Samedi 24 février 2024

Société

Université du Burundi : Le chemin de croix des étudiants

Université du Burundi : Le chemin de croix des étudiants
C’est dans cette gargote de Nyakabiga que la majorité des étudiants prennent leur repas.

Le Recteur de l’Université du Burundi a, dernièrement, avoué que son institution n’est plus capable de nourrir ses étudiants. Une situation qui ne cesse de se détériorer, et ce depuis plusieurs années. Manger à leur faim deux fois par jour est devenu un luxe pour certains étudiants. Et le logement n’est pas en reste. Or, pour être productif intellectuellement, certaines conditions doivent être remplies pour être performant intellectuellement. Coup de projecteur sur la vie des étudiants de la seule université publique.

Nyakabiga, commune Mukaza, non loin du campus universitaire de Mutanga. Une gargote en planches sise à la 8e avenue est devenu le point de rencontre des étudiants de l’Université du Burundi.

Seul l’habillement permet de distinguer les « futurs cadres du pays » des maçons et autres ouvriers sur différents chantiers. Ils se bousculent pour être servis le premier. Une assiette de patates douces, riz et haricot est servie à 700BIF. La qualité n’est pas une priorité. « Ce qui compte, c’est j’ai quelque chose à mettre sous la dent. Le reste, je m’en fous. L’essentiel est que je sois servi parce que si je traîne, je risque de rentrer sans avoir mangé », confie I.J., un étudiant rencontré à quelques mètres de cette gargote.

Pressé pour ne pas être servi, il avoue n’avoir que 500BIF sur lui. Avant de tirer ce qui fait office de rideau de couleur blanchâtre noirci par la fumée, il avoue que la vie d’un étudiant est devenue très compliquée.

A l’intérieur, chacun s’occupe de sa petite assiette. La quantité et la qualité laissent à désirer. Les grandes marmites dans lesquelles bouillonnent les aliments qui servent de repas suscitent quelques questionnements. La cuisson ne se fait pas au charbon mais avec des buches. D’où une fumée qui se répand dans la gargote et ne manque pas de faire couler des larmes à un client qui passe sa commande.

Les commandes des clients sont simples vu le menu : une assiette de patates douces, de pommes de terre, ou encore une pâte de maïs. Pour la pâte, elle a la taille d’un smartphone avec du haricot et son jus de cuisson. « Voilà, c’est cela qu’on commande souvent parce que c’est moins cher. Et nous n’avons pas d’autre choix. Et c’est tellement insuffisant. Mais que faire ? », confie notre étudiant, après s’être installé à table en attendant d’être servi. Il assure que le propriétaire de ce restaurant est un bon samaritain : « Quand on n’a pas d’argent sur soi, tu signes et tu paieras quand le prêt-bourse sera perçu. Je suis sûr que n’eût-été cet homme, beaucoup d’entre nous seraient déjà retournés sur la colline et auraient déjà abandonné les études.
Que Dieu le bénisse !»

B.K., un autre étudiant en train de commander un plat « copieux » de 1000 BIF ne mâche pas ses mots : « Je n’avais pas cette taille quand je suis entré à l’université. Manger un plat qui ne viendrait même pas à bout de la faim d’un gamin n’est pas chose facile. Et ce pendant les trois ans que je viens de passer dans cette soi-disant grande institution. »

Cet étudiant de la Faculté des sciences économiques confie que son dernier prêt-bourse remonte à 3 mois : « L’année académique touche à sa fin et moi c’est ma dernière année. Vais-je avoir cette somme pour couvrir les crédits que j’ai accumulés pour survivre tout ce temps ? Dieu seul le sait.»

