’autres activités.
D’un autre côté, il n’est pas aisé d’accéder dans certaines entités administratives. Cela demande beaucoup de carburants et beaucoup de moyens financiers. C’est fatiguant car la commune est très vaste.
Quels sont les partis politiques les plus visibles sur terrain ?
Nous voyons le parti Uprona, CNDD-FDD, FRODEBU, CNL, UPD/Zigamibanga et le parti APDR. Mais, nous déplorons le fait que la plupart de ces formations politiques se réveillent à la veille des élections.
Quels sont les projets de développement déjà réalisés ou en cours de réalisation ?
Nous avons déjà construit l’école Kibenga-Murehe et Kibenga-Migende et réhabilité les écoles dont les toitures ont été emportées par le vent sans oublier les pistes et les ponts.
De quoi vivent les habitants de la commune Mwaro ?
Ils vivent essentiellement de l’agri-élevage, du commerce, et de petits métiers.
D’où proviennent les recettes de la commune ?
Nous avons une liste des produits taxables. Les recettes proviennent des taxes perçues sur les produits vendus sur les marchés, les taxes sur les boutiques, les produits Brarudi.
A combien sont estimées les recettes par mois ?
Nous percevons entre 55 et 60 millions par mois.
La saison culturale B bat son plein au moment où les engrais ne sont pas encore distribués aux agriculteurs. Qu’est-ce que vous êtes en train de faire pour que ces fertilisants soient disponibles ?
Il est vrai que le semis est en cours, mais les agriculteurs n’ont pas encore eu les fertilisants. Nous déplorons cette situation. En attendant, nous encourageons les agriculteurs à utiliser le fumier organique.
La situation dépasse les moyens de la commune. Nous encourageons aussi la population à s’adonner à l’élevage et à ne pas compter sur ces fertilisants qui sont rendus disponibles en retard et parfois en quantité insuffisante.
Il s’observe des désertions dans les écoles, qu’en est-il de la situation dans la commune Mwaro ?
Nous avons des enseignants qui ont été nommés ou affectés à d’autres postes. Je ne dirai pas que ce sont des désertions. Ils partent vers là où il y a un léger mieux. Je n’ai pas le nombre des désertions sur moi. Mais le constat est là, ils partent et d’ailleurs parmi ceux-là, il y a des directeurs d’école. Nous enregistrons aussi des départs dans le domaine de la santé.
Quelle solution envisagée pour faire face à ces départs ?
Nous ouvrons d’abord un dossier disciplinaire pour faire le constat de désertion. Nous demandons ensuite l’autorisation de les remplacer. Mais nous n’avons pas encore eu cette autorisation. La procédure est longue. En attendant, nous recourrons aux vacataires.
Où en êtes-vous avec l’achat et la fabrication des bancs-pupitres destinés aux écoles ?
Nous sommes à l’œuvre. C’est un projet qui ne doit pas se faire dans la précipitation. Nous avons mis en place une commission chargée de l’attribution du marché. Au moment où je vous parle ceux qui ont déposé les dossiers sont venus. Nous allons leur montrer les arbres à abattre. Nous allons nous entendre sur le prix et puis ouvrir leurs dossiers pour déterminer les gagnants. Nous espérons que d’ici sous peu le travail va commencer.
A combien sont exprimés les besoins en bancs-pupitres pour toute la commune ?
Je n’ai pas pour le moment les chiffres actualisés. Ils ne sont pas en dessous de 800 bancs-pupitres. Les besoins en bancs-pupitres changent du jour au lendemain.
Qu’en est-il des structures de soins dans cette commune ?
Il y a l’hôpital de Kibumbu, l’hôpital de Sanatorium. Nous avons l’hôpital communal Nyakararo et de Rwintare. Il y a un hôpital privé de l’université de Mwaro. Il a d’autres hôpitaux communaux des anciennes communes Bisoro, Gisozi, Rusaka. Nous avons aussi des centres de santé.
Qu’en est-il du personnel soignant ?
Nous avons des infirmiers mais les docteurs manquent dans les hôpitaux communaux tels que Bisoro, Rwintare, Nyakararo.
Les conducteurs de taxis-vélos et taxis-motos se lamentent que les taxes sont excessives. Qu’en dites-vous ?
