Jeudi 11 août 2022

Économie

Pénurie du sucre : Un problème à plusieurs facettes

30/06/2022 6
Pénurie du sucre : Un problème à plusieurs facettes
Trouver du sucre pour mettre dans son thé, le parcours du combattant.

Depuis quelques années, le sucre est devenu une denrée rare au Burundi. Vétusté de l’usine, insuffisance de la quantité produite par la Société sucrière du Moso (Sosumo), favoritisme dans la distribution de ce peu que nous avons, spéculation … sont entre autres les causes de cette pénurie récurrente du sucre. Enquête.

« Est-ce que la Sosumo fonctionne toujours ? », s’interroge avec un sourire ironique, un habitant de la zone Nyakabiga en mairie de Bujumbura. D’après lui, cela fait des jours que le sucre n’est pas distribué dans son quartier. Dans les boutiques de cette zone, inutile de demander du sucre. « Ça fait plus de deux mois que je ne vends plus de sucre. Les clients ne se hasardent même plus à me le demander », fait savoir un boutiquier du coin.

Pour les mamans, c’est encore difficile à supporter. « Imaginez un enfant qui part à l’école sans prendre une tasse de thé. Comment voulez-vous qu’il réussisse ? », s’interroge une mère de 4 enfants du quartier de Jabe dans la zone de Bwiza. Comme alternative, les parents se rabattent sur les jus ou le miel. « J’achète un litre et demi de miel pour 17 mille BIF et il dure à peu près deux semaines. Le seul problème, c’est que mes enfants n’aiment pas le miel. Ils réclament tout le temps le sucre. Nous sommes fatigués !»

Plus de 5000 BIF entre le prix officiel et le marché noir

Dans les magasins et alimentations de la mairie de Bujumbura, le sucre a disparu des rayons depuis belle lurette. « Deux mois viennent de s’écouler sans qu’on vende du sucre. On attend l’approvisionnement des grossistes. On ne peut rien faire d’autre », confie un patron d’une alimentation en zone Rohero. « Certains me demandent en toute discrétion si je n’ai pas caché quelques kilos. Ils sont prêts à payer 7000 BIF le kilo alors que le prix officiel est de 2500 BIF », indique-t-il.

« C’est une situation inédite. Il faut que le gouvernement prenne ce problème au sérieux et trouve des solutions dans l’immédiat », indique un habitant de la zone Kanyosha.

A l’intérieur du pays, les lamentations fusent de partout. En province Cibitoke, certains propriétaires des cafétérias ont déjà mis la clé sous le paillasson. « Pourquoi continuer à travailler à perte ? On ne gagne rien car nous sommes obligés de nous approvisionner sur le marché noir. Le prix varie entre 7000 et 8000 BIF », confie un commerçant de Buganda. Du coup, la population a trouvé une astuce : ils utilisent la canne à sucre. « Nous moulons la canne à sucre et c’est son jus que nous mettons dans le thé ou la bouillie », confie un habitant de la commune Rugombo.

Comment en est-on arrivé là ?

Les objectifs de la création de la Société sucrière du Moso (Sosumo) en 1982 étaient de faire face à la demande croissante de sucre dans le pays, de favoriser le développement économique du Sud-Est, de mobiliser la main-d’œuvre locale de la région et d’économiser des devises en évitant l’importation de ce produit.

Le capital de la société a été fixé à 2.145 millions de BIF. Aujourd’hui, la répartition du capital se présente ainsi : Etat du Burundi (99%), Brarudi (0,5%) et ECOBANK (0,5%). Une concession d’une superficie de 5 800 hectares a été mise à la disposition de la Sosumo dont une partie de la surface se trouvant en zone marécageuse (environ 2 800 hectares).

La Sosumo a commencé à produire le sucre en 1988. Toutefois, la production de la société a évolué en dents de scie au fil des années. De 4.658 tonnes en 1988 à 21.713 tonnes en 1998. Puis, la production a chuté avant de remonter à 25.821 tonnes en 2013. Depuis cette année, la production ne cesse de dégringoler.