Le retard du prêt-bourse empire la situation

B.K. fustige l’incapacité ou la mauvaise gestion dans l’octroi du prêt-bourse à temps. Ce qui complique encore sa vie et celle de ses camarades : « Qu’il nous parvienne au moins à temps. Certains d’entre nous ont pu avoir des chambrettes dans lesquelles ils peuvent se caser à six ou plus pour se partager le loyer. Mais quand ce prêt-bourse traîne, c’est la catastrophe. »

Il fait savoir que les bailleurs ne les veulent plus comme locataires : « Ils nous accusent d’être de mauvais payeurs alors que ces retards ne sont pas dus à notre volonté. »

Un autre étudiant assure que compter sur la bourse pour sa survie est une mort lente mais sûre : « Nombreux sont des étudiants qu’on retrouve agonisants à cause de la faim, qui s’évanouissent ou qui tombent malades parce qu’ils n’ont personne à qui se confier. » Pour lui, de tels cas sont nombreux dans les résidences universitaires.

Les familles ne comptent plus sur leur probable soutien financier. « Ma famille pensait que je pourrais lui envoyer régulièrement de l’argent. C’était aussi ma conviction avant de venir à l’université. Ma désillusion fut grande. Fort heureusement, ma famille m’a cru et m’aide autant que faire se peut. Pour preuve, je viens de me payer une assiette de 1.000 BIF alors que les autres ont à peine celle de 700 BIF », se désole un étudiant.

Le bon samaritain pour les étudiants

Claver Havyarimana, propriétaire de cette gargote se tient dans la cuisine avec un cuisinier qui l’aide pour servir les étudiants de l’Université du Burundi. Il est le seul qui arrive à tenir. « Les autres ont déjà fermé parce qu’on ne gagne presque rien. Et beaucoup de ces étudiants mangent à crédit», raconte-t-il.

A l’entrée de la cuisine se trouve un registre. « C’est un registre dans lequel les étudiants qui se sont abonnés pour manger à crédit signent après chaque repas », signale-t-il. Chaque étudiant est servi d’une assiette de 700 BIF qu’il paiera après chaque mois. « Ils signent et après un mois, voire deux ou trois, ils amènent l’argent après perception du prêt-bourse. Mais il y en a qui ne reviennent pas », déplore M.Havyarimana.

Il confie que même s’il travaille à perte, certains étudiants lui font pitié : « Certains viennent me supplier pour une petite assiette de 700 BIF. Je ne peux pas leur refuser parce que s’ils meurent de faim, on dira que c’est moi le responsable. Parfois, je me dis que je suis en train de servir le pays. » Il ne quitte pas des yeux ces futurs cadres qui mangent sans mot.

De leur côté, les étudiants lui ont déjà trouvé un surnom, le « bon samaritain ». « N’eût-été lui, je suis sûr que beaucoup d’entre nous peineraient à manger une seule fois par jour. Que Dieu le bénisse », déclare Bosco, un étudiant croisé non loin de ce restaurant de fortune.

Quelques ouvriers des alentours ne se gênent pas à se mêler à ces étudiants qui ne semblent pas être mieux lotis qu’eux. Ils vont même jusqu’à les narguer, commandant des assiettes de 1.000 BIF et criant pour qu’on leur amène le meilleur avocat à n’importe quel prix.

Les yeux de ces futurs cadres lorgnent les assiettes des ouvriers sans dire un mot. En attendant d’être servis ou ayant déjà dévoré cette petite assiette de 7.00BIF, certains étudiants fixent sans relâche ces assiettes agrémentées d’avocats.

Les autorités administratives à la base sont compatissantes. Le chef de quartier où se trouve ce restaurant passe souvent encourager le propriétaire. « De temps en temps, les autorités locales passent ici pour voir l’état des lieux. Je me rappelle que le chef de quartier m’a un jour demandé si je vais réussir là où l’Etat a échoué », confie-t-il.

Néanmoins, M. Havyarimana craint qu’avec la flambée des prix des denrées alimentaires, il risque de fermer sa gargote. « Ce qui serait une perte énorme pour ces étudiants », déplore-t-il.


Comment en est-on arrivé là ?

