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Sécurité

Nyanza-lac : des habitants fuient vers la Tanzanie

22-04-2015

Le mouvement vient de durer deux mois. Les réfugiés craignent de probables violences dues au 3ème mandat du président Nkurunziza. Iwacu a rencontré ces Burundais en Tanzanie.

Vue partielle de la localité de Bulende où se trouvent beaucoup de réfugiés burundais  ©Iwacu

Vue partielle de la localité de Bulende où se trouvent beaucoup de réfugiés burundais ©Iwacu

Depuis février 2015, quelques habitants de Nyanza-lac fuient le Burundi vers la Tanzanie. Ils arrivent en petit groupe, presque chaque semaine. La plupart se sont installés dans les secteurs de Zashe, Ngonya, Kongorwe et Kiziba. Il est difficile d’avoir un effectif des réfugiés. Ceux-ci ne se font pas enregistrer. Ils s’installent dans différentes localités, à l’insu des autorités tanzaniennes.

A Bulende, à une dizaine de kilomètres de la frontière, la précarité est évidente dans quelques maisonnettes en paille. Des nattes, quelques ustensiles de cuisine, des habits et d’autres objets ménagers de ces réfugiés jonchent le lieu du campement. Quand il pleut, tout est inondé. Les enfants sont transis de froid car la plupart n’ont pas de couvertures. Ceux qui ont un peu de moyens louent des maisons.

Même si certains réfugiés préfèrent garder le silence, les témoignages fusent assez naturellement pour d’autres. C’est le cas d’Evelyne Kabura de la colline Mugerama en commune Nyanza-lac : « J’ai quitté le Burundi avec toute ma famille le 20 mars 2015 pour nous installer à Ngonya dans le secteur de Zashe. »

Cette mère de deux enfants affirme avoir fui son pays natal à cause des polémiques autour du probable 3ème mandat du président Nkurunziza. Elle ajoute que les déplacements du Lieutenant-Général Adolphe Nshimirimana à Buheka et Biniganyi en commune Nyanza-lac ont empiré la situation : «Des jeunes ont commencé à se faire enrôler pour une formation militaire et cela ne nous tranquillise pas. »

Leur vie en Tanzanie est un calvaire qu’Evelyne décrit : «Nous vivons misérablement, nous craignons la pluie et le froid. » Pour elle, ces réfugiés ne parviennent pas à dégoter une assistance parce qu’ils ne sont pas connus par l’administration tanzanienne.

Une situation peu rassurante au Burundi

Evelyne Kabura : « Nous avons quitté le Burundi parce que la situation sécuritaire n’est pas rassurante » ©Iwacu

Evelyne Kabura : « Nous avons quitté le Burundi parce que la situation sécuritaire n’est pas rassurante » ©Iwacu

Pour avoir à manger, raconte Evelyne Kabura, ces gens travaillent dans les champs des Tanzaniens afin d’avoir deux ou trois kilogrammes de grains de maïs et qu’il est impossible d’améliorer ce quotidien. Même si cette quadragénaire reconnaît que la vie d’un réfugié est dure, elle préfère rester en Tanzanie pour la sécurité de sa famille. « Nous n’allons pas rester ici à Ngonya, nous allons continuer vers Lagara, un grand centre où se trouveraient beaucoup de réfugiés burundais», témoigne-t-elle, le visage ravagé par la tristesse.

Alphonse Nibaruta fait savoir que la distribution des armes a traumatisé la population : « Nous avons alors quitté notre pays car la situation risque de devenir pire. » Alphonse Nibaruta pense que les autorités tanzaniennes n’ont pas encore aménagé un camp de réfugiés parce qu’elles ne sont pas au courant de ce mouvement de déplacés. «Nous essayons de nous cacher dans différentes localités de peur d’être rapatriés par force », confie Alphonse Nibaruta.

Et d’ajouter que les réfugiés acceptent de travailler à très faible coût afin d’avoir à manger. Il précise que les gens traversent facilement la frontière lundi et samedi, mardi et jeudi, respectivement jours de marché en Tanzanie et au Burundi.

« Tous les signaux sont au rouge au Burundi»

Levis Minani habitait la colline Kiderege en commune Nyanza-lac. Depuis le 3 avril 2015, il s’est installé à Kongorwe dans le secteur de Kiziba. Même s’il a déjà dépensé jusqu’au dernier sou, Levis Minani n’a pas envie de retourner au Burundi : «Actuellement, tous les signaux sont au rouge dans notre pays. » Selon lui, les jeunes recrutés et en formations paramilitaires en Tanzanie risquent de venir attaquer le Burundi. «On ne peut pas alors retourner au pays alors que nous savons que cet ancien patron du Snr est en train de former des gens», murmure-t-il, d’une voie brisée.