Aloys Ndayikengurukiye : « La première raison est que la Sosumo est une vieille usine qui date de 1988. Ça fait 34 ans que l’usine fonctionne. »

Les raisons qui expliquent cette dégringolade sont multiples. « Effectivement, il s’observe une carence de sucre sur le marché. C’est déplorable, mais il y a des raisons qui peuvent l’expliquer. La première raison est que la Sosumo est une vieille usine qui date de 1988. Ça fait 34 ans que l’usine fonctionne », indique, Général-Major Aloys Ndayikengurukiye, Administrateur directeur-général de la Sosumo.

L’autre raison, d’après l’ADG, est la pression démographique. « A la date de la création de l’usine, la population consommatrice du sucre était estimée à 4 millions. En 2022, la population burundaise oscille autour de 12 millions d’habitants. » Parallèlement, les usines de production qui utilisent le sucre ont également augmenté. « Ces deux raisons principales expliquent cette situation. »

Concernant les unités de transformation, le constat est qu’elles naissent partout depuis quelques années. Georgette Nkorerimana, directrice Assurance-Qualité au Bureau Burundais de Normalisation et Contrôle de la Qualité (BBN), indique qu’au cours de l’année 2019-2020, le BBN a octroyé 20 certificats pour les unités de transformation des jus. Au cours de 2020-2021, 54 certificats ont été octroyés. De juillet 2021 à aujourd’hui, le BBN a déjà délivré à 30 certificats. « Parmi ces produits certifiés, seules 3 sortes de jus ne contiennent pas de sucre. » Des sources au BBN confient que beaucoup d’unités de transformation des jus ne demandent jamais de certificats. Encore moins des distilleries clandestines de boissons prohibées.


Circuit clandestin de distribution

Comment cette quantité (insuffisante) de la Sosumo est-elle distribuée ? Spéculation, favoritisme … c’est ce qui caractérise la commercialisation et la distribution du sucre à travers tout le pays. Souvent les grossistes, les administratifs et les policiers sont impliqués dans ce trafic illicite.

Evariste Ndayishimiye : « Est-ce que le gouverneur n’est pas au courant que celui qui spécule sur le prix du sucre est immédiatement radié de la liste des grossistes ? »

« Nous ne sommes jamais informés qu’une distribution est prévue. Seuls quelques privilégiés prévenus», raconte un habitant de la zone Bwiza. D’après elle, ce sont les administratifs à la base et les policiers qui supervisent la distribution du sucre. « Souvent, nous voyons arriver un véhicule avec des sacs de sucre. On fait décharger 10 sacs et le reste est amené ailleurs. Cela nous laisse perplexes », fait savoir un autre habitant de Bwiza. « Ce qui est frustrant, c’est de voir un policier, censé réguler cette distribution, accepter des pots-de-vin afin d’aller acheter du sucre à des gens qui n’ont même pas fait la queue », renchérit une autre habitante de Bwiza.

Ces habitants de la zone Bwiza accusent les chefs de quartiers de tremper dans le détournement du sucre réservé à la population et le favoritisme dans la distribution. « Ils savent appliquer l’adage qui dit que la charité bien ordonnée commence par soi-même. Ils se servent chacun environ 15 kg avant les autres. Après, ils donnent à leurs amis, à ceux qui leur ont donnés quelques billets et ainsi de suite », raconte un habitant de la 7ème avenue à Bwiza. « Souvent, on entend que plus de 20 sacs ont été donnés à notre quartier. On te demande de te présenter avec un cahier de ménage. Si tu as de la chance, tu rentres avec un kilo. Mais, nombre de personnes rentrent sans rien », fait savoir une maman du quartier Jabe. Avec colère, une autre maman renchérit : « Par après, ce sont des jeunes qui travaillent avec les chefs des quartiers qui viennent nous le revendre à 7000 ou 8000 BIF le kilo. On n’a envie de s’arracher les cheveux. »

Ces accusations se font également entendre du côté de la zone Nyakabiga. « Si vous n’êtes pas ami avec le chef de quartier ou le chef de zone, inutile d’aller poiroter sous le soleil en faisant la queue. Je sais où le trouver à 7000 BIF. C’est souvent chez les amis ou parentés des administratifs », assure un habitant de la 4ème avenue à Nyakabiga. « Pour moi, il n’y a pas de pénurie. Lorsqu’il y a une distribution qui est prévue, je peux avoir au moins un sac de 50 kg sans problème. J’ai aussi mes clients qui me donnent 7000 BIF le kilo. Mais pour faire ce travail, il faut avoir des affinités avec certains administratifs », se vante un jeune du quartier. « Les administratifs se font de l’argent sur notre dos. Les autorités doivent revoir cette manière de distribuer le sucre », conseille une habitante de Nyakabiga.