D’après un témoignage d’un employé à la direction des services sociaux de l’Université du Burundi, les conditions de vie dans les campus universitaires se sont détériorées peu à peu. Et l’augmentation des effectifs n’a fait qu’enfoncer le clou. Dans l’assiette de l’étudiant, la viande est partie en premier.
Le restaurant universitaire en vue de se transformer en auditoire

Jusque dans les années 2000, cet employé à la direction des services sociaux de l’Université du Burundi indique qu’il y avait un morceau de viande au menu, du lait pour le petit déjeuner, etc. Il témoigne que c’est en 2003 qu’un comportement insolite d’un groupe d’étudiants a servi de bouc-émissaire pour supprimer la viande : « Il y avait un groupe d’étudiants « Abakambwe », qui avait l’habitude de prendre le souper un peu tard. Avançant que les morceaux étaient petits, ils ne les ont pas consommés. Au contraire, ils ont procédé à leur « enterrement multiséculaire » comme disait le jargon universitaire ».

S’exprimant sous anonymat, il indique qu’en réaction à ce comportement, le responsable de la Régie des œuvres universitaires de l’époque a été intransigeant : « Si ces morceaux ne sont pas ‘’ressuscités’’, vous ne verrez jamais de la viande dans vos plats. » Et puis, le lait a suivi, poursuit-il. Et à cette période, notre source raconte qu’il y avait des lamentations, surtout des enseignants : « Ils disent que la Régie des œuvres universitaires utilise beaucoup de moyens alors que le côté recherche, paiement des enseignants, laboratoires et les moyens manquent. »

Bien avant ce basculement, notre source rappelle que par le passé, les étudiants avaient droit à un verre de bière comme apéritif. « Vous avez peut-être constaté que dans chaque restaurant universitaire, il y a un comptoir », souligne-t-il.

C’est d’ailleurs après la suppression de la bière que les cantines universitaires ont vu le jour. « Et là, seuls les étudiants qui avaient des moyens pouvaient les fréquenter ».

Et de souligner que l’augmentation des effectifs des lauréats de l’Université du Burundi va enfoncer le clou. « Rappelez-vous qu’il y a eu des moments où l’Université du Burundi a été obligé de fusionner deux promotions. Or, les moyens pour les conditions de vie sont allés decrescendo. Elles ont continué à se détériorer. Les repas au restaurant ont perdu en quantité et en qualité.»

Notre source signale que c’est en 2019, que le rectorat a décidé de fermer les restaurants universitaires, excepté quelques cycles longs, comme la médecine. « Aujourd’hui, seuls quelques étudiants en médecine bénéficient d’une ration alimentaire ».

Et la bourse devient une dette remboursable

Situation actuelle dans les enceintes de l’UB, partie résidence

« Le processus a continué jusqu’à la suppression de la bourse. On a instauré le système de prêt-bourse », poursuit notre source. D’après lui, à l’annonce de cette mesure de prêt-bourse, les étudiants ont cru qu’ils pourraient subvenir à leurs besoins avec 60.000BIF par mois. « Et chaque étudiant a eu un compte à la Poste ». Mais, les frais de tenue de compte étaient soustraits de ce montant. « Par après, ils vont avoir des comptes à la BCB. Et là, les frais de tenue de compte ont sensiblement augmenté ».

Au sein de l’Université, notre source signale que les autorités vont adopter un autre système : « Pour être nourri à l’Université du Burundi, chaque étudiant doit payer 50.000BIF et pour le loyer 7.000BIF. Et naïvement, les étudiants vont payer les frais de loyer, croyant qu’avec le reste, ils peuvent se nourrir. »

Et à cette époque, il rappelle qu’il y avait beaucoup de restaurants à proximité des campus universitaires, comme au campus Mutanga, côté Nyakabiga.
En 2021, la décision de la destruction des constructions anarchiques ne va pas faciliter la tâche aux étudiants. « La majorité de ces gargotes ont été démolies. Et ceux qui ont pu reconstruire n’ont eu d’autres choix que de faire monter les prix. Désormais, le plat n’est plus à 500BIF. »

A cela s’ajoutent les irrégularités dans l’octroi de ce prêt-bourse. Et les banques ne vont pas hésiter de retirer les intérêts de retard. « Et avec la cherté de la vie, la hausse des prix des produits de première nécessité… va empirer la situation ».

Les éleveurs en profitent

Les résidences universitaires du campus Mutanga ont des airs de champs laissés à l’abandon et grouillent d’hommes qui coupent les herbes pour le bétail. Des chèvres broutent les herbes qui ont envahi les résidences à moitié abandonnés ou non entretenus.

