Mardi 07 avril 2026

Économie

Les prix du charbon de bois ont doublé, triplé ou quadruplé

Les prix du charbon de bois ont doublé, triplé ou quadruplé
Le charbon de bois en vente dans un quartier du nord de la capitale économique

Avoir aujourd’hui du charbon pour cuire la nourriture est une équation très difficile à résoudre. Le prix d’un sac a doublé, voire triplé, dans certains endroits tandis que le prix du détail a quadruplé. Les alternatives semblent ne pas être à la portée de la majorité des Burundais.

Très tôt le matin, dans les boutiques, c’est la vente du haricot, l’aliment de base des Burundais. Il demande beaucoup d’heures de cuisson et pour qu’on le mange lors du déjeuner, il faut le mettre au fourneau très tôt le matin. Or, la grande majorité des habitants de la ville de Bujumbura utilisent des fourneaux de charbon de bois qui sont devenus malheureusement très chers.

Le prénommé Eric qui a un restaurant au nord de la capitale économique se lamente. Il doit cuir 6 kg de haricot chaque jour pour le déjeuner de ses clients mais, il se demande comment il va trouver le charbon nécessaire. Tellement, cette matière est devenue chère. Pour Eric, les choses vont de mal en pis.

Il fait savoir qu’avant, il s’inquiétait de la hausse des prix des denrées mais qu’actuellement, il ne trouve plus les mots pour qualifier la situation. « Quand le prix du haricot a commencé son ascension, nous avons grogné sans savoir que le charbon de bois allait suivre le rythme. »

Au lieu des dix kilos de haricot habituels, il préfère préparer six. « Ce n’est pas que je manque de clients. Mais, au lieu de servir ce qui n’est pas bien cuit, je préfère cuire une petite quantité afin que je puisse satisfaire mes premiers clients. »

Un quinquagénaire, au centre-ville de Bujumbura, raconte ses querelles avec sa femme, chaque soir, quand il rentre. Il vit toujours la même chanson : « Amakara yaheze » (le charbon est fini) jusqu’à ce qu’il aille, un jour, lui-même s’enquérir de la situation auprès des vendeurs de charbon. Cela a été un coup de foudre. Un sac qui s’achetait à 80 000 BIF est maintenant à 200 000. « Vieux, si tu veux acheter, achète maintenant parce que, demain, la situation peut avoir changé », lui conseille plutôt le vendeur. Tout au début, ce fonctionnaire pensait qu’il s’agissait d’un coup préparé par sa femme pour lui soutirer de l’argent.

Il en est de même dans d’autres coins du pays. Dans la ville de Rumonge par exemple, en l’espace de deux semaines seulement, dans la ville de Rumonge, le prix d’un sac de charbon de bois est passé de 70 000 FBu à 95 000. Les raisons avancées par les vendeurs sont notamment les fortes pluies qui s’observent à travers le pays. Ce qui fait que les camions ont de la peine à atteindre les localités où le charbon se fabrique. Les pistes glissent en effet beaucoup. Les commerçants de Rumonge s’approvisionnent à Matana et Bururi.

Ils évoquent également la non disponibilité de personnes qui travaillent dans la fabrication du charbon de bois ces mois-ci car, elles sont plus occupées par les activités champêtres.

Certains consommateurs indiquent qu’avant, de grandes quantités de charbon de bois provenaient des localités du Sud Kivu et ce charbon où sévit la guerre pour le moment.

Un chauffeur de camion explique lui aussi cette cherté par un approvisionnement très compliqué à cause des pluies et de mauvaises routes ainsi que le manque de carburants pour le transport.

La situation risque de s’aggraver

Delphin Kaze, environnementaliste, fait savoir que l’accélération de la hausse des prix du charbon de bois est d’abord liée à la rareté du bois suite à une forte consommation. En effet, la majorité de Burundais utilisent ce combustible dans les ménages. Ce qui crée une forte demande selon cet expert.

Delphin Kaze : « L’utilisation accélérée du charbon de bois produit un impact sur l’environnement »
Il explique qu’il y a aussi des soucis liés à la croissance démographique et à la croissance des villes. « De plus, beaucoup de gens ont fait des transitions et ont commencé à utiliser le charbon de bois, qui, par conséquent, accélère encore la demande. »

Il ajoute qu’il y a également l’accélération de la déforestation avec beaucoup de coupes de bois. Ce qui intensifie la pression sur l’arbre.

Cet environnementaliste souligne que si ça continue à ce rythme, dans un futur proche, il y aura une pénurie remarquable du charbon de bois et même du bois de chauffage.

Obède Ntineshwa, responsable de l’Office burundais pour la protection de l’environnement (OBPE) dans la province de Burunga souligne lui aussi qu’il s’observe une destruction accélérée des boisements privés dans cette province pour des fins commerciaux. Des commerçants inondent les collines pour acheter des arbres afin de fabriquer du charbon essentiellement mais aussi des planches ou avoir des perches nécessaires à la construction des maisons.