Suzanne Kamariza de Nyabigina dans la zone de Kabonga a préféré louer une petite maison en paille à Nyenkara. Cette mère de huit enfants ne préfère pas donner trop de détails. «J’ai vu des choses au Burundi qui ne me rassurent pas, c’est la raison qui m’a poussée à quitter le pays à 65 ans », insiste-t-elle. Cette veuve affirme avoir vendu les tôles de sa maison car elle n’espère pas revenir.

Annonciatte Iradukunda de la colline Mugerama, commune Nyanza-lac s’est également installée en Tanzanie : «Je reviendrai au Burundi si les élections se déroulent normalement. » Cette mère de trois enfants reconnaît être sur le sol tanzanien illégalement : «Les autorités burundaises et tanzaniennes ne sont pas au courant. » Malgré cela, Annonciatte Iradukunda demande au gouvernement tanzanien de construire un nouveau camp pour les héberger en attendant que le climat politique soit assaini au Burundi.

D’autres se font enrôler dans une milice

Selon des sources rencontrées à Kagunga en commune Kigoma rural dans la localité de Bulende, plus d’une dizaine de familles y sont déjà installées en provenance de Nyanza-lac depuis le mois de février 2015. Bien plus, certains de ces réfugiés installés à Bulende voudraient se rendre à Iragara, selon les même sources.

Les recrues se reposent souvent dans cette maisonnette avant de continuer vers Kuwinka ©Iwacu

Les recrues se reposent souvent dans cette maisonnette avant de continuer vers Kuwinka ©Iwacu

A côté de ces gens qui fuient, d’autres personnes, confient nos sources, franchissent la frontière pour aller se faire enrôler dans une milice. Information confirmée par H.P., une Burundaise installée sur place depuis un mois : « Il y a de petites maisons en pailles où six à sept jeunes s’arrêtent avant de continuer leur route dans la brousse et l’on a entendu qu’ils s’y rendent pour une formation militaire. »

Contacté par Iwacu, Eslon Tendameno Bahandwa, Secrétaire du chef de la zone de Bulende dans la ville de Zashe au quartier Kagunga en commune Kigoma rural rejette ces informations : « Il n’y a ni réfugiés burundais à Bulende ni jeunes burundais en formation militaire sur le sol tanzanien. »

Toutefois, cet administratif à la base reconnaît avoir entendu qu’il y aurait des réfugiés burundais installés dans d’autres coins de Kagunga comme Beswe, etc. D’après lui, l’administration est en train de vérifier ces informations.
Concernant les entrainements militaires évoqués, Eslon Tendameno Bahandwa explique que des Burundais qui vont s’occuper des travaux champêtres en Tanzanie traversent la frontière régulièrement avec des documents en bonne et due forme: « C’est tout simplement une question de pouvoir gagner un peu d’argent et non de chercher refuge. »

Et de conclure qu’il serait actuellement difficile pour les Burundais de fuir vers la Tanzanie et d’y vivre car il n’y a plus de camp de réfugiés. Mais s’il s’avère que des Burundais fuient réellement vers la Tanzanie, il compte produire un rapport et l’envoyer à ses supérieurs hiérarchiques: «C’est à eux de décider si ces gens peuvent être installés pour être assistés ou pas. »

Iwacu a contacté Prudence Kabura, administrateur de la commune Nyanza-lac et Gilbert Nduwayo, gouverneur de la commune Makamba sans succès.

  11   Vos commentaires
  1. Didace

    Qu’est Ce Qui Nous Ramenera L’espoir!! Chaque Fois Avec Des Sacs, Toujours En Exil! Quand-est-ce Qu’on Dera Tranquille?

  2. sibomana

    igihugu cacu naho abakirongoye badakunda abenegihugu umengo bararyohewe no kubona hari abahunga igihugu kuko bashira kumbibe imbonerakure ngo zibuze abahunga ari nabo babatera ubwoba kandi hari abasirikare,ntarigera, nkurunziza ahumuriza abarundi ahubwo asongera isibe mukuvugango atanze imisi uwurongoye intara azobe yaratahukanye izompunzi hako atorera inyishu impamvu bahunga kandi umwenegihugu afise uburenganzira bwogukinjura mugihe inkoho yaguriye igiporisi n’igisirikare batabahumuriza

  3. Jean-Pierre

    Ejo bundi mukirundo bata umwikomo kurwanda na HCR, none bigenze bite ko numva no muri Tanzaniya bariko barahungirayo? Sinzi ahantu muri bibiliya nasomwe bavuga bati malheur aux peuples qui introniseront des rois assassins. Utora nabi ugatwagwa nabi.