Déambuler à l’intérieur des résidences appelés « Tropicana » donne à voir leur état de délabrement. Tantôt une porte entrouverte laisse voir un étudiant en train de cirer des chaussures, tantôt des portes cadenassées.

Un camion venu pour transporter du pâturage coupé dans les enceintes de l’UB

Plus on s’enfonce à l’intérieur, plus l’envie de prendre ses jambes à son cou saisit le curieux qui s’y aventure. Mais on la refreine, faisant semblant d’être à la recherche de quelqu’un pour ne pas éveiller la méfiance des résidents.

Pour ne pas marcher dans les herbes, on rase les murs de ces bâtisses laissées à leur triste sort. Surgir devant une porte ouverte, voir son occupant que l’on salue fait du bien, surtout si ce dernier daigne répondre, ce qui ne l’empêche pas d’être surpris à son tour.

Les visites ne sont pas fréquentes dans ces résidences. Hormis ceux qui cherchent des herbes pour le bétail, les occupants de ces résidences n’ont pas l’habitude de voir des visiteurs. Au bloc qui donne sur la sortie de ce labyrinthe, deux étudiants discutent.

A la sortie vers Nyakabiga, un camion est en train de charger les herbes que le mauvais entretien de ce grand établissement leur offre généreusement.
Même constat chez les employés, les enseignants de l’UB. L’employé à la direction des services sociaux ne cache pas sa déception vu l’état actuel des infrastructures de l’Université du Burundi telles les « Tropicana », les « Pavillons » : « C’est vraiment déplorable. Aujourd’hui, les enceintes du campus Mutanga, partie logement, offrent une image pitoyable. On se croirait dans une savane arbustive. La seule différence est qu’on y voit quelques individus. »

Les murs sont lézardés, les toitures se détériorent, les vitres, les lamelles, les cellules, les lavabos, etc., sont cassés, volés.
Idem pour Dr Désiré Niyuhire, président du syndicat du personnel enseignant à l’université du Burundi (SPEUB) abonde dans le même sens, soulignant que les infrastructures sociales sont dans un état de délabrement progressif. « Les toilettes n’ont plus de portes. C’est une honte ! »

Pour lui, c’est une grande perte pour l’université. Idem pour le matériel de cuisine. « Le recteur a dit que les restaurants vont servir d’auditoires et les cuisiniers ont été réaffectés. Le matériel est là et va se détériorer. Une autre perte ».

Dans un état de dénuement, certains étudiants ne se respectent plus, déplore cet employé de l’UB. Et ce, surtout après la suppression du « baptême universitaire » qui inculquait un sentiment de solidarité, de responsabilité individuelle et communautaire dans l’esprit des nouveaux arrivants. « Certains étudiants volent des objets pour aller les revendre à l’extérieur. Ils ne se comportent plus comme des adultes, des étudiants responsables parce qu’il n’y a plus une ligne disciplinaire à suivre, des normes à respecter dans les résidences. »

Notre source rappelle qu’auparavant les étudiants étaient respectés d’une façon ou d’une autre. Car, explique-t-il, ils avaient un style de vie, des comportements qui pouvaient être enviés par les plus jeunes. Et cela était en partie lié aux conditions de vie dans lesquelles ils se trouvaient. « Ce qui est aberrant, c’est que ce sont pour la plupart des gens qui vont vécu dans ces bonnes conditions qui décident la fermeture des résidences, des restaurants universitaires, etc. Comment ces enfants des familles pauvres, rurales mais contributrices à la caisse de l’Etat pourront faire des études universitaires dans ces conditions ? »

Et le taux de réussite chute

« On peut remarquer que quelques étudiants somnolent en classe parce qu’ils n’ont pas mangé à leur faim. Ce qui impacte absolument sur l’apprentissage », témoigne Dr Désiré le président du syndicat du personnel enseignant à l’université du Burundi (SPEUB). Il avoue que la suppression de la restauration a des impacts négatifs sur la réussite : « Les étudiants sont souvent en retard quand ils vont dehors pour manger. Et sûrement que la qualité de la nourriture ne leur fournit pas assez d’énergie pour suivre les cours. »

Pour lui, le gouvernement pourrait nourrir ces étudiants en utilisant le prêt-bourse qu’il leur accorde et en subventionnant les privés qui pourraient investir dans ce domaine.

