Dimanche 16 mai 2021

Politique

Amisom : « Une résolution plus motivée par des facteurs externes »

13/03/2018 Commentaires fermés sur Amisom : « Une résolution plus motivée par des facteurs externes »
Amisom : « Une résolution plus motivée par des facteurs externes »

Guillaume Ndayikengurutse, enseignant à l’ENA et chercheur à la Chaire Tocqueville en politiques de sécurité de l’Université de Namur, livre son analyse sur le désengagement progressif des troupes de l’Amisom.

Via la résolution 2372 du Conseil de sécurité, les troupes de l’Amisom ont entamé leur retrait de Somalie. Quels sont les facteurs expliquant cette décision?

Primo, il faut noter l’échec inavoué de la communauté internationale qui a du mal à contenir la menace terroriste à travers le monde.

Secundo, il faut noter les difficultés de financement auxquelles fait face l’organisation onusienne à la suite de l’accession à la tête des grandes puissances de dirigeants peu enclins à soutenir la diplomatie multilatérale comme Trump aux États-Unis.

Tertio, après plus de 25 ans de présence de la communauté internationale en Somalie, il est pertinent pour la communauté internationale de tirer un bilan réaliste de sa présence. Il n’y a pas d’avancées considérables, autant se demander si on doit y rester.

Quid de la situation sécuritaire sur le terrain ?

La menace des Shebabs est loin d’être dissipée. En octobre dernier, la Somalie a enregistré l’attentat le plus meurtrier de son histoire. Le nombre de morts des mains des Shebabs fait froid dans le dos (environ 2000 sur une période de 18 mois jusqu’en octobre 2017). Il faut également noter que les rangs des Shebabs ne cessent d’être gonflés par les membres de l’EI, à la suite des revers que ce dernier a enregistrés sur d’autres fronts, notamment en Syrie.

Il s’agit d’une résolution plus motivée par des facteurs externes. Elle contredit donc l’intention avouée par la communauté internationale de renforcer la sécurité de la Somalie et de la mettre à l’abri de la menace terroriste.

L’armée somalienne sera-t-elle apte à prendre la relève à l’horizon 2020?

Du moment que la présence concomitante des troupes étrangères et somaliennes n’arrive pas à neutraliser les assauts terroristes des Shebabs, il est irréaliste d’envisager que ces dernières troupes puissent relever seules le défi. Par ailleurs, l’on peut s’interroger sur la volonté réelle des pays contributeurs de troupes de former la relève à travers l’armée somalienne. En effet, leur présence en somalie répond aussi à des objectifs d’intérêt national de ces pays, notamment le rayonnement international, mais aussi et surtout l’amélioration de la conjoncture financière interne. Il est donc pertinent de se demander si la professionnalisation des troupes somaliennes est inscrite dans les priorités.

Si l’appel des pays contributeurs de troupes de suspendre la résolution n’est pas entendu, quelles seront les conséquences?

Elles seraient très lourdes. Malgré quelques progrès, la Somalie peine à se constituer en État viable avec toutes les capacités qui sous-tendent cette qualité. Le retrait des troupes de l’AMISOM galvaniserait les Shebabs et du coup la sécurité de la Somalie et des Somaliens se détériorerait à outrance. Le retour à la case départ ne serait d’ailleurs pas exclu. Le risque de voir annihilé les efforts fournis par la communauté internationale pendant plus de deux décennies serait réel.

Aussi, l’expansion de la menace terroriste sur la région serait imminente. On ne peut pas déjà s’empêcher de penser aux attentats terroristes enregistrés récemment dans le nord-est du Kenya.

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