Interrogé, le chef de zone Nyakabiga, Gervais Ndihokubwayo, n’a pas voulu répondre à nos questions. Avec dédain, avant de nous raccrocher au nez, il s’est fendu d’une réponse sèche: « L’administration ne s’occupe pas de la vente du sucre. »

A l’intérieur du pays, c’est la même situation. Les grossistes et les administratifs à la base sont aussi pointés du doigt. « Lorsque la Sosumo donne du sucre, ce sont ces mêmes grossistes qui se mettent à le détailler. Ils montrent un échantillon de 10 sacs de sucre alors qu’ils ont reçu 4 ou 5 tonnes. Ils les vendent au prix officiel de 2500 BIF et le reste est vendu au marché noir à 7000 BIF. Ce sont des profits énormes », confie un habitant de Rugombo. « Parfois, lorsque nous sommes sur la file d’attente, on voit quelqu’un qui est servi 4 ou 5 fois. Et nous, on rentre bredouille. On n’ose rien dire de peur d’être emprisonné », confie un habitant de la commune Rugombo. D’après lui, le gouvernement doit prendre en charge lui-même la commercialisation du sucre sans passer par les grossistes.

« Je dirais que Rumonge est le centre de toutes les spéculations. C’est connu qu’un kilo de sucre varie entre 7000 et 8000 BIF. Et ce n’est pas toujours donné. On pointe du doigt l’administration d’être impliquée dans ce trafic. Toutefois, elle est un peu maligne. Lorsque le sucre est disponible, l’administration simule une distribution équitable », indique un fonctionnaire de la ville de Rumonge. Selon lui, on annonce des endroits où il faut aller chercher du sucre au prix officiel. « Souvent, on trouve que ce sont des quantités dérisoires. Chaque citoyen reçoit un kilo et par après on vous annonce que le stock est épuisé. On ne sait pas où va le reste », ajoute un autre habitant de Rumonge.

Des cas emblématiques de fraude et de spéculation

D’habitude, les grossistes s’approvisionnent à la Sosumo à 2230 BIF le kilo afin de le revendre aux détaillants à 2360 BIF par kilo. Le sucre arrive au citoyen lambda à 2500 BIF le kilo.

En septembre dernier, la société ’’Family Dan and Stacy’’ de la 1ère vice-présidente du Sénat de l’époque, Spès-Caritas Njebarikanuye, a été supprimée de la liste des distributeurs du sucre. D’après l’administrateur-directeur général de la Sosumo, cette société a vendu un sac de sucre à 125 mille BIF au lieu du prix officiel de 111,5 mille BIF. Cette société avait même écopé, le 31 août 2021, d’une amende de 2 millions de BIF. Le 14 septembre 2021, Spès-Caritas Njebarikanuye a été révoquée de ses fonctions.

En province Rumonge, la police a saisi plus de 3 tonnes chez des grossistes qui s’approvisionnent directement à la Sosumo. Lors de la séance de moralisation en province Rumonge, le président de la République, Evariste Ndayishimiye, a sommé le gouverneur de cette province de s’expliquer sur ce cas. Consolateur Nitunga a reconnu que des quantités de sucre ont été saisies. Le président a voulu savoir si ces fraudeurs ont été sanctionnés. « Les quantités saisies ont été vendues en collaboration avec la police et l’argent a été remis dans les caisses de l’Etat. C’est la mesure prise », a répondu Consolateur Nitunga. Evariste Ndayishimiye lui a posé la question de savoir pourquoi la Sosumo n’a pas été informée pour que ces fraudeurs soient radiés de la liste des grossistes du sucre. Et de rappeler le cas d’un dirigeant qui a été démis de ses fonctions pour les mêmes raisons. « Est-ce que le gouverneur n’est pas au courant que celui qui spécule sur le prix du sucre est immédiatement radié de la liste des grossistes ? » s’est-il interrogé.

