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Malabo, pour la reconnaissance et le soutien

06/11/2020 Fabrice Manirakiza Commentaires fermés sur Malabo, pour la reconnaissance et le soutien
Malabo, pour la reconnaissance et le soutien
Président Evariste Ndayishimiye : « Nous avons été invités par son excellence le président de la République de Guinée Équatoriale pour renforcer nos relations bilatérales. »

Forte d’une vingtaine de personnes dont 5 ministres, la délégation burundaise conduite par le président Ndayishimiye, s’est envolée ce lundi 2 novembre vers Malabo, la capitale de la Guinée Equatoriale. Une visite d’Etat de 5 jours. Un soupçon de reconnaissance.

« Nous avons été invités par son excellence le président de la République de Guinée Équatoriale pour renforcer nos relations bilatérales. Vous savez que nos relations sont très anciennes », a indiqué le président Ndayishimiye avant de prendre l’avion avec son épouse. Le chef de l’Etat est aussi accompagné par les ministres en charge, des Relations Extérieures, de la Défense, de l’Agriculture, du Commerce et de l’Industrie et de la Santé publique.

A cette occasion, le numéro Un burundais a rappelé que le président Equato-Guinéen, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo a déjà visité le Burundi. Il a également signalé que feu président Pierre Nkurunziza a, lui aussi, rendu visite à son homologue. En juillet 2012, feu président Nkurunziza a ratifié un accord-cadre de coopération économique, culturelle, scientifique et technique entre les deux pays. « Tout cela doit être concrétisé. Et pour cela, nous devons nous rendre visite mutuellement pour échanger sur l’état d’avancement de la mise en œuvre de cette coopération », a-t-il souligné.

Le panafricanisme à l’agenda

A l’occasion du banquet d’Etat offert en son honneur par le président Teodoro Nguema Obiang Mbasogo, à Malabo, le président Ndayishimiye a dévoilé, ses intentions : « Le Burundi et la Guinée équatoriale entretiennent des liens d’amitié qui nous sont particulièrement chers et qui s’inscrivent dans le cadre d’une coopération fructueuse, dynamique et mutuellement avantageuse. »

D’après le président Ndayishimiye, les deux pays partagent les mêmes valeurs à savoir l’attachement à la paix, l’unité de l’Afrique, de dignité, de souveraineté, du panafricanisme et de l’indépendance économique de l’Afrique. il a tenu à préciser que le continent subit encore des effets néfastes du néocolonialisme déguisé. Et de souligner : « Le combat pour la protection de ces valeurs ne doit souffrir d’aucun laxisme. »

Pour le numéro un burundais, ce combat doit continuer avec bec et ongles jusqu’à la libération effective de l’Afrique des ingérences extérieures osées dans ses affaires intérieures. « Sous mon leadership, le Burundi ne cédera aucun espace de sa souveraineté en échange de ce que certains milieux appellent abusivement aide extérieure. L’Afrique n’est pas née pour être aidée. Avec ses immenses ressources, elle est suffisamment mature pour se prendre pleinement en charge. » Et d’ajouter : « Aucun pays au monde ne s’est développé par des aides extérieures. Celles-ci appauvrissent au lieu d’épanouir durablement nos populations. »

Des éloges au doyen Nguema…

Le numéro un burundais a remercié son homologue pour les avoir aidés lors de la crise de 2015.

Le qualifiant de « Grand frère », le président Ndayishimiye n’a pas manqué de chanter « les qualités personnelles et les exploits » de son homologue équato-guinéen. « Vous avez repris toute votre place sur notre continent africain. Non seulement, vous êtes membres actifs de l’Union Africaine mais beaucoup mieux que cela », a-t-il déclaré. Avant de renchérir : « Cette organisation, sans vous, n’est pas tout à fait elle-même. Elle a besoin de la Guinée Equatoriale et de ses dirigeants. » En effet, a-t-il motivé, le poids de l’expérience du président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, au pouvoir depuis 3 août 1979 par un coup d’Etat, compte pour l’Union africaine. Il a ajouté que les Africains n’oublieront jamais le combat de ce vétéran auprès du Conseil de sécurité des Nations Unies pour défendre les intérêts de l’Afrique en 2018-2019. Et de laisser un message aux équato-guinéens : « Vous êtes les représentants par excellence de l’esprit d’ouverture, l’assurance, la générosité, l’attachement à la dignité et à la souveraineté qui caractérisent la Guinée Equatoriale. » Et de lui promettre un soutien naturel de Gitega. « Le Burundi est un pays fier, fiable et fidèle à l’amitié. L’amitié du Burundi envers ses amis n’est pas saisonnière, elle est constante, solide et sincère. »

Le numéro Un Equato-Guinéen a apprécié le fait que Gitega ait choisi son pays pour cette visite d’Etat à une époque d’urgence sanitaire mondiale causée par la Covid-19. « C’est une preuve sans équivoque du caractère privilégié des relations d’amitié et de coopération qui existent entre nos deux pays frères. » Dans la foulée, il a félicité le président Evariste Ndayishimiye pour « la manière exemplaire dont les autorités et le peuple burundais ont conduit le processus politique, malgré les défis, qui a abouti à sa la brillante élection. »

Pour le doyen des présidents africains, 41 ans au pouvoir, , Gitega et Malabo ont de nombreux points communs dans l’arène internationale à savoir la défense de la paix et de la sécurité internationale, la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres États et la défense de la souveraineté. « Il est également important de maintenir le même esprit lors de la défense de nos intérêts africains communs comme la réforme du Conseil de sécurité afin de mettre fin à l’injustice historique que notre continent continue de souffrir. »

Des accords signés

Lors du banquet d’État offert en son honneur par son homologue de Guinée Équatoriale.