  4. Simvura

    Nimurekere Nkurunziza n’ikiringo ciwe Abarundi turabe ko tworuhuka ingwano. Erega dutwarwa n’abicanyi ntihagire uwuvyiyobagiza. Nta kinya bafise, abeshi muribo ntaco bacera. Ko bashobora gusesa amaraso mu Burundi kuribo ntaco bibabwira kuko niwo mwuga bize. Tabaranya mureke abandanye inkinamico yiwe ngo ariko atwara igihugu.
    Abasokuru barayamaze bati iyibize nabi iyima ifu.Kandi ngo nta mvura aidahita.
    Ahandi ho turashira. Kandi tuzoba tubakamiye mu cose koko amaraso basheshe aguma ababiramwo. Iyo rero umuntu yamaze guha shetani umutima, atekana ari uko abandanaji ibikorwa vy’umwijima wayo. Tureke rero ahandi ho baratumara amakungu arorera nk’uko vyabaye mu Rwanda inganda zigatikira amakungu arorera. Ayo makungi niyo azogaruka avec les larmes de crocodile ariko ingada zamaze gutikira.

    • Jean-Pierre

      @ Simvura:
      Inkoho yica bamwe ariko iyo urugamba rutsinzwe nintwari iterambere riranyaruka. Raba aho hakurya ya Kanyaru ingene bimeze. Kandi nnoneho umuntu aatinya ingwe ntatinya iyamwinjiranye. Mbe nkabanut biba imiliyoni icenda zamadolari bagura indege isigaje amezi indwi yo kuguruka, nibasubira gutwara bazodandaza abana twibaruka babuze ivyo basahura. Sigano n’ukurugwana uwupfa apfe uwukira akire. Mbega none, mwibaza ko bo batava amaraso? Kwisi yose yahanuye ntiyumve, igisigaye ni yantambara yavuga ko izohera murugo twuwuyitanguye ikongera igahereraho. Il a finalement prédit sa fin!

  5. kajekurya

    Ejo nari muri Bus iva Buja ija Kigoma…kuva mumabanda abotwarikumwe bose bava i Nyanza Lac baguma babazWa n’abapolisi mbere umuryango umwe warahatswe gusubizwa inyuma! Birashoboka ko bari bahunze koko hzri umu mama afise abana 4….Imana ikingire u Burundi!

  6. Mon pays devient fou.

    Toute cette tragédie, pour assouvir la soif de richesses d une bande de mafiosi composée par moins de 20 personnes qui pillent et endeuillent notre chère patrie le Burundi.
    Y a t il quelqu un de censé qui peut m expliquer comment au CNDD FDD, on ne peut pas trouver un homme intègre pour remplacer le président pasteur?
    Dis moi ce que le CNDD perdrait s il présente Rufyiri ou Pie a la présidence?

  7. Martino

    « Un peuple qui elit des corrompus, des renegats, des imposteurs, des voleurs, des traitres n’est pas victimes! Il est complice. »
    George Orwell.
    Il y a une chanson dans notre la langue qui dit : « Hitamo neza ». Le peuple vote leur propres malheurs.
    En 2005, le peuple avait besoin de changement, chose que tout burundais comprend tres bien. Est ce que nous avons interroge notre conscience ou on a agi par esprit de sentiments. J’ai discute avec quelqu’un dernierement et m’a dit que le dernier recourt des burundais etait RWASA. Je lui ai demande quelle valeur ajouter va t-il apporter? A-t-il un pgm politico-social clair pour retablir le pays sur la voie de dvpt ou il critique les cndd- fdd, comme ceux- ci le faisait pour les regimes des banyabururi lorsqu’ils etaient encore au pouvoir.
    Pour ma part je pense que notre pays a besoin des volontaires que les politiques ou des visionnaires qui ne voient absolument rien.
    L’europe apres la 2eme guerre mondial a ete construite par des volontaires, des hommes qui travail pour changer les choses non pas des hommes qui ne voient que les salaires apres chaque mois.

  8. Kindros

    Turagowe barundi , basi Nkurunziza Peter tumurekere iyo mandat ya « kabiri » kugira dukize agahanga!

    • yussuf

      tuyimurekere atware iyindi myaka 5 nkuko yatwaye…natwe tur intama??? Ngo nuko dutinya ko yoduhonya? Ewe mungu wanju agateka karihabwa…nta gutinya umuntu nkawe…abantu bazopfa nivyo muga s’abadashigikiye Peter gusa… Nawene nyene birashobora kumuhitana

  9. TAMBA

    Bonne investigation.

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