En ce qui est du remboursement du prêt-bourse, ce syndicaliste trouve que c’est de l’argent gaspillé. Il ne voit pas comment cet argent sera récupéré alors que la plupart de ceux qui terminent l’université ne sont pas embauchés.

Quant à Bonaventure Bangurambona, un professeur à l’UB, il déplore que le niveau des étudiants a sensiblement baissé : « Aujourd’hui, quand je vois le français que mes étudiants m’écrivent, je me demande si c’est le niveau d’éducation qui a chuté ou les mauvaises conditions dans lesquelles ils vivent. Pourquoi ne pas créer des clubs de français qui pourront les aider à s’améliorer ? »

Il ne doute pas que cette chute est liée aux mauvaises conditions de vie dans lesquelles vivent les étudiants. Ayant constaté que les étudiants somnolent, sont affaiblis, ou ont faim, il indique qu’il ne donne plus de cours dans l’après-midi : « Je vous épargne de ce que j’avais déjà constaté durant cette partie de la journée pendant les cours. C’est terrible et pitoyable. »

A son époque, la vie à l’Université du Burundi était enviable. Il se rappelle qu’en plus de la bourse, la restauration et l’hébergement étaient pris en charge par l’UB. « Cette restauration était complète, c’est-à-dire le petit déjeuner, le déjeuner et le dîner. Et les plats étaient copieux parce que la bonne viande ne manquait pas dans l’assiette ».

Et d’ajouter : « Avec la bourse, je pouvais payer les études de mes petits frères et conserver de quoi m’acheter ce que je voulais. Avec 100 BIF, je pouvais avoir 3 Primus. »

Deux étudiants seulement, poursuit-il, se partageaient une chambre avec un lit chacun. Selon ce professeur, toutes les conditions étaient réunies pour une bonne réussite.


Que faire pour redorer le blason de l’enseignement supérieur à l’UB ?


« Le gouvernement doit prendre en charge l’enseignement universitaire. Il ne faut pas privatiser l’éducation », prône un employé à la direction des services sociaux de l’UB. Il rappelle que dans le temps, l’Université du Burundi avait entre autres deux qualificatifs : grenier du savoir et Rumuri (Lumière). Il se demande d’ailleurs comment un étudiant qui n’a pas mangé, qui n’a pas où dormir peut-il suivre les cours. « Ventre affamé n’a point d’oreille », rappelle-t-il.

Dr Désiré Niyuhire : « L’Etat doit faire de l’Université du Burundi une institution productrice et non seulement consommatrice des fonds de l’Etat »

D’après lui, au moment où le gouvernement mise sur l’agriculture, et l’entrepreneuriat, il devrait mettre assez de moyens dans le développement de la science. « Le constat est que peu d’universités privées ont des facultés ou filières d’agronomies, de biologie, etc. Alors comment est-ce qu’on pourra arriver à un Burundi émergent d’ici 2040 sans agronomes, sans biologistes, etc ?»

Il soutient que le manque de moyens financiers ne doit pas être avancé comme un problème : « L’Etat est le seul capable de mobiliser ses partenaires pour trouver des moyens en vue de sauver la seule université publique qui accueille les enfants des contribuables.»

Pour Dr Désiré Niyuhure, le président du syndicat du personnel enseignant à l’université du Burundi (SPEUB), l’Etat doit doter l’Université du Burundi de moyens pour bien organiser les enseignements. « Il doit aussi sauvegarder les services sociaux pour la vie harmonieuse dans les résidences universitaires, et ne pas abandonner ces futurs cadres qui se tournent vers les gargotes des quartiers pour trouver de quoi se mettre sous la dent », plaide-t-il.