La Sosumo se dédouane

D’après la Sosumo, l’entreprise possède 4 dépôts sur le territoire burundais qu’elle alimente avec 2900 tonnes par mois. Il s’agit du dépôt de Gitega pour le centre du pays (450 tonnes), le dépôt de Bujumbura pour l’ouest et une partie du sud (1434 tonnes), le dépôt de Ngozi pour le nord (750 tonnes) et enfin le dépôt de Gihofi pour une partie du sud (150 tonnes).

Selon l’ADG de la Sosumo, la société fournit les grossistes et ce sont eux qui sont chargés de distribuer le sucre au sein de la population. Il fait savoir que le prix d’un sac de sucre de 50kg ne change pas. « C’est 111.500 BIF. Le problème survient lorsque ces grossistes s’adonnent à la spéculation. Et que les détaillants font de même. » D’après lui, la Sosumo travaille avec l’administration pour traquer ces spéculateurs. « Lorsqu’il s’avère que la fraude a été faite, le grossiste est rayé de la liste. » Parfois, poursuit-il, les grossistes s’improvisent détaillants alors que ce n’est pas permis.

Gabriel Rufyiri : « Le sucre est vendu par des spéculateurs. Et cela est fait au vu et au su de ceux qui devaient lutter contre cette fraude. »

« Le sucre est vendu par des spéculateurs. Et cela est fait au vu et au su de ceux qui devaient lutter contre cette fraude », s’insurge Gabriel Rufyiri, président de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (Olucome). Et de souligner que certains parmi les grossistes ne sont pas autorisés de le faire. Gabriel Rufyiri cite les mandataires politiques et hauts cadres de l’Etat qui se trouvent dans ce commerce en violation flagrante de la loi. « Il faut élaguer ces faux commerçants. »

Aloys Ndayikengurukiye fait savoir aussi que la Sosumo donne aussi du sucre à certaines unités de production des jus ou de boissons comme l’Usine IMENA de Kayanza qui fabrique des boissons. Cette dernière reçoit 120 tonnes par mois. « Nous donnons aussi à certaines écoles et aux institutions étatiques. Ce n’est pas bien qu’elles aillent chercher du sucre sur le marché. »

D’après nos sources, les employés de la présidence, l’armée, l’INSS et ailleurs reçoivent du sucre. « Lorsqu’il y a une distribution, on reçoit entre 6 et 8 kg chacun », confie un travailleur de l’INSS. Cela crée des frustrations chez les autres fonctionnaires de l’Etat qui dénoncent un deux poids deux mesures. « Pourquoi eux et pas nous. Ce qui est marrant, ce sont eux qui reviennent pour nous le revendre plus cher », se lamente un fonctionnaire.

Le sucre en chiffres

D’après nos enquêtes, les importations du sucre augmentent. Parfois, nous importons plus que nous produisions. Mais, la pénurie continue de s’observer. Malgré cela, le gouvernement ne cesse d’augmenter la taxe de consommation sur le sucre à chaque exercice budgétaire.

Pour Gabriel Rufyiri, il faut que le gouvernement autorise les commerçants à importer le sucre. « C’est plus qu’urgent. Il faut que tous ceux qui veulent produire le sucre reçoivent des avantages et les facilités pour installer leurs usines afin qu’il y ait de la libre concurrence. Le monopole est toujours problématique partout. » Avant tout cela, analyse-t-il, le gouvernement doit tout faire pour qu’il y ait disponibilité des devises.
Dans le rapport annuel -Exercice 2016-2017, le dernier posté sur le site de la Sosumo, il est écrit : « Pendant l’exercice 2016-2017, la SOSUMO a vendu 26.155,35 tonnes de sucre dont 23.117,25 tonnes de sucre produit par la SOSUMO et 3.038,100 tonnes de sucre importé. » Est-ce que la Sosumo continue d’importer ? Ses dirigeants ont éludé la question.

Selon les chiffres de la Banque de la République du Burundi (BRB), les importations du sucre ne cessent d’augmenter ces dernières années. Avec plus de 28 mille tonnes en 2021. Nombre de personnes se demandent pourquoi la pénurie du sucre continue malgré les importations en nette hausse.

