Vendredi 21 juin 2024

Société

Mise à la retraite des enseignants, la rentrée scolaire mise à rude épreuve

18/08/2023 1
Mise à la retraite des enseignants, la rentrée scolaire mise à rude épreuve
Pour Célestin Nsavyimana, président du COSYBU, les enseignants forcés à la retraite doivent être rétablis dans leurs droits

A chaque rentrée, c’est le même leitmotiv : manque de professeurs et insuffisance des enseignants. Cette année, la situation est bien particulière avec près de 3 000 enseignants forcés à aller à la retraite. Le processus de recrutement tarde à débuter. Pour les directeurs d’écoles, c’est trop compliqué de préparer la rentrée dans ces conditions.

Nous sommes le 17 août, la rentrée est initialement fixée au 11 septembre. Les départs à la retraite ne sont pas encore remplacés.
À l’école Stella Matutina, la situation est similaire. Des parents font la queue devant le bureau de la direction.

Placide Nsengiyumva, directeur de l’école, accueille les parents. Il se dit inquiet. 10 enseignants sur 31 dont disposait l’école sont partis à la retraite.
« S’ils ne sont pas remplacés dans les brefs délais, les activités seront paralysées. La situation sera compliquée. Pour assurer le service minimum, nous serons obligés de combiner les groupes pédagogiques. Cela a des graves répercussions sur l’apprentissage des enfants. Mais il n’y a pas d’autres choix, que de s’y conformer », avertit-il.

Concernant les équipements comme les bancs pupitres, le directeur explique que le problème ne se pose pas. Nous avons un nombre suffisant. Même ceux qui sont cassés vont être réparés avant la rentrée scolaire.

« Un prof, une classe, pourquoi pas. Une classe doit avoir ses enseignants. Quand un enseignant se retrouve devant 120 élèves, il est submergé par ce nombre. C’est impossible de faire du cas par cas et d’enseigner sereinement », regrette un enseignant de français au lycée Scheppers de Nyakabiga. Pour lui, à voir le calendrier, il est impossible de terminer le processus de recrutement dans les délais.

Sur un autre établissement public en mairie de Bujumbura, le directeur se dit choqué. Pour lui, c’est une situation très compliquée à gérer. « Le ministre et le gouvernement nous ont roulés dans la farine. La décision de forcer plus de 2900 personnels enseignants à la retraite est absurde. On n’a pas pensé à l’avenir de l’enfant et du système éducatif. Les enseignants avec des compétences et l’expérience ont été jetés dehors sans aucune garantie de les remplacer dans les délais », s’indigne-t-il.

Une situation difficile

D’après lui, des écoles qui se classaient premières dans l’examen d’état et le concours de 9ème verront leurs résultats chuter. Il craint le pire à venir. Selon lui, l’espoir d’un avenir meilleur pour les jeunes générations s’amenuise.

Selon Jean-Marie Ndayizeye, c’est une situation tout à fait injuste pour les élèves. « Ils pourraient devenir d’excellents élèves, mais là, ils partent avec un désavantage par rapport aux autres. Le gouvernement doit résoudre cette question nationale. C’est l’avenir du pays qui est en jeu ».

L’école fondamentale Gihosha qui se trouve à 100 mètres de la zone Gihosha éprouve elle aussi des difficultés. Les parents cherchant des places pour leurs enfants provenant d’autres écoles font la queue. Le directeur ne sait quoi faire.

8 enseignants sont partis à la retraite. Ils ne sont pas encore remplacés, un défi majeur. « Si à la rentrée, ces enseignants ne sont pas remplacés, les activités vont être perturbées. Nous avons deux à quatre classes qui n’ont pas d’enseignants. Je suis dans l’incapacité de prévoir la répartition des classes sans voir du personnel qui va s’en occuper. L’affectation du personnel pose problème ».

