Autrefois symbole d’abondance et de fierté de la région, l’avocat de Kirimiro devient inaccessible dans la province de Gitega. Entre promesses d’exportation, soupçons de contrebande vers la Tanzanie et grogne des consommateurs, cap sur un fruit qui ne profite plus à ceux qui le font pousser.
Dans la région naturelle de Kirimiro, l’avocat n’a jamais été un simple fruit. C’était une identité. Quiconque quittait l’actuelle capitale politique pour descendre vers Bujumbura ne pouvait échapper à la fameuse question: « Est-ce que tu nous as apporté des avocats de Gitega? ». Réputés pour leur chair crémeuse et leur taille généreuse, ils s’achetaient jadis à peu d’argent au détour de chaque colline. Mais, aujourd’hui, le paysage a changé. Sur les étals des marchés ou dans les quartiers de la ville de Gitega ainsi qu’aux abords des routes, l’abondance a laissé place à la rareté. Un fruit chétif, que l’on aurait autrefois négligé, s’arrache désormais entre 800 et 1000 FBbu. Pour les ménages locaux, le choc est brutal.
« Avant, avec 500 francs, je rentrais avec deux ou trois gros avocats magnifiques pour toute la famille. Aujourd’hui, avec la même somme, le vendeur me rit au nez », confie la prénommée Clotilde, une mère de famille rencontrée près du marché central de Gitega.
Le constat est le même partout. L’avocat est devenu un produit de spéculation. Cette hausse des prix prive les habitants d’une source essentielle de nutriments. D’après beaucoup de personnes, dans une région où l’agriculture est le pilier de la survie, voir son propre produit devenir un luxe est une pilule difficile à avaler.
Des risques de spéculations
Le paradoxe de Gitega est criant. La province produit toujours des avocats en grande quantité, mais ses enfants n’en mangent plus à leur faim. Aujourd’hui, tout le monde se pose des questions. Où passent donc les récoltes?
Le prénommé Jean-Marie, un agriculteur de la zone Mubuga, contemple ses quatre arbres et fait savoir qu’il a déjà vendu toute sa récolte à un collecteur. Il ajoute qu’il n’a plus le droit de cueillir même deux fruits sans attiser la colère de l’acheteur.
« Les collecteurs sillonnent les collines et payent cash. Nous ne savons pas combien ils vont gagner mais ce qui est sûr c’est qu’ils les acheminent vers la Tanzanie.», souligne-t-il. Pour lui, il est vrai qu’il y’ a une plus value mais cela risque d’occasionner d’autres problèmes car, les marchés locaux vont disparaître et laisser la place à la spéculation.
Les vendeurs locaux, quant à eux, affirment qu’ils ne trouvent plus cette marchandise et qu’ils doivent batailler avec les collecteurs qui achètent même les petits fruits après la floraison. « Si l’exportation signifie ça, il sera difficile pour un Burundais de manger ne fut-ce qu’un morceau», déplore la prénommée Anita, une vendeuse de fruits au petit marché de Magarama.
Protéger le consommateur lambda
Beaucoup trouvent que même si l’ambition de faire de l’avocat un moteur de croissance est louable, elle ne doit pas se faire au détriment de la consommation locale et du pouvoir d’achat des citoyens. Pour les consommateurs sans beaucoup de moyens financiers, il est urgent de réguler les flux. Il faut protéger le consommateur lambda. On ne peut pas viser le marché extérieur si le marché intérieur est en détresse. Il faut des coopératives fortes qui garantissent un prix juste au producteur.
Contacté, le responsable de la filière Avocats à Gitega n’a pas voulu commenter. Il nous a plutôt orienté vers ceux qui gèrent le Centre de Rugari à Muyinga pour l’exportation des avocats. Ces derniers sont restés injoignables.
En attendant, à Gitega, on regarde avec nostalgie les arbres lourdement chargés d’avocats en espérant qu’un jour, l’or vert redeviendra ce qu’il était : un cadeau de la terre partagé par tous et non un trésor exporté en cachette.

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