D’après la Brarudi, elle importe son propre sucre. Toutefois, l’entreprise n’a pas voulu communiquer sur le nombre de tonnes de sucre qu’elle utilise par mois. Des sources au ministère du Commerce indiquent que certaines usines agro-alimentaires ont reçu aussi une autorisation d’importer du sucre.
D’après les chiffres de l’Isteebu, le Burundi a importé en 2019 plus de 16 mille tonnes de sucre destiné à l’usage industriel.

Quid des exportations ?

Ces dernières années, les exportations du sucre se font rares. Du moins d’après les rapports des institutions étatiques.

Toutefois, le rapport de l’Enquête sur le commerce transfrontalier informel au Burundi de l’Institut de statistiques et d'études économiques du Burundi (ISTEEBU) indique qu’en 2020, la part de l’exportation informelle du sucre était de 3%. La valeur en millions de BIF était estimée à 703,6. Le gros du sucre était exporté en Tanzanie avec plus de 97%.

En 2018, selon toujours l’Isteebu, la part du sucre dans le commerce transfrontalier informel était de 2,4 %. Elle était estimée à 658,4 millions de BIF. Les pays de destination étaient la RDC, le Rwanda et la Tanzanie, mais cette dernière se taillait toujours la part du lion avec 99,5%.

Qu’en est-il des exonérations sur le sucre ?

Au premier trimestre de l’année 2021, d’après les chiffres de l’OBR, les sucres de canne ou de betterave et saccharose chimiquement pur sont exonérés à hauteur de 994,5 de millions BIF (2,3%). Au trimestre suivant de cette année, c’était autour de 891,4 de millions BIF (1,1%). D’aucuns se demandent le pourquoi de ces exonérations alors que le sucre continue de manquer.

La Sosumo toujours rentable

D’après les chiffres de la Sosumo, cette dernière affiche toujours une santé. Le résultat net reste positif malgré la situation.Evariste Ndayishimiye : « Est-ce que le gouverneur n’est pas au courant que celui qui spécule sur le prix du sucre est immédiatement radié de la liste des grossistes ? »

La taxe de consommation sur le sucre en nette augmentation

Même si le sucre se fait de plus en plus rare dans les rayons des magasins, le contribuable lui paie le prix fort. Depuis plusieurs années, la taxe de consommation sur le sucre va toujours crescendo.

Pour l'Olucome, la stratégie du gouvernement est de chercher l'argent, par tous les moyens, surtout à travers la taxe sur consommation. « Depuis plusieurs années, certains produits sont surtaxés chaque année et les accroissements sont vraiment énormes. Et pourtant ces produits sont introuvables comme par exemple le sucre. On ne sait pas pourquoi les choses continuent comme ça. » L'Olucome demande au gouvernement de disponibiliser ces produits et de considérer le pouvoir d'achat des citoyens burundais. Concernant la pénurie des produits comme le sucre, le ciment, le carburant … Gabriel Rufyiri trouve que le dénominateur commun est le manque des devises pour l'importation des matières premières.


A quand le projet du gouvernement pour la Sosumo ?

Le 9 juin 2021, le Conseil des ministres a mis en place une feuille de route pour la mise en œuvre du projet de réhabilitation, modernisation et extension de la Sosumo. Depuis, le projet se fait toujours attendre.

La Sosumo attend toujours le financement pour sa réhabilitation

La feuille de route comporte deux volets sur une période de 3 ans. Il s’agit de l’irrigation, l’acquisition des engins et équipements agricoles ainsi que des équipements de laboratoire agronomique, ainsi que la réhabilitation et la modernisation de l’usine. Les investissements à faire sur ces 3 années concernent l’installation d’un système d’irrigation, l’acquisition des engins et équipements agricoles, la modernisation du laboratoire et la redynamisation de la recherche agronomique.

Le coût global de l’investissement s’élève à 105 993 995 058 Fbu. Le conseil des ministres avait recommandé aux ministres en charge de l’Agriculture et des Finances de collaborer avec la BRB pour séparer les activités qui peuvent être financées en monnaie locale ainsi que les besoins en devises qui peuvent être supportés par la BRB. Il a aussi demandé au ministre en charge des Finances de poursuivre les contacts pour l’obtention du financement du projet en ce qui concerne les aspects qui nécessitent des devises.

