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Economie politique de la pauvreté et de la violence

26-06-2011

La pauvreté a tendance à se concentrer sur les pays déchirés par les conflits ethniques, les guerres civiles et le crime organisé. Sont-ils pauvres parce qu’ils sont violents ou violents parce qu’ils sont pauvres ?

La dernière publication de la Banque Mondiale « World Development Report 2011 examine les raisons pour lesquelles les pays sont et demeurent pauvres. Sont-ils pauvres parce qu’ils sont violents ou violents parce qu’ils sont pauvres ? L’hebdomadaire anglais « The Economist » reprend à son tour le même thème dans sont édition du 26 avril sous le titre The Economics of Violence.
Le Burundi figure de nouveau dans ce classement peu enviable comme étant un exemple illustratif de cette analyse avec d’autres pays, – Côte d’Ivoire, Afghanistan, Libéria, RDC, Sierra-Leone–, qui n’arrivent pas à sortir du cycle de la violence et par conséquent de la pauvreté.

Le rapport de la Banque Mondiale avance l’hypothèse que la violence n’est pas seulement une cause de la pauvreté parmi d’autres mais en constitue le maillon principal. Les pays pris dans l’engrenage de la violence sont le plus souvent incapables de s’en sortir et par conséquent demeurent pauvres. Cette observation a une profonde implication sur les politiques économiques futures qui devraient désormais être menées par les pays et institutions donateurs, et les pays récipiendaires.

Cas du Burundi et du Burkina Faso

La pauvreté a tendance à se concentrer sur les pays déchirés par les conflits ethniques, les guerres civiles et le crime organisé. A titre d’exemples, deux cas typiques pour étayer cette assertion : le Burundi et le Burkina-Faso. Jusque dans les années 1990, les deux pays affichaient des taux similaires de croissance économique et des niveaux de produit intérieur brut (PIB).
Avec la guerre civile la conséquence est qu’aujourd’hui, le Burkina-Faso est deux fois et demi plus riche. Mais la comparaison la plus pertinente est sans doute le Rwanda voisin. Son économie est depuis 2000 parmi les plus dynamiques de la communauté est-africaine, affichant des taux de croissance économique de l’ordre de 7-8% par an. Le PIB par habitant est aujourd’hui plus de trois fois plus élevé que celui du Burundi.

Même en l’absence de guerres civiles, pour les sociétés qui vivent dans l’anarchie et l’absence de lois, les effets restent identiques : au Guatemala, le nombre de meurtres et assassinats est aujourd’hui plus élevé que durant la période de la guerre civile. L’une des causes de la violence dans 39 pays étudiés qui ont connu des conflits depuis 2000 est incontestablement le chômage des jeunes qui les pousse à rejoindre les mouvements rebelles, – « Life is so cheap that it pays to rebel » – La vie est à ce point bon marché qu’il vaut mieux de s’enrôler dans la rébellion, affirme l’un des chefs rebelles au Sud-Soudan.

Pourquoi pays certains progressent alors que d’autres régressent

Mais la pauvreté n’est pas la seule cause de la violence parce que la légitimité du pouvoir politique et des institutions en général joue un rôle primordial. Il s’agit de la bonne gouvernance qui caractérise aussi les pays prospères comme le Botswana souvent cité en exemple sur le continent africain. Ce pays était considéré comme le plus pauvre à l’indépendance en 1966 affiche un produit intérieur brut par habitant se situant à plus de 13.000 $ contre 130 $ pour le Burundi en 2009.
Si cette analyse est correcte, la conséquence logique est que la prévention de la violence doit être une priorité qui prendra désormais en compte les valeurs souvent négligées de justice et de sécurité des personnes et des biens. La restauration de la confiance des citoyens dans les institutions du pays est la condition nécessaire mais pas suffisante ; tous les citoyens doivent se sentir comme faisant partie de la même nation.

Ensuite, mettre en place des politiques de création d’emploi pour lutter efficacement contre la pauvreté. Éradiquer la racine du mal de la violence, – le chômage à grande échelle -, est probablement le plus difficile à faire mais les bailleurs de fonds et les gouvernements doivent affronter cette problématique qu’ils ont jusqu’ici négligée parce que très complexe. Il est plus aisé en effet pour les institutions internationales de drainer des ressources pour mettre en place des politiques se stabilisation macro-économique que de financer les petites et moyennes entreprises (PME) en milieu urbain et rural qui sont pourtant créateurs de richesses et d’emplois.

En conclusion, des économistes posent ouvertement la question suivante : pourquoi certains pays progressent sur le plan politique et économique alors que d’autres régressent, spécialement sur le continent africain. La réponse à cette question permettra d’envisager des solutions innovantes et pertinentes pour le Burundi afin de sortir de l’ornière de pauvreté et de la violence. Pour s’engager enfin sur la voie de la prospérité comme les autres.

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