Nous avons une liste des matières taxables. Payer des taxes et impôts est une obligation civique de tout citoyen. Pour moi, un citoyen qui se lamente qu’il paie une taxe, n’a pas l’amour de la patrie.
Nous allons multiplier des sensibilisations à leur endroit pour qu’ils sachent que chaque citoyen qui exerce une activité génératrice de revenus doit payer une taxe.
Ces motos qu’ils conduisent passent dans les routes. Ces dernières doivent être entretenues. Et pour l’entretenir, nous utilisons l’argent issu des taxes et impôts. Au cas contraire la route deviendrait impraticable.
Les conducteurs de taxis-motos disent qu’ils sont parfois traqués par les agents des forces de l’ordre. En êtes-vous au courant ?
Nous les exhortons de travailler tout en respectant la loi. Il leur est demandé d’abord de conduire une moto qui a une plaque pour qu’en cas d’accident l’on puisse identifier la moto, mais aussi pour diminuer les cas de vol. Ils doivent aussi posséder un permis de conduire, la carte rose, un contrôle technique.
Je pense que certains parmi ceux-là qui se lamentent ne sont pas en ordre avec tous ces documents exigés. Pour moi, conduire une moto qui n’a pas de documents est en quelque sorte mortelle.
Nous enregistrons beaucoup d’accidents sur la RN18 où les motards qui ne sont pas appréhendés dans la fraîcheur de l’accident s’enfuient.
La plupart de ces motards ignorent le code de la route et roulent parfois à tombeau ouvert. Des mesures doivent être prises pour protéger à la fois ces motards et la population.
Que comptez-vous faire s’ils continuent à être récalcitrants ?
Nous allons prendre les mesures qui s’imposent pour les ramener à l’ordre.
Quid de la lutte des risques et catastrophes ?

Vous évoquez la question au moment où nous avons plusieurs écoles dont les toitures ont été emportées par le vent. Pour y faire face, il faut planter des arbres autour de ces écoles pour amortir la vitesse du vent. Nous avons planté des arbres le long des routes et autour des maisons.
Nous avons instruit la population de planter les arbres qui cohabitent avec les plantes dans les champs.
La population est appelée à tracer les courbes de niveau sans oublier d’y planter des herbes pour soutenir le sol, lesquelles sont en retour utiles pour l’élevage.
De tout ce qui précède, quel appel lancez-vous à la population ?
Nous demandons à tous les citoyens de respecter la loi. Aux agri-éleveurs de s’adonner à l’élevage du petit bétail en vue d’avoir du fumier en attendant les engrais.
Nous encourageons les citoyens à payer des taxes et impôts. Ce sont ces derniers que la commune utilise dans la réalisation des projets.
Nous demandons aux citoyens de se faire soigner dans les structures de soins et à ne pas se rendre chez les guérisseurs.
Il faut que la RN18 soit bien entretenue par la population riveraine. C’est un grand atout pour le développement socio-économique pour la commune Mwaro.
Quid de la configuration géographique de la commune Mwaro ?
La commune Mwaro fait partie des 9 communes qui composent la province de Gitega. Elle est composée de 10 zones et de 67 collines.
Elle s’étend sur trois régions naturelles : une partie de la région naturelle de Mugamba, celle de Bututsi et celle de Kirimiro.
A l’est se trouve la commune Gishubi. Au nord, il y a la commune Nyabihanga. Au sud-ouest se trouve la commune Matana dans la province de Burunga, Au nord-est, il y a la commune Rwibaga de la province de Bujumbura.
La commune Mwaro a une superficie de 399, 189 km2 avec une population de 155 950 habitants répartis dans 35 485 ménages. Parmi ses habitants, on dénombre 75 775 hommes et 80 175 femmes, 8 132 garçons et 10 292 filles. On dénombre aussi 35 994 garçons et 36 709 filles de moins de 18 ans.








Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu
Merci de prendre connaissances de nos règles d'usage avant de publier un commentaire.
Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, diffamatoires ou injurieux, appelant à des divisions ethniques ou régionalistes, divulguant des informations relatives à la vie privée d’une personne, utilisant des œuvres protégées par les droits d’auteur (textes, photos, vidéos…) sans mentionner la source.
Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire susceptible de contrevenir à la présente charte, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois, promotionnel ou grossier. Par ailleurs, tout commentaire écrit en lettres capitales sera supprimé d’office.