En attendant le projet …

L’ADG de la Sosumo tranquillise la population que des mesures sont en train d’être mises en place pour que cette situation puisse trouver une solution. « Ce projet va nous conduire d’une production de 20 mille tonnes à 35 mille tonnes par an. Ce projet a été déjà été adopté par le gouvernement. Il reste les modalités de financement. »

Attendant que le financement nous parvienne, poursuit-il, nous ne croisons pas les bras. « La Sosumo a déjà initié beaucoup d’activités allant dans ce sens en utilisant les propres fonds de la Sosumo. Au cours de cette année, nous avons déjà cultivé autour de 500 hectares de nouvelles terres. Nous avons aussi introduit de nouvelles variétés pour remplacer les variétés existantes qui sont en dégénérescence. » D’après lui, toutes ces activités ont coûté autour de 16 milliards de BIF dont 12 milliards BIF pour le département agricole pour l’achat des engins agricoles et la culture des nouvelles terres. Les 4 autres milliards, c’est pour l’usine.


Prosper Niyoboke : « Laissez les commerçants importer »

Cet économiste trouve qu’en attendant les projets de rénovation de la Sosumo, la solution à court terme est d’autoriser les commerçants à importer le sucre.

Selon vous, quelles sont les raisons qui expliquent cette pénurie ?

C’est vrai que les unités de production utilisant le sucre ont sensiblement augmenté ces dernières années. De plus, la population a aussi augmenté et partant la demande domestique et sous-régionale et pas proportionnellement avec l’extension et la rénovation de la Sosumo. La superficie des champs qui sont emblavés pour produire le sucre est très minime comparée à la demande. Vu la demande, c’est normal qu’il y ait une pénurie. Le marché est devenu très grand.

On dirait que les dirigeants de la Sosumo n’ont pas su anticiper cette augmentation de la demande ?

J’en conviens, ils ne l’ont pas fait. Le marketing n’a pas été fait correctement. La Sosumo a toujours été en situation de monopole. Ils se sont très peu souciés de l’évolution du marché en fonction de leur production. Ils vendent leur production sans réellement connaître la taille du marché. Je te dirai que cette étude sur la demande du sucre n’a jamais été réalisée.

Pourquoi ne pas importer encore plus ?

Parfois, on veut pratiquer le protectionnisme éducateur. Normalement, on le fait pour protéger des unités de production qui sont embryonnaires contre des concurrents qui viendraient tuer dans l’œuf votre unité de production. Ce qui n’est pas le cas de la Sosumo. C’est une entreprise connue et vieille de plusieurs dizaines d’années.

En attendant de faire des études du marché, des terrains, des études sur l’extension et la réhabilitation … il faut laisser les commerçants importer le sucre. Si le gouvernement veut protéger ce secteur, il doit identifier les commerçants qui vont compléter la production de la Sosumo. Du coup, il contrôle la quantité qui entre et celle qu’elle vienne compléter.

Quid d’une solution à long terme ?

Il faut une extension sur d’autres sites. Sur ce, il faut des études et des recherches agronomiques et agricoles. De plus, il faut analyser si la Sosumo va rester seule ou si elle va être libéralisée. Pas seulement libéraliser les unités de commercialisation. Pour avoir le sucre, c’est toute une chaîne de valeur. Ça peut se faire progressivement en libéralisant certaines unités.

Ils peuvent aussi chercher des sites domaniaux ou des domaines privés favorables à la culture de la canne à sucre. Sur ce point, le prix doit être rémunérateur au point où un cultivateur burundais peut sacrifier une partie de sa propriété pour sa culture. Si ce n’est pas le cas, l’Etat doit initier une politique pour sensibiliser les citoyens. Toutefois, tout cela requiert une bonne gestion.

La Sosumo est-elle capable de faire tout ça ?

Ce n’est pas la seule Sosumo qui doit tout faire. Comme une entreprise, la Sosumo doit élaborer un plan stratégique. Revoir son business plan en dégageant ses performances financières, économiques et sociales afin de rendre compte de sa rentabilité. Pour que la Sosumo puisse être compétitive, il faut une rénovation pour que sa productivité augmente et pour qu’elle revienne au plus haut niveau. Son dispositif de production est obsolète. C’est un handicap.
Pour y arriver, il faut l’intervention de l’Etat et en premier lieu le ministère en charge de l’Agriculture et de l’Elevage et celui du Commerce. Il faut une plateforme synergique.

