Dans la province de Gitega, une directive du gouverneur provincial interdit désormais l’accès aux salles de classes aux élèves ne portant pas de souliers basket et de longues chaussettes. Au moment où le système éducatif burundais fait face à des problèmes structurels de fonctionnement, cette mesure esthétique provoque l’ire des parents et du corps enseignant.
La directive date du 2 décembre 2025. Même si elle n’est pas encore appliquée dans toutes les écoles secondaires de la capitale politique, elle a déjà eu ses victimes. En effet, des lycéens qui ont recquis l’anonymat témoignent qu’ils se sont vu signifier qu’ils sont renvoyés à la maison pour n’avoir pas porté des baskets et chaussettes longues. Pour eux, comme pour des centaines d’autres jeunes de la province de Gitega, les portes de la connaissance se referment brusquement.
La prénommée Marie, une élève rencontrée aux abords d’un établissement secondaire de la place, trouve que la mesure vient ajouter le drame au drame. Elle explique, la voix nouée par l’angoisse et la colère, qu’après avoir lutté pour s’acquitter du minerval et acheter les fournitures de base dont les prix ont triplé en un an, l’achat d’une paire de baskets relève de l’impossible. « Est-ce les chaussures qui étudient ? », s’interroge-t-elle. Elle fait savoir que dans son école, les bibliothèques sont désespérément vides d’ouvrages . Le matériel didactique est devenu un luxe. Plus grave encore, le manque de professeurs qualifiés dans certaines branches techniques handicape lourdement la progression des élèves. Et voilà qu’on met en avant le port des chaussures et des chaussettes.
Elle estime que les priorités étaient d’équiper les laboratoires, de stabiliser le corps professoral par des conditions de travail décentes et de réhabiliter les bâtiments délabrés. «Je ne crois pas qu’on a pas eu zéro réussite dans l’examen d’Etat à cause de nos chaussures», plaisante le prénommé Léonidas , un élève d’une école technique privée.
Même son de cloche chez les enseignants. Un enseignant anonyme de longue date parle d’une absurdité criante. Selon lui, il est indécent de traquer le détail d’une couture de chaussette quand, à l’intérieur des bâtiments, les élèves s’entassent à cinq sur des bancs-pupitres initialement prévus pour deux. « Nous manquons de manuels de base pour le nouveau programme et on vient nous parler de chaussures et chaussettes hautes », soupire-t-il .
« Laisser les enfants apprendre »
Le message des parents est sans ambiguïté. Il faut laisser les enfants apprendre, car c’est le savoir qui les fera marcher vers l’avenir et non la marque de leurs chaussures. Selon beaucoup, cette injonction émanant directement du gouverneur de province tombe au pire moment de la conjoncture économique nationale. Dans un contexte de vie chère où chaque franc burundais est âprement disputé entre la marmite et les soins de santé, l’exigence d’un tel équipement sonne comme une provocation pour les familles les plus vulnérables. « Pour une famille avec trois ou quatre enfants scolarisés au secondaire, avoir du matériel scolaire est déjà insupportable », souligne le prénommé Moussa, un parent du quartier Nyamugari.
Les enseignants, quant à eux, appellent d’une seule et même voix à l’abandon de cette mesure. Sur le terrain, les chefs d’établissement sont partagés entre la directive du gouverneur et la réalité sociale de leurs élèves. Malheureusement, par excès de zèle ou par peur des sanctions hiérarchiques, certains appliquent la consigne avec une rigueur qui choque l’opinion publique. D’autres tentent de temporiser. Mais, la menace de contrôles de l’Inspection provinciale de l’Education plane sur eux comme l’épée de Damoclès.









Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu
Merci de prendre connaissances de nos règles d'usage avant de publier un commentaire.
Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, diffamatoires ou injurieux, appelant à des divisions ethniques ou régionalistes, divulguant des informations relatives à la vie privée d’une personne, utilisant des œuvres protégées par les droits d’auteur (textes, photos, vidéos…) sans mentionner la source.
Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire susceptible de contrevenir à la présente charte, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois, promotionnel ou grossier. Par ailleurs, tout commentaire écrit en lettres capitales sera supprimé d’office.