« La visite vise à poursuivre le renforcement des relations bilatérales, à maintenir et à analyser les questions de portée internationale, en plus de réviser largement notre coopération et les relations fraternelles, afin de pouvoir optimiser les immenses possibilités et opportunités qu’offrent nos deux pays », a déclaré le président Obiang Nguema Mbasogo.

Selon le site officiel du Gouvernement de la République de la Guinée Equatoriale, quatre accords de coopération ont été signés entre le ministre des Affaires Etrangères de la Guinée équatoriale, Siméon Oyono Esono Angue et son homologue burundais, Albert Shingiro. Il s’agit de l’accord d’exemption réciproque de visa pour les titulaires de passeport diplomatique et de service, un accord sur la promotion et la protection réciproque des investissements entre les deux gouvernements, un accord commercial ainsi qu’un accord dans le domaine maritime.

Fabrice Manirakiza & Rénovat Ndabashinze


Décryptage/ Reconnaissance et demande d’aide ?

« Nous n’oublierons jamais votre combat, vous personnellement, à la défense du Burundi à l’UA en 2015 au moment où certains pays africains, pourtant frères, allaient être entraînés dans le schéma du néocolonialiste des puissances occidentales qui ont planifiés le coup d’Etat au Burundi en 2015 », a martelé à Malabo, le numéro Un burundais devant son homologue. Depuis le début de la crise de 2015, la Guinée Equatoriale a toujours soutenu le régime de Gitega.

On se souvient du rétropédalage de l’Union africaine (UA) sur l’envoi de 5000 hommes de la Mission africaine de prévention et de protection au Burundi (Maprobu). La Commission de l’UA s’est désistée devant les pressions de certains présidents dont le Gambien Yahya Jammeh, l’Egyptien Abdel Fatah Al-Sissi et de l’Equato-Guinéen Teodoro Obiang Nguema.

Membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies de 2018 à 2019, ce pays d’Afrique centrale d’une superficie de 28 000 km2 avec 1,4 million d’habitants a toujours été parmi ceux qui bloquent les résolutions contre le Burundi. Lors de la réforme constitutionnelle de 2018, le Conseil de sécurité n’a pas pu trouver un accord sur la marche à suivre. Contrairement aux autres membres qui privilégiaient la reprise du dialogue inter-burundais comme seul moyen de résoudre la crise, la Guinée équatoriale a estimé que le Burundi a un droit souverain d’organiser un référendum. Il a toujours soutenu au cours de son mandat que « l’évolution très positive de la situation » incite le Conseil de sécurité de retirer le Burundi de son ordre du jour et de consacrer ses ressources à d’autres pays gravement en crise. Ce que Gitega demande toujours jusqu’à maintenant.

Ce choix de Gitega de visiter en premier lieu la Guinée équatoriale est un signe de reconnaissance ? Certains observateurs de la politique burundaise en sont convaincus. « C’est une sorte de reconnaissance, une quête de parrainage qui va toujours dans la ligne droite du défunt président. » Selon eux, la Guinée Equatoriale, la Gambie, l’Afrique du Sud et l’Angola ont joué un rôle significatif en bâillonnant toute résolution de sanctions contre le Burundi de l’UA via le Conseil de Paix et de Sécurité. «Parmi les chefs d’Etat de ces pays, tous ont été substitués par d’autres sauf l’actuel président Obiang Nguema Mbasogo. La visite du président burundais trouve sa raison d’être dans ce fait de recourir de nouveau auprès de lui afin qu’il continue son rôle de protecteur et de parrainage surtout en cette période de crise financière au Burundi. »

Le chercheur Thierry Vircoulon trouve que le président Teodoro Obiang Nguema n’a aucune influence sur la scène internationale « où il est essentiellement connu pour détournement de fonds. » Pour lui, ce n’est qu’une question d’argent. « La Guinée équatoriale étant un émirat africain, nombreux sont les gouvernements fauchés africains qui font appel à son aide financière. »

La Guinée Equatoriale est un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, avec l’un des PIB/habitant les plus importants d’Afrique (7 912 EUR en 2019) grâce au boom pétrolier des années 1990. Troisième plus grand producteur de pétrole brut d’Afrique, elle a atteint 146 000 barils/jour à fin septembre 2019 contre 162 000 barils/jour un an plus tôt. La production gazière est également à la baisse à 110 000 barils/jour à fin septembre 2019. La Guinée équatoriale occupe le bas des classements sur la gouvernance publique (48ème sur 54 au classement Mo Ibrahim, 173ème sur 180 selon l’indice de perception de la corruption calculé par Transparency International).

Fabrice Manirakiza

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