Pour lui, c’est difficile d’enregistrer des élèves sans être en mesure de déterminer les places disponibles. « C’est très grave. Les autorités administratives doivent trouver la solution. Cette situation va influer sur les connaissances et la réussite des élèves. Nous attendons les solutions de la part du ministère seul habilité à les apporter ».

D’après lui, cette situation compliquée s’ajoute à d’autres défis. Il parle notamment du manque criant de bancs pupitres. Il explique que c’est difficile d’imposer aux parents d’amener des bancs pupitres dans des conditions actuelles. Les écoliers risquent, dit-il, de suivre les cours assis à même le sol.

Selon un syndicaliste à cette école, le processus de recrutement n’est pas encore commencé et doit prendre pas moins de deux mois. C’est tout un processus complexe, dit-il, qui prend du temps.
« Il y a l’appel d’offres, passation d’examen, correction, remise des résultats, formation et confection des lettres d’affectation. Ce qui est encore grave, dans la précipitation, il sera difficile de trouver des compétences requises. Ceux qui se partirent doivent être remplacés suivant leurs compétences ».

Il dénonce un manque de planification de la part du ministère en charge de l’Éducation. Pour lui, le ministère savait d’ores et déjà ceux qui devraient partir à la retraite pour anticiper les défis. Il appelle les autorités compétentes à sauver le système éducatif burundais.

La qualité de l’enseignement se détériore

À l’école Stella Matutina connaitra une situation difficile si le remplacement ne se fait pas dans les délais

Un membre de la société civile dénonce une décision « irréfléchie, inacceptable, arbitraire et meurtrière ». Il constate que le système éducatif était médiocre. Et de déplorer que les enseignants qualifiés et expérimentés soient jetés dehors sans préparer la relève.

Cet activiste ajoute que la qualité de l’éducation risque de se détériorer davantage. « Remplacer plus de 2 900 enseignants n’est pas chose facile, car il y a des procédures qu’on doit respecter ».

D’après lui, il y a plusieurs paramètres à la base de l’effondrement du système éducatif burundais. Il parle du manque de qualification des enseignants, le manque de bancs-pupitres, des salles de classe saturées, le manque de livres, de bibliothèques et de laboratoire.

Il invite le gouvernement à revoir la décision et leur prolonger au moins cinq ans. C’est pour préparer leurs remplaçants. Au contraire, prévient-il, c’est une décision qu’ils regretteront et seront jugés devant l’histoire.

Récemment, devant les députés, le ministère de l’Éducation nationale a annoncé que des nouveaux enseignants seront disponibles dès la rentrée.

François Havyarimana a annoncé le recrutement de 700 enseignants, les services du ministère doivent s’assurer qu’il y aura assez d’enseignants à la rentrée, notamment en répondant aux difficultés des établissements de manière personnalisée.

Selon les syndicats des enseignants et les directeurs d’écoles, ce nombre annoncé des recrutements reste de loin inférieurs aux besoins qui, chaque année dépasse trois mille enseignants. Vous saurez que les départs en retraite avoisinent trois mille.

Ce jeudi 17 août, les confédérations syndicales, COSYBU et CSB ont présenté le Mémorandum des revendications syndicales envoyées au président de la République signé par 60 organisations syndicales.

Elles exigent le rétablissement des travailleurs renvoyés injustement à la retraite dans leurs droits. « Le renvoi à la retraite du personnel enseignant et personnel de la santé en violation des conventions sectorielles relative au départ à la retraite. La mise en retraite précipitée, l’absence de document de mise en retraite, attestation de service rendu constitue un blocage pour accéder à l’épargne faite », indique Célestin Nsavyimana, président du COSYBU.

Les confédérations COSYBU et CSB demandent au chef de l’Etat de faire respecter la loi, les conventions ou accords conclus entre les syndicats et le gouvernement, faire respecter le tripartisme et le bipartisme social. « Seule la paix sociale va permettre l’augmentation de la production et du rendement », concluent-elles.

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1 réaction
  1. BAYUBAHE

    Une épineuse question qui nécessite une attention particulière.

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