Ce syndicaliste estime que « l’Etat doit faire de l’Université du Burundi une institution productrice et non seulement consommatrice des fonds de l’Etat. » Et de déplorer : « Le gouvernement veut se désengager dans le financement de l’enseignement supérieur alors que c’est le moteur de l’éducation. »

Pour le directeur des services sociaux, l’Université du Burundi est à la recherche de partenaires potentiels pour essayer d’améliorer le quotidien des étudiants. « Il n’y a pas d’accouchement sans douleur », a cependant prévenu Melchior Nankwahomba, sans plus de commentaires.

Quid du prêt-bourse ?

« Par prêt-bourse, on entend une assistance financière accordée, sous contrat, par le gouvernement sous forme de crédit sans intérêt pour la formation des cadres et qui est remboursable », lit-on dans l’ordonnance ministérielle conjointe du 22 mars 2018 portant conditions et modalités d’octroi, de retrait, de reconduction et de remboursement du prêt-bourse.D’après cette ordonnance, il est accordé aux lauréats des humanités générales, pédagogiques, techniques et du post fondamental qui ont réussi l’examen d’Etat avant cooptation sans tenir compte des notes obtenues des classes terminales en fonction des dotations budgétaires. L’article 4 de cette ordonnance conjointe indique que le prêt-bourse est accordé par demande écrite de l’intéressé au ministère ayant l’enseignement supérieur dans ses attributions avec copie pour information au directeur du bureau des bourses d’études et de stages.Les lauréats inscrits au 2e et 3e cycle peuvent aussi bénéficier du prêt-bourse, selon l’article 6 de cette ordonnance. Et ce, au cas où le candidat en a bénéficié pour sa formation universitaire de 1er cycle et qu’il trouve une activité génératrice de revenu. « Son octroi est conditionné par le remboursement total du 1er prêt-bourse », précise ce même article.

Néanmoins, nuance-t-il, ajoute-t-il, le candidat qui n’a encore exercé une activité génératrice de revenu après le 1er cycle et qui obtient une inscription pour la poursuite des études du 2e cycle peut demander un prêt-bourse pour la formation du second cycle au Burundi. Ceux qui poursuivent les « programmes soir » ne sont pas concernés par le prêt-bourse.

Et les milites d’âge sont fixés à 35 ans et 40 ans pour la formation du 2e cycle et 3e cycle. « Le prêt-bourse est accordé au maximum pour deux cycles de formation successifs. Aucun candidat ne peut demander un prêt-bourse pour les trois cycles de formation universitaires de manière continue », mentionne l’article 9 de ladite ordonnance, notant que pour l’obtenir, le candidat doit d’abord signer un contrat annuel et renouvelable précisant les obligations de chaque année.

Selon l’article 12, le contrat à signer est entre le ministère ayant l’enseignement supérieur dans ses attributions, le bénéficiaire, le parent ou son tuteur, conjoint et le ministère des Finances. En cas d’abandon ou interruption des études, le prêt-bourse est retiré, clarifie l’article 18.

Dans ce prêt-bourse, les frais de subsistance incluent, selon l’article 19, la restauration, le transport, l’hébergement et les autres soins. Et ils sont mensuels et versés sur les comptes de bénéficiaires. « Ils sont fixés à 60.000BIF pour le 1er cycle, 100.000BIF pour le 2e et 150.000BIF pour le 3e cycle », précise l’article 20 de cette ordonnance, qui ajoute, dans son article 21, que ces montants peuvent être réajustés par l’autorité compétente notamment en fonction des dotations budgétaires.

En ce qui est du remboursement, il est mentionné dans cette ordonnance que tout bénéficiaire doit rembourser dès qu’il exerce un emploi et/ou une activité génératrice de revenu. Le remboursement minimal mensuel étant de 10% du revenu mensuel. « Tout employeur qui constate que son employé a bénéficié du prêt-bourse doit opérer une retenue à la source pour son remboursement », recommande cette ordonnance de 2018.

Forum des lecteurs d'Iwacu

9 réactions
  1. Tharcisse

    Moi aussi , j’ai fait ce constat, A partir de 10 heures, les étudiants commencent à somnoler dans les classes.
    Après midi, moins de la motié suit le cours.