De plus, il faut que le marché de la Sosumo soit ouvert à la sous-région. Cette entreprise doit faire concurrence avec les entreprises du Rwanda, de la Tanzanie et ailleurs. Plusieurs études doivent être faites dans ce sens.

La Sosumo ne doit pas être une entité à jalousement protéger pour protéger seulement. C’est bien qu’elle garde une identité burundaise, mais elle doit être aussi régionale.

Forum des lecteurs d'Iwacu

6 réactions
  1. balame

    Pour ajouter de l’eau au moulin de Gacece,
    En 20005, le gouvernement d’alors a choisi 5 « bénis des dieux » appelés grossistes , le premier couvrait Cibitoke, Bubanza et Bujumbura, le second Bururi et Makamba, le 3eme: Ngozi et Kayanza, le 4eme: Gitega et Karuzi et le cinquieme le reste.
    La justification éhontée ngo c était pour rentabiliser la distribution.
    La raison, tout homme sérieux la connaissait.
    Si le pays n’a pas de vision et fait seulement la promotion de la corruption pour enrichir une petite oligarchie, tout ira a veau l’eau

  2. maragarita

    Posons nous une question enfantine?
    Comment fait on au Rwanda?
    Pourquoi cette honte seulement chez nous?
    On va encore accuser abakoloni

  3. Jacques Nzeyimana

    From the stories read, I can only conclude that Burundi has become a communist Country. One would think that the article is talking about Cuba.  » Ces habitants de la zone Bwiza accusent les chefs de quartiers de tremper dans le détournement du sucre réservé à la population et le favoritisme dans la distribution. « Ils savent appliquer l’adage qui dit que la charité bien ordonnée commence par soi-même. Ils se servent chacun environ 15 kg avant les autres. Après, ils donnent à leurs amis, à ceux qui leur ont donnés quelques billets et ainsi de suite », raconte un habitant de la 7ème avenue à Bwiza. « Souvent, on entend que plus de 20 sacs ont été donnés à notre quartier. On te demande de te présenter avec un cahier de ménage. Si tu as de la chance, tu rentres avec un kilo. Mais, nombre de personnes rentrent sans rien », fait savoir une maman du quartier Jabe. Avec colère, une autre maman renchérit : « Par après, ce sont des jeunes qui travaillent avec les chefs des quartiers qui viennent nous le revendre à 7000 ou 8000 BIF le kilo. On n’a envie de s’arracher les cheveux. »…. » Someone tell me this is not true.

  4. Ndambi

    Le désordre et la corruption décris ci haut sont glaçants.
    Quasiment un pays en faillite.
    Si la corruption est entretenue par l’administration.
    Mbega ya projet yo mu Rukoko igeze hehe?

  5. Gacece

    Le fait d’autoriser l’importation du sucre par les commerçants est une fausse solution! Et qui plus est, elle est trop risquée à long terme. La Sosumo sert de vache à lait pour le gouvernement. On ne peut pas demander à ce dernier d’ouvrir les portes à une concurrence qui risque de mener à la faillite de la Sosumo et par conséquent, au tarissement d’une source gouvernementale de revenus. Rien n’empêche quand même que la Sosumo en importe des quantités suffisantes. De plus, qu’est-ce qui empêcherait les pays d’où on veut importer ce sucre d’en interdire l’exportation destinée au Burundi? Il suffirait qu’il y ait une embrouille entre les 2 pays ou simplement qu’il y ait des spéculations sur leur sucre : Oui! Parce que il serait plus profitable de l’exporter vers le Burundi que de le vendre aux consommateurs locaux de leur pays!

    Cela étant dit, les vraies solutions se trouvent dans l’élimination de ces intermédiaires entre la Sosumo et le détaillant. Ou encore mieux : l’élimination du détaillant lui-même (pas de meurtres svp!), par la vente directe au consommateur!

    Comment?

