Dans certaines communautés, le mariage interethnique suscite des débats et des controverses. Tout au début, des messages de haine envers le couple fusent de partout. Mais, à la longue, ils finissent par s’estomper et disparaître.
Dans la localité de Bugazi, un des quartiers situés sur une montagne qui surplombe la ville de Bujumbura, les mariages interethniques sont une réalité. Ce qui diffère, c’est la perception par l’entourage. Certains optent pour l’acceptation, d’autres pour le rejet catégorique.
Fabiola Kwizera est une jeune maman tutsi rencontrée dans la localité mariée à un homme hutu. D’après elle, les couples d’ethnies mixtes sont visés par des perceptions de nature discriminatoire et haineuse, à des degrés variés selon la provenance des conjoints. « Notre communauté s’habitue progressivement aux mariages interethniques malgré des préjugés qui restent vifs en général et très agressifs pour des couples dont les épouses ne sont pas des natives de la localité. »
Selon elle, certains membres de sa communauté collent à des femmes tutsies des préjugés comme quoi un homme hutu marié à une tutsi ne peut pas l’abandonner sous peine de devenir fou ou d’être foudroyé.
Si la communauté peut tolérer les mariages interethniques entre hutu et tutsi, l’expérience est toute autre pour les mariages entre hutu et twa. Un hutu qui marie une femme d’ethnie twa est qualifié d’ikivume (quelqu’un de maudit).
Derrière ces préjugés, des causes plus profondes que secrètes
Si beaucoup sont réticents quant à l’acceptation des mariages interethniques, les messages de haine sont une habitude. Certains habitants disent qu’une sensibilisation très prolongée pourra venir à bout de cette habitude.
Selon Jean-Claude Nkurikiye, un natif de Ruyaga qui avait 18 ans pendant la crise de 1993, il a interpellé les parents à changer de mentalité pour qu’ils puissent laisser leurs enfants choisir leurs maris ou femmes librement. « Dieu a créé un homme et non un Hutu ou un Tutsi. Donc, les enfants ne doivent pas être victimes du passé douloureux de leurs parents. »
Quant à Cédric Hakizimana, un jeune de 30 ans de la même localité, le choix d’une conjointe, pour lui, ne repose que sur l’amour. Il fait savoir que les autres critères n’ont aucune importance.
Chez le chef de quartier, deux femmes sont assises au salon en train de déjeuner. Une assiette bien garnie est sur la table. « Tu es né dans la période des récoltes, bienvenu à table », s’exclament-elles. La femme du chef de quartier, très ouverte, relate les faits. « Les messages de haine sont monnaie courante dans cette localité. »
Elle fait savoir que ce sont surtout les hommes qui utilisent le plus souvent des langages de haine. « Les femmes sont réservées et elles ont honte de dire des obscénités. »
Les messages de haine sont une histoire ancienne
Eric Ntahondi, le chef du quartier Muyira, fait savoir que les messages de haine n’existent plus. Pour lui, les mots que les gens se lancent quand ils ont bu ne sont pas haineux. Il les considère comme des blagues. « Il n’y a pas de haine quand l’autre te taquine en te traitant de chien, c’est dans les années passées que cela était mal vu et pouvait susciter des conflits, voire des accrochages. »

Le stade de conflit interethnique est révolu depuis que les personnes d’ethnies différentes ont commencé à se marier entre elles, selon lui. « Les Hutu se marient aux Tutsi et vice-versa », fait-il savoir.
Il ajoute que dans le quartier Muyira, toutes les ethnies sont mélangées. « Les Batwa sont mêlés aux Hutu, les Tutsi aussi. La cohabitation est on ne peut plus sereine. » Il fait aussi savoir qu’une fois il a été témoin d’un mariage interethnique et qu’aucun mauvais mot n’a été prononcé.
Il cite aussi les exemples des habitants, composés principalement de maçons, qui ramènent des femmes de l’intérieur du pays. « Ils amènent souvent des femmes qui ne sont pas de leur ethnie et personne ne les réprimande parce que c’est normal chez nous. »
« Certaines personnes sont de nature divisionniste. »
Patrice Sabuguheba, sociologue et professeur d’université, se base sur l’histoire ancienne de notre pays pour expliquer les différends qui ont toujours existé entre les ethnies. Il fait toutefois savoir que les mariages interethniques ont toujours été célébrés.
La cohabitation a toujours existé ainsi que les mariages, mais cela suivait des règles parce que ce sont les familles qui choisissaient à la place des jeunes ce qu’elles appelaient l’unité des familles et non des mariés, selon ce sociologue.

Pour lui, avant, l’ethnie se mesurer à la richesse. « Celui qui possédait des vaches devenait de facto tutsi, contrairement à aujourd’hui. Pour un futur marié, les familles cherchaient la future mariée dans une famille respectable sans tenir compte de l’ethnie. »
Aujourd’hui, comme c’est le futur époux qui se cherche une épouse, le sociologue explique qu’il y a des familles qui ont tendance à demander les origines ethniques allant jusqu’aux origines régionales de la future épouse et qui vont jusqu’à refuser l’union. « Il y a ceux qui ont l’exemple du prince Louis Rwagasore parce qu’ils se disent qu’il a épousé une fille qui n’est pas de son ethnie. »
Néanmoins, il fait savoir que les considérations ethniques n’influencent plus les mariages, c’est une tendance qui disparait petit à petit.
En ce qui concerne les messages de haine, Patrice Saboguheba fait savoir qu’il y a des gens qui sont divisionnistes par leur nature. « Cela peut ne pas relever de l’ethnie ou d’un clan de la même ethnie. Lorsque survient une mésentente, le prétexte se rétablit et il peut aussi être de nature politique. »
Il estime que tout cela peut être vaincu par l’amour qui a pris racine chez les conjoints. Pour lui, il n’y a aucune mauvaise famille, aucune famille qui engendre des fainéants. Les défauts sont individuels.








Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu
Merci de prendre connaissances de nos règles d'usage avant de publier un commentaire.
Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, diffamatoires ou injurieux, appelant à des divisions ethniques ou régionalistes, divulguant des informations relatives à la vie privée d’une personne, utilisant des œuvres protégées par les droits d’auteur (textes, photos, vidéos…) sans mentionner la source.
Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire susceptible de contrevenir à la présente charte, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois, promotionnel ou grossier. Par ailleurs, tout commentaire écrit en lettres capitales sera supprimé d’office.