Société

Les fertilisants se font attendre

17/02/2019 Arnaud Giriteka Commentaires fermés sur Les fertilisants se font attendre
Les fertilisants se font attendre
Les cultivatrices labourant leur champ sur la colline Songa.

Les cultivateurs de la province de Gitega n’ont pas encore reçu les engrais. Ils craignent que ce retard ait des incidences sur leurs récoltes. La direction de l’agriculture et de l’élevage (DPAE) tranquillise.

Colline Songa, commune Gitega, il est 7h30 ce mardi 12 février. Blandine Ntibirangeza, cultivatrice, laboure son champ. Sa houe pénètre gracieusement le sol humide. Il a plu la veille. En ce début de la saison culturale, le ciel semble tenir ses promesses. Mais cette quadragénaire est inquiète. «Jusqu’à maintenant, nous n’avons pas encore reçu d’engrais pour semer.»

Pourtant, Mme Ntibirangeza assure qu’elle et ses voisins ont déjà payé les frais pour les fertilisants. Ils attendent toujours la livraison. Ce retard ne leur facilite guère le travail. Normalement, le mois de février est consacré aux semailles. « Les graines devraient être dans le sol début février. Le risque est que les haricots plantés risquent d’être emportés par la pluie d’avril », fait-elle remarquer.

Les agriculteurs se lamentent qu’ils ne sont pas à leur première déconvenue. Le même problème s’est observé durant la saison culturale précédente. Aujourd’hui, certains se débrouillent comme ils peuvent. Ils essaient de s’approvisionner clandestinement sur le marché noir. Mais il y’a des répercussions sur les prix. Le kilo s’y achète à 2.000 BIF, alors que dans le circuit normal, il est de 1400 BIF.

D’après ces cultivateurs, vendre les engrais dans les boutiques est illicite, voire même répréhensible. Seule l’administration a cette prérogative. Généralement, les fertilisants sont acheminés vers les communes et celles-ci les conduisent vers les zones. Ce sont ces dernières qui se chargent de la distribution dans les différentes collines de recensement.

«Qu’on arrête de nous donner de faux rendez-vous. Nous demandons aux autorités compétentes de faire tout le possible pour que nous soyons servis dès la semaine prochaine », lance Josiane Kanyamuneza, une autre cultivatrice de la colline Songa. Elle indique que même les cultivateurs encadrés par Tubura, une ONG américaine œuvrant dans le secteur agricole, se trouvent dans la même situation. Selon elle, cette organisation n’a pas le droit de distribuer les fertilisants avant les administratifs. Bien que, selon Kanyamuneza, Tubura en dispose dans ses stocks.

Les tickets à l’origine de ce retard

David Bizimana, chargé des relations locales dans cette ONG, clarifie la situation. Leur fournisseur ne leur a pas encore livré les stocks des engrais chimiques. « C’est le programme national de subventions des engrais chimiques qui a l’exclusivité de fournir tous les engrais chimiques nécessaires dans tout le pays. Nous attendons donc leur livraison ».

Denis Nibigira : « Les fertilisants seront distribués dès lundi 18 février.»

Denis Nibigira, chef de la production agricole dans la DPAE Gitega, reconnaît que la distribution des engrais chimiques a pris du retard.

Néanmoins, il se veut rassurant car les fertilisants seront distribués dès lundi 18 février. Nous avons de l’engrais dans nos stocks, explique-t-il, nous nous sommes heurtés à un problème de ticket. Un ticket (communément appelé voucher) est une preuve qu’un cultivateur a fait une commande de fertilisants. Pour cette saison culturale, M. Nibigira affirme que le nombre des demandeurs de tickets était insuffisant, signifiant ainsi que peu d’agriculteurs avaient payé les frais d’avance pour les engrais à la poste.

Ce responsable provincial dit comprendre les inquiétudes des agriculteurs craignant pour leurs récoltes. « Il est vrai que les cultures comme le haricot ne germent pas s’ils sont semés tardivement. Tant que le mois de mars n’est pas encore écoulé, il n’y a pas à s’en faire.» Du reste, il estime que les semences certifiées sont disponibles et la direction provinciale de l’élevage et de l’agriculture est prête pour cette saison culturale.

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Quid de la saison culturale précédente ?

Pour Gérard Nibigira, la dernière saison culturale a été bonne. Toutefois, il fait remarquer qu’il est difficile de s’en rendre compte sur le marché. « Les récoltes de la précédente sont souvent réutilisées pour la suivante ».Il relève que le maïs a été attaqué par la chenille légionnaire, mais cette bestiole a été rapidement maîtrisée. Du côté des agriculteurs, les avis sont partagés. Pour Josiane Kanyamuneza, elle a eu une récolte plus ou moins satisfaisante. Elle pense que si elle n’avait pas eu le problème d’engrais, sa moisson aurait été meilleure. Nicolas Cishahayo, cultivateur de la colline Mugutu, quant à lui, exulte. « J’ai 58 ans et c’est la première fois que j’ai récolté de grandes quantités de haricots sur ma petite propriété ».Ce quinquagénaire le doit en grande partie à l’encadrement de Tubura. Cette ONG américaine opère dans le secteur agricole et aide les agriculteurs ayant de petites superficies de terre à augmenter leurs récoltes. 200 agriculteurs sont encadrés sur la même colline par cette ONG.

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