    Spéculation non résolue, mais la pénurie serait atténuée :
    Premièrement, si on ne fait que se débarrasser de ces grossistes-spéculateurs, la distribution aux détaillants serait faite soit par la Sosumo elle-même avec ses camions, soit par des compagnies de transport sous contrat. Ces compagnies ne feraient qu’exclusivement transporter le sucre à partir de dépôts de la Sosumo, pour le distribuer aux détaillants préalablement enregistrés et dont la quantité aura été commandée à l’avance. Même si les détaillants auront des quantités plus ou moins suffisantes, rien ne garantit qu’il’y aura pas de spéculation.

    Spéculation et pénurie résolues (risque minimisé) :
    Deuxièmement, l’autre solution serait de faire l’opposé. Les détaillants d’une localité ou plusieurs localités, disons d’une même commune ou voisines, enregistrent des commandes à faire à l’avance à la Sosumo. Une fois les commandes complétées et confirmées (quantité commandée versus quantité accordée, paiement, horaire, etc), ils mandatent un transporteur attitré (et accrédité par la Sosumo) pour aller ramasser et leur livrer leurs commandes. Cette solution semble plus facile et plus appropriée parce qu’elle fonctionnerait comme une coopérative ou une association entre détaillants. Elle n’empêche pas non plus aux autres consommateurs directs (restaurants, bars, hôtels, écoles, hôpitaux, églises, organisateurs d’événements, etc.) d’y participer. Le risque de spéculation est minimisé par le fait que le détaillant ou consommateur qui s’y risqueraient serait rapidement et facilement identifiés et bannis.

    Spéculation et pénurie résolues :
    Et troisièmement et idéalement, la Sosumo s’occupe elle-même de la vente directe aux consommateurs. Dans chaque coin du pays, ils ouvrent des kiosques de vente de leur produit. Peu importe qu’elle sous-traite ou assure elle-même le transport et la distribution à ces kiosques, l’important est de savoir qu’il y en aura assez et qu’il n’y aura pas de spéculation. Un autre avantage non négligeable : cela créera des emplois!

    Toutes ces solutions, sans être exclusives ou exhaustives, renseigneraient également sur les quantités réelles livrées par la Sosumo. En plus de cela, la compilation et le suivi des livraisons pourraient servir à identifier d’autres indicatifs sur les habitudes de consommation des habitants d’un endroit. Cela pour prévoir les quantités (de sucre) et les ressources humaines, financières et matérielles à y affecter.

    J’avais proposé une solution similaire pour la Brarudi, dans un autre commentaire. Je ne le dirai pas assez : LE PROBLÈME, EN TOUT ET PARTOUT, CE SONT CES I-N-T-E-E-R-M-É-D-I-A-I-R-E-S!

    Mais on dirait que personne ne veut résoudre le problème.

    En se débarrassant de ces intermédiaires, on couperait également l’herbe sous le pied de ces policiers, fonctionnaires et autres administratifs qui, de toute évidence, n’hésitent pas à se placer dans des situations de conflits d’intérêts (ou d’apparence de conflits d’intérêts)… pour du profit facile!

    Même si personne ne semble se préoccuper des suggestions que nous faisons, moi je vais continuer de les donner!

  6. Muganga

    D’ailleurs il ne faut pas abuser du sucre dans la consommation ! Itera diabète !! Qu’on exporte ce sucre pour ramener des devises.

A nos chers lecteurs

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, mais une information rigoureuse, vérifiée et de qualité n'est pas gratuite. Nous avons besoin de votre soutien pour continuer à vous proposer un journalisme ouvert, pluraliste et indépendant.

Chaque contribution, grande ou petite, permet de nous assurer notre avenir à long terme.

Soutenez Iwacu à partir de seulement 1 euro ou 1 dollar, cela ne prend qu'une minute. Vous pouvez aussi devenir membre du Club des amis d'Iwacu, ce qui vous ouvre un accès illimité à toutes nos archives ainsi qu'à notre magazine dès sa parution au Burundi.

Editorial de la semaine

Pénurie du carburant. La voie lacustre serait un soulagement

Les pénuries épisodiques de carburant n’ont rien de nouveau au Burundi. Mais celle que nous vivons se distingue des précédentes par sa longueur et sa gravité qui compliquent encore davantage le quotidien de la population. Devant des stations-services, à sec (…)

Online Users

Total 1 035 users online