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I Opinion I L’Insoutenable légèreté du « Dialogue »

10-06-2015

L’année 2015 sera-t-elle une nouvelle occasion manquée dans l’histoire du Burundi ? Pour reprendre la réflexion de Jean Pierre Chrétien dans Libération du 20/05/2015.

Les chefs d’états de l’EAC qui s’étaient réunis à Dar es Salam le dimanche 31/05/2015 «demandaient» au pouvoir en place de reporter les échéances des élections pour au moins 1,5 mois et appelaient les parties en conflit de faire preuve de retenue et d’arrêter la violence durant « cette » période. Ils insistaient aussi sur l’urgence du désarmement des groupes de bandes armées de jeunes alliés aux partis politiques et au passage, félicitaient et encourageaient les efforts et initiatives de l’envoyé spécial du secrétaire général des UN pour la région des grands lacs pour la promotion du dialogue entre les deux parties.

« Dialoguer » avec qui ?

La répression violente des manifestations contre le troisième mandat de Peter Nkurunziza révèle une face sombre de sa famille politique et le côté obscur de sa force. Celle qui fait avancer les choses par intimidation et terreur.
Le porte-parole du CNDD, face à la position de ceux qu’on appelle désormais les Frondeurs au sein de son parti, avait invoqué avec une nostalgie peu contenue, les méthodes punitives réservées aux «brebis égarées » du parti à l’époque de la rébellion.

Qui sont derrière cette machine jusqu’au-boutiste qui consacre peu de considération à la vie humaine (+ de 40 morts depuis le début des manifestations, + de 100,000 réfugiés, plusieurs centaines de manifestants prisonniers) au seul but de briguer un nouveau mandat ? On gagnerait beaucoup (en temps, en vies humaines, en stabilité socio-économique…) à les identifier, puis les mettre hors d’état de nuire et/ou négocier avec eux.

« Dialoguer » de quoi ?

Le Secrétaire des UN vient de renouveler sa confiance en son envoyé spécial pour la région des Grand Lacs qui ne rassure pas le groupe de l’opposition. Il est aussi en phase avec le cahier des charges que les Leaders de l’EAC viennent de soumettre aux Burundais. Et puis quoi ? Si les recommandations sont remplies, on retourne à la page – là où on s’était arrêté -du processus électoral ? Indice incontesté de la mesure « démocratique » d’un système.

Quels seront les outils objectifs pour valider ce processus, si le sulfureux arrêt de la cour constitutionnel ne figure sur la liste d’aucune facilitation jusqu’à présent ?

L’urgence nous dicte de parler peu mais bien.

Processus qui vient du latin pro (au sens de « vers l’avant ») et de cessus, cedere (« aller, marcher ») signifie donc aller vers l’avant, avancer. Merci Wikipédia.

Comment aller vers l’avant dans une aussi courte période ?
• Peut-on réhabiliter les medias détruits (par qui ?), assurer et rassurer le retour du monde de la presse qui a fui et/ou se cache ?
• Comment désarmer les milices (ailleurs cette administration de par sa « milicegate » aurait subi un impeachment), et qui va le faire ? Nos « forces de Sécurité » qui les escortent dans certains quartiers – (une partie de la population concernée pense ainsi !)

Malgré le KO qui s’installe et qui arrange certains, malgré la résistance au 3 eme mandat de Nkurunziza qui gagne aussi l’intérieur du pays, il y a une fixation à laquelle est bornée une bonne partie des partenaires de la communauté internationale du Burundi: Préserver le processus électoral.
Et ce dès le début de la crise, la protection du processus électoral – plus que les dégâts de l’administration dans sa résistance à l’écoute de son peuple, des cadres de son parti, des envoyés de différentes organisations et partenaires du pays – était au cœur de leur préoccupation.
Des « spécialistes » des élections étudient comment glisser un nouveau calendrier électoral avant l’inconstitutionnalité de cette administration ? Cette urgence à vouloir administrer une aspirine à un malade au stade avancé* va sauver qui et quoi ?

Si la démocratie se mesure entre autre par la souveraineté du citoyen à choisir et revendiquer librement ses convictions, la décence inviterait les différents partenaires qui appuient le Burundi à cette échéance, à prendre la mesure, la portée et surtout la gravité de leur engagement pour l’avenir dont la paix et la cohésion sociale viennent d’être mises à rude épreuve, encore une fois. La tentation et l’urgence de remplir, quoiqu’il advienne, le check list du processus électoral n’est pas du jour.
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*Je reprends Mwalimu Nyerere au lendemain du retour de Buyoya au pouvoir en 1996.

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