Politique

Où est «Cuma» ?

09/12/2019 Edouard Nkurunziza Commentaires fermés sur Où est «Cuma» ?
Où est «Cuma» ?
Berchmans Misago reste introuvable, depuis mercredi 20 novembre.

Depuis son enlèvement par des inconnus, mercredi 20 novembre, Berchmans Misago dit « Cuma », un habitant de la commune Ntahangwa en Marie de Bujumbura, reste introuvable. Ancien combattant des FNL, très proche d’Agathon Rwasa, le président du CNL, l’homme était très influent dans ce parti. Sa disparition inquiète. Iwacu a mené une enquête.

Les quelques vendeurs de fruits qui restaient encore, ce mercredi vers 17 h passées, au petit point de négoce de Karama, sur la RN1 non loin du bar-resto ‘‘Iwabo w’abantu’’, n’oublieront jamais ‘‘cette scène de terreur’’.

Ils témoignent : «Cet homme venait d’arriver ici, il n’y avait pas plus de 5 minutes. Visiblement, il rentrait de son boulot. Il s’était arrêté pour acheter des patates douces. Alors qu’il marchandait avec une femme, deux hommes en tenue militaire se sont approchés. Nous, on pensait qu’ils étaient de passage, en patrouille comme d’habitude. Dans l’entretemps, une voiture Toyota, modèle TI aux vitres teintées a débarqué sur place. Personne n’en est descendu. Mais de l’intérieur, une voix a crié : attrape-le, c’est celui-là même».

Cuma a été enlevé sous les yeux éberlués des passants. Ces «militaires» l’ont attrapé et jeté dans la TI. Selon ces commerçants, il a essayé de se défendre, en vain. «La voiture est repartie très vite. Déjà paniqués nous n’avons pas pu noter son numéro d’immatriculation»…

Selon les informations recueillies auprès de ses proches, Berchmans Misago avait été prévenu, pendant la journée, d’une tentative de son enlèvement : «Il était suivi depuis le matin. Des amis à lui l’avaient averti que des gens le guettent. Ils lui avaient suggéré de trouver des compagnons dans ses déplacements pour plus de sécurité».

Mais, fier de lui-même, il avait pris cet avertissement à la légère. Ainsi, comme d’habitude, après son travail au ministère du Commerce et de l’Industrie, vers 17h, il est parti, tout seul, sans aucun souci, à l’arrêt-bus du centre-ville. Il a emprunté le bus Mirango-Rond-point pour rentrer chez lui.

Il n’y arrivera pas. Ses ravisseurs le guettaient. D’autres l’attendaient pour le kidnapper. Des sources concordantes parlent d’un enlèvement savamment planifié. L’équipe de ravisseurs, confient-elles, s’était subdivisée en trois groupes. L’un d’eux devait suivre les mouvements de Cuma depuis son départ du lieu de travail. «Ils ont même pris le même bus que lui». L’autre groupe l’attendait dans un virage après sa sortie du bus. «C’est celui-là, avec des hommes en uniforme militaire qui l’ont attrapé à Karama». Le dernier groupe resterait dans le véhicule qui l’a emmené.

Pour pouvoir éliminer Agathon Rwasa ?

Berchmans Misago a combattu aux côtés d’Agathon Rwasa, le leader historique des Forces nationales de libération, FNL-Palipehutu. Au sortir du maquis, en 2008, il a été démobilisé. Cependant, il est resté dans la garde rapprochée de son ancien chef rebelle comme bodyguard. «Il a vécu chez lui pendant longtemps», confie un ancien compagnon de lutte.

Un jeune homme qui assurait le même rôle que lui chez Agathon Rwasa parle d’un ‘‘garde du corps très dévoué’’ à son chef. «Berchmans Misago a déjoué plusieurs tentatives d’assassinat d’Agathon Rwasa», dit-il, évoquant  des «agents de cette garde sans cesse corrompus pour empoisonner leur chef mais tous toujours tenus en échec par ce fidèle et vaillant garde du corps». Selon lui, jamais Cuma n’aurait échangé de l’argent pour la vie de son chef aimé.

Outre le loyalisme, Berchmans Misago aurait mis à mal bien de plans de « Nyakurisation » du CNL depuis son agrément en février dernier. «Quand il s’agissait des informations faisant état d’une éventuelle « Nyakurisation » imminente, il se donnait corps et âme pour en empêcher l’aboutissement», assure E.N, un militant du CNL proche de la représentation nationale. Exempté le patron national, il n’avait alors plus de respect à aucune autre personnalité dans le parti. «Quel que soit le statut du militant soupçonné dans ce plan, ce dernier devait subir un interrogatoire devant une équipe de jeunes conduite par Cuma», poursuit E.N, soulignant qu’il constituait un véritable obstacle pour les détracteurs du CNL…

Une réunion de tous les dangers ?

