L’interdiction par l’administration communale de Gitega de prélever du fourrage ou de la litière dans les champs d’autrui depuis novembre 2025 met en lumière une crise profonde de l’élevage en stabulation permanente. Entre flambée des prix, conflits de voisinage et menace de malnutrition, entretenir le bétail devient problématique.
Depuis la mise en œuvre de la politique de stabulation permanente, le paysage agricole de Gitega s’est transformé en un champ de bataille silencieux. Si la mesure visait à protéger les cultures et à moderniser l’élevage, elle a fait du fourrage une denrée rare et onéreuse. Face à la multiplication des vols d’herbe et des litiges fonciers, l’administrateur communal a tranché : interdiction stricte de couper la litière chez le voisin. Une décision nécessaire pour la paix sociale, mais qui accule les petits éleveurs au pied du mur, tout en faisant flamber le prix de la viande sur les marchés. Partout, il faut veiller à l’herbe comme on le fait pour le maïs et le haricot. Au besoin, il faut engager un veilleur ou un guetteur.
« J’ai passé deux mois à soigner une haie de setaria pour mes propres chèvres. En une nuit, quelqu’un a tout pris. C’est comme si on m’avait volé l’argent de mon portefeuille. » Ce témoignage du prénommé Jean-Bosco, cultivateur sur les collines de Zege, résume à lui seul la tension qui règne dans les vallées. Alors qu’elle était autrefois une ressource partagée, l’herbe des talus, la litière des champs, sont devenues une propriété jalousement gardée.
Un business
L’obligation de garder le bétail à l’étable a créé un marché spontané. Désormais, l’herbe se vend au fagot et le prix suit la loi de l’offre et de la demande. Certains agriculteurs sans bétail ont transformé leurs parcelles en véritables mines d’or, vendant leurs plantes fourragères au plus offrant. Les éleveurs capables d’engager des bergers-faucheurs pour parcourir des kilomètres et des kilomètres à la recherche de nourriture maintiennent leur cheptel tandis que les éleveurs de petits ruminants, souvent très pauvres, n’ont plus les moyens de suivre.
« Au lieu de cultiver les maïs qui demandent des engrains et des semences, vaut mieux miser sur le fourrage qui se vend cher sur toute l’année », souligne Gervais Nahayo.
Pour le paysan moyen, le calcul est devenu impossible. Acheter du fourrage coûte souvent plus cher que ce que rapporte l’animal à la revente ou par sa production de lait. « Nous n’avons plus le droit d’emmener nos bêtes brouter sur les chemins, et nous n’avons plus le droit de ramasser l’herbe dans les vallées si elles appartiennent à quelqu’un. Où allons-nous ? » s’interroge avec amertume une veuve dont trois chèvres constituaient l’unique épargne. Cette pression a poussé de nombreux foyers à la vente de détresse. En vendant leur bétail faute de pouvoir le nourrir, les paysans perdent non seulement leur capital mais aussi la source de fumure organique indispensable pour fertiliser leurs sols.
Les conséquences de cette crise dépassent les limites. Dans les centres urbains et les marchés de Gitega, le prix de la viande atteint des sommets historiques. « Aujourd’hui, nourrir même un lapin est devenu un casse-tête. Au lieu de s’exposer à des querelles des voisins, vaut mieux acheter un chou. Mais, pour combien de temps quand un petit chou est à 1 000 FBu ? », déplore Marie Ndikumana. D’après cette mère de famille, le bétail n’est plus seulement un signe de richesse. Il devient le symbole d’une transition agricole qui peine à trouver son équilibre social.









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