Ce responsible déplore que souvent, les boisements détruits ne sont pas remplacés en plantant d’autres arbres. Ce qui constitue un danger pour la protection de l’environnement.

Trouver d’autres alternatives

M. Kaze fait remarquer que l’utilisation prolongée du charbon de bois produit un impact négatif sur l’environnement, en particulier en raison de la déforestation accélérée. Pour lui, cela peut entraîner de nombreux effets négatifs liés au changement climatique. Il estime que dans un pays comme le Burundi où subsistent des fragilités en matière de développement économique, les capacités de résilience restent limitées. Le risque associé au changement climatique est particulièrement élevé.

M. Kaze trouve que les Burundais devraient commencer à se tourner vers des alternatives comme l’utilisation des briquettes écologiques produites à base de déchets ou de résidus agricoles, le gaz et d’autres procédés comme les cuisinières électriques. Ce qui est l’approche préconisée par Obède Ntineshwa, OBPE Burunga.

Il fait savoir qu’actuellement, il existe aussi des appareils à base de l’énergie solaire. Par ailleurs, il précise qu’il y a beaucoup d’innovations pour rendre disponibles ces matériels et ces solutions alternatives.

Toujours une impasse

Le quinquagénaire cité ci-haut souligne que la réalité l’a amené à penser à une autre option : la cuisson au gaz. Il la trouve malheureusement aussi « trop chère » par rapport à ses moyens. Dans un langage imagé, il souligne que pour se permettre cette alternative, « il faut s’organiser comme on s’organise pour trouver une avance pour louer une maison. »

Il fait observer en effet qu’il faut, dans un premier temps, avoir une bombonne à gaz. Les bombonnes sont de 6, 12 ou 20 kg. Il précise que celle de 6 kg coûte 281 000 BIF, celle de 12 kg 382 000 BIF et celle de 20 kg 600 000 BIF. A ces tarifs s’ajoutent les accessoires qui vont jusqu’à 350 000 BIF ainsi que leur installation à 50 000 BIF. Des sommes que ce quinquagénaire estime colossales.

Il fait savoir que toutes ces démarches ne peuvent pas être à la portée de beaucoup de Burundais.
Dans la ville de Rumonge, certains consommateurs de charbon se rabattent aujourd’hui sur le bois de chauffage. Et un petit fagot s’achète à 10 000 FBu. Ce qui est devenu un business florissant pour beaucoup de femmes qui ramassent du bois mort pour le vendre et reste cher.

Une ONG locale, Conseil pour l’éducation (Coped) y est en train d’expérimenter un projet de production de gaz sur les collines Cabara, Cunda et Mwange. Cela pourra constituer une autre source d’énergie alternative. La grande question qui reste est celle de savoir si le coût sera à la portée de beaucoup de gens.

L’autre alternative est la tourbe produite par l’usine de production de la tourbe, Onatour. Selon Juvénal Kantore, directeur technique, l’usine peut produire des briquettes carbonisées qui sont entre 12 et 15 t par jour si son extension a lieu.

Il fait malheureusement observer que l’usine rencontre aussi des défis liés au manque de devises pour l’importation des matières nécessaires pour le mélange dans la production, les coupures intempestives du courant électrique et les pièces de rechange des machines.

Il estime que la tourbe produite dans ces conditions ne peut en aucun cas couvrir les demandes que couvre le charbon de bois.

Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu

Merci de prendre connaissances de nos règles d'usage avant de publier un commentaire.

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, diffamatoires ou injurieux, appelant à des divisions ethniques ou régionalistes, divulguant des informations relatives à la vie privée d’une personne, utilisant des œuvres protégées par les droits d’auteur (textes, photos, vidéos…) sans mentionner la source.

Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire susceptible de contrevenir à la présente charte, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois, promotionnel ou grossier. Par ailleurs, tout commentaire écrit en lettres capitales sera supprimé d’office.

Ajouter un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A nos chers lecteurs

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, mais une information rigoureuse, vérifiée et de qualité n'est pas gratuite. Nous avons besoin de votre soutien pour continuer à vous proposer un journalisme ouvert, pluraliste et indépendant.

Chaque contribution, grande ou petite, permet de nous assurer notre avenir à long terme.

Soutenez Iwacu à partir de seulement 1 euro ou 1 dollar, cela ne prend qu'une minute. Vous pouvez aussi devenir membre du Club des amis d'Iwacu, ce qui vous ouvre un accès illimité à toutes nos archives ainsi qu'à notre magazine dès sa parution au Burundi.

Editorial de la semaine

Rituels creux à Kayanza, parole utile à Musaga : le pouvoir des mots justes

Deux séquences de la semaine écoulée, apparemment sans lien, éclairent pourtant une même réalité : la parole publique n’est pas un simple accompagnement de l’action politique. Elle en constitue une part essentielle. Lorsqu’elle éclaire rapidement l’incertitude, elle rétablit l’ordre et (…)

Online Users

Total 2 052 users online