La situation était ainsi jusque fin octobre dernier. Selon les témoignages, début novembre, au terme d’une réunion qui aurait vu la participation d’Imbonerakure, d’agents des services de renseignements et de la police, 7 noms (dont celui de Berchmans Misago) auraient été listés sur un plan d’élimination physique visant, en définitive, celle d’Agathon Rwasa.

Nos sources qui disent détenir ces informations d’un agent des services de renseignement citent Berchmans Misago, Claude, Richard, Matata, Innocent, un certain Justin (chef d’une équipe de producteurs de chansons à la gloire du CNL et de son patron) ainsi que l’honorable Bernard Ndayisenga. Pour la plupart, des membres du CNL qui sont à la tête d’un service national chargé du renseignement sur la sécurité du président de leur parti, notamment lors de ses déplacements.

La réunion aurait eu lieu dans un bar situé dans la zone Kamenge de la commune Ntahangwa en mairie de Bujumbura. Les participants auraient mis en place une commission chargée de l’exécution des conclusions de la rencontre : «Gutekera mu magunira» (« Emballer dans des sacs) ces personnes ciblées serait la mission confiée à la commission.

Nos sources soulignent que l’agent des services de renseignements qui a « livré ce secret» a indiqué que la commission est d’avis que l’élimination de ces «éléments gênants» permettrait soit l’élimination d’Agathon Rwasa, soit la destruction de son parti. Pour eux, l’enlèvement de Cuma ne serait qu’une étape du processus de la concrétisation de ce plan…

Avant l’enlèvement de Cuma, l’échec de l’arrestation de Matata

La disparition de Berchmans Misago a d’autant suscité d’inquiétudes qu’elle est intervenue 10 jours après une tentative d’arrestation contre Matata, une des personnes citées dans ledit plan.

Il a en effet échappé, dimanche 10 novembre chez lui à Gatumba, à une arrestation, révèlent nos sources. «Des malfaiteurs avaient déposé des armes près de son chantier de construction. Et puis, des policiers étaient venus l’arrêter prétextant avoir découvert une cache d’armes».

Mais ce jour-là, il n’était pas à Bujumbura. Ainsi, il a pu être sauvé. Il aurait reçu par la suite, via son téléphone, plusieurs menaces de mort. Une situation qui avait créé panique.

Selon toujours les témoignages recueillis, après la disparition de Berchmans Misago, Matata comme tous les autres cités dans le fameux plan, sont ainsi entrés en clandestinité.

Térence Manirambona : «Qu’il y ait des enquêtes pour que la vérité sur cet enlèvement soit connue.»

Le Congrès national pour la liberté, CNL demande aux organes habilités à mener sans délai des enquêtes sur cette disparition. «Qu’il y ait des enquêtes pour que la vérité sur cet enlèvement soit connue», fait savoir Térence Manirambona, porte-parole de ce parti, soulignant qu’il importe notamment de rassurer sa famille.

D’après lui, le CNL s’est rendu tardivement compte que Berchmans Misago était porté disparu. «Avant, nous pensions qu’il se serait rendu dans sa famille en province Gitega. Nous avons dû demander à sa femme pour nous rendre compte de sa disparition». Il confie qu’une équipe déléguée par le CNL n’a alors ménagé aucun effort pour retrouver le leur, sans succès. «Nous avons cherché dans tous les cachots, dans les services de renseignements, en vain», souligne Manirambona ajoutant que le parti va bientôt saisir la police.

La police nationale n’en dit pas grand-chose. Moïse Nkurunziza, le porte-parole adjoint du ministère de la Sécurité publique appelle sa famille à se confier à la police. Dans l’entretemps, selon les informations recueillies, la famille Misago aurait peur de porter plainte. «Sa femme craindrait pour sa sécurité ».

Au moment où des jeunes du parti au pouvoir sont cités dans le plan d’élimination de 7 Inyankamugayo, la chargée de la communication au parti Cndd-fdd soutient que son parti ne peut pas commenter une telle affaire.

Nancy Ninette Mutoni nous recommande de chercher ces informations au niveau de l’administration : « S’il se passe quelque chose dans une localité quelconque, il y a là un administratif. »

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

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