Mercredi 30 novembre 2022

Société

Journée mondiale des enseignants : des professeurs d’universités au Burundi face à moults défis

06/10/2022 3
Journée mondiale des enseignants : des professeurs d’universités au Burundi face à moults défis
Pour l’abbé Dieudonné Nibizi, les crises qu’a connues le Burundi ont affecté le système éducatif

Niveau de connaissances bas des étudiants, effectifs pléthoriques dans les auditoires, problèmes logistiques, … des défis auxquels font face les professeurs des universités au Burundi. Ils sont appelés à ne pas se comporter comme de simples fonctionnaires dans leur travail d’enseignant.

« Le niveau de formation a baissé. Les lauréats de l’école secondaire viennent à l’université avec un niveau très bas. On doit adapter l’enseignement, essayer de tenir compte de ce niveau des étudiants pour préparer ce qu’on enseigne », indique Rosalie Bikorindagara, professeure à l’université du Burundi, après une conférence-débat des professeurs catholiques des universités, organisé, ce 5 octobre, par l’archidiocèse de Bujumbura.

Selon elle, les enseignants des universités doivent aussi tenir compte de la façon dont les lauréats de l’école fondamentale et post-fondamentale ont été formés pour essayer de ne pas les dépayser à l’université.

Elle fustige aussi le niveau de la langue française qui est la langue d’enseignement et d’apprentissage à l’université du Burundi : « Le niveau dans cette langue fait que les étudiants ne puissent pas vraiment bien comprendre tous nos enseignements. On essaie de nous adapter pour qu’ils puissent acquérir des compétences dans nos différentes disciplines, d’utiliser un langage, le plus simple possible pour nous faire comprendre».

Cette professeure déplore que la pauvreté dans la société touche aussi les étudiants : « Nous avons des étudiants qui viennent à 8h et rentrent à 18h sans avoir mangé à midi. Enseigner dans l’après-midi quelqu’un qui a mangé la veille est un grand défi ».

Selon elle, il est aussi difficile d’enseigner des classes ayant des effectifs pléthoriques. Et de confier que certaines classes à l’université du Burundi comptent environ 200 étudiants.

Pour Sylvère Sakubu, professeur à l’université du Burundi, il y a aussi les défis d’ordre logistique liés aux technologies de l’information et de la communication.

En outre, il reconnaît aussi que le niveau de connaissance des lauréats des universités a sensiblement diminué. Pour relever ce défi, il recommande des reformes à la base : « S’il faut corriger, il faut commencer par la base. Les connaissances des étudiants doivent reposer sur une fondation solide. Il faut un bon dosage à la base pour satisfaire aux prérequis avant d’arriver à l’université ».

« Certains indicateurs sont au rouge »

Selon l’abbé Dieudonné Nibizi, aumônier des intellectuels et hauts cadres, les crises qui ont secoué le Burundi ont porté un coup dur au système éducatif. Pour lui, le niveau de connaissance a lamentablement baissé : « Certains indicateurs pointent vraiment au rouge. Les enseignants doivent participer à résoudre ce problème. »

Il appelle les professeurs des universités à offrir avec sollicitude aux jeunes l’éducation et la formation qui leur sont nécessaires.

Pour l’abbé Adrien Ntabona, les professeurs des universités ne devraient pas se comporter comme de simples salariés, mais comme des personnes ayant un devoir de responsabilité familiale : « Vous êtes les grands frères et grandes sœurs de ceux que vous formez. Le niveau de l’enseignement devrait vous préoccuper plus que d’autres. Comment peut-on former un étudiant qui, après l’université, reste toujours un paysan dans la tête. Ce n’est pas possible ».

Le ministère de l’Education nationale appelle les enseignants à s’impliquer très sérieusement pour que la qualité de leurs prestations contribue efficacement à la transformation de l’éducation. Et de rappeler que le rôle des enseignants est crucial dans l’assurance de la qualité des apprentissages.

Forum des lecteurs d'Iwacu

3 réactions
  1. Jamahaar

    La guerre civile (1988-2008) et la crise du 3eme mandat de 2015 ont provoque entre autres un exode des enseignants et professeurs-chercheurs des universites.La majorites d’assistants de l’Universite du Burundi envoyes pour faire des doctorants dans leurs disciplines ne sont pas rentres apres leurs theses de 3eme cycle.Meme ceux qui etaient rentres sont repartis en exile soit dans les pays voisins soit retournes dans les pays ou ils avaient ete formes et avaient garde de contacts utiles au cas ou…Pour un pays pauvre comme le Burundi en crise permanente comme le Haiti, subir une hemoragie causee par la fuite des cerveaux ne fait qu’enfoncer le niveau et la qualite de l’enseignement et de l’education de la base au sommet.Plus d’innovation dans les programmes scolaires, pas de recherche-developpement.En somme pas d’investissements dans le domaine educatif.Une education baclee ou insuffisante ne peut pas conduire a un developpement dont le pays a tant besoin pour sortir du niveau de pauvrete qui classe le Burundi au dernier classement mondial.Du pain sur la planche aux dirigeants et decideurs du pays.

    • Yan

      @Jamahaar
      Une fois n’est pas coutume, je suis entièrement d’accord avec votre commentaire!

  2. Tharcisse

    Malheureusement dans ce débat , on a parlé des étudiants et non pas des enseignats; On devrait parler de la précarité dans laquelle vivent les enseignants des universités.

    Plus de 90% des enseignants des universités sont des Assistants ou maîtres assistants et touchent des salaires inférieurs à 500 milles. Comment peut-on vivre avec des salaires pareils. Un enseignant ne peut même pas s’acheter un ordinateur.

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