  2. Ne pourrait-on pas réduire le rythme de construction des stades de football pour faire mieux dans l’enseignement notamment à l’Université !

  3. Trop long pour une lecture aisée. L’éditeur aurait dû découper le texte en plusieurs courts chapitres à publier au fil du temps.-

  4. NDAYIZEYE

    Être étudiant d’aujourd’hui, c’est diamétralement opposé à l’ancien système, c’est pourquoi les étudiants d’aujourd’hui n’a aucun motivation pour les études
    Dans notre campus on disait poillisme affamé à cause de la taille académique

  5. PILI HABONIMANA

    quelle est le nom de ce samarita

  6. Hihi

    il est insupportable de lire ce que devient l université du Burundi
    L avenir de nos enfants, du Burundi est plus que compromis
    Le scandale vous le connaissez tous
    A l université du Burundi une seule chose compte…la carte du parti
    D une université prestigieuse…il ne reste presque plus rien
    La direction est inféodée
    les étudiants n’existent que s ils sont membres du parti.
    Grand nombre de prog, f assistants quittent navire
    On vole du matériel, les locaux sont insalubres
    La vrai classe universitaire est a l’ étranger
    Bientôt il y aura plus d équivalence.
    De la faute des gestionnaires qui malheureusement ne savent pas ce que c’est que gérer, mais bien dilapider
    Le pays se meurt
    Mais qui va Arrêter ça ??

  7. Jean Pierre Hakizimana

    Je dois l’avouer, cela me fait chaud au coeur de revoir ces petites maisonnettes du campus de Mutanga car j’ai rien que de bonnes souvenirs. J’y ai jamais vécu mais, on était très fière de visiter une amie ou, un cousin, etc. À ce campus… car seul les meilleurs avaient l’opportunité d’y vivre.

    Ok, le gouvernement n’a pas fait son travail mais, qu’en est il de l’occupant? N’a t’il(elle) pas la responsabilité et l’obligation morale de bien maintenir les locaux, non seulement pour lui/elle mais pour ceux qui viendront après? Les futures générations. Ou cette manière de penser n’est pas applicable au Burundi.

    Une question pour Stanislas Kaburungu et Rénovat Ndabashinze: Un étudiant qui a des moyens maigres pour les besoins quotidiens, est ce moins chère de manger au restaurant tous les jours? N’y a t’il pas moyen de preparer ses repas? Apprendre une chose ou deux de la vie. Afin je suis conscient qu’ils n’ont pas d’ustensiles de cuisine mais il faut essayer tout de même car je me dis que une licence prend au moins 4 ans, alors manger au resto tous les jours, pendant 4 ans, …. afin vous voyez ce que je veux dire car cela ne sert à rien d’apprendre que les choses retournent comme avant! Cela ne vas pas se passer. S’il y a une chose, l’avenir c’est l’annulation de logements.

  8. Rivuzumwami

    Thinks fall apart is the terrible novel of Chinua Achebe.
    Voici son illustration au pays du Guide Suprême du patriotisme 😭🤯😭
    Entre temps les milliards du Barrage de Mpanda ne sont pas recouvrés.
    2) L’ancien premier ministre possédait 153 maisons.
    3) Les Bihangange ne déclarent pas leurs biens à l »entrée en fonction(Pourtant la Constitution l’exige).
    Une corruption crasse se retrouve partout.
    God , save our beloved country

  9. Mafero

    Quel drole de lois? Qui va faire appliquer cette ordonnance? « En ce qui est du remboursement, il est mentionné dans cette ordonnance que tout bénéficiaire doit rembourser dès qu’il exerce un emploi et/ou une activité génératrice de revenu. Le remboursement minimal mensuel étant de 10% du revenu mensuel. « Tout employeur qui constate que son employé a bénéficié du prêt-bourse doit opérer une retenue à la source pour son remboursement », recommande cette ordonnance de 2018. »
    Pour rappel, c’est Feu Jean Baptiste Bagaza qui avait songe au systeme de pre-bourse. Je me souviens d’une marche-manifestation gigantesque qui a ete orgarnisee apres sa chute au lendemain de la prise du pouvoir par Pierre Buyoya.

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