Jeudi 01 décembre 2022

Économie

Le charbon manque, les usagers remontés

Le charbon manque, les usagers remontés
Sur ce point de vente de Bwiza, ce vendeur affirme que le charbon est devenu très rare, ces derniers mois.

A Bujumbura, le charbon de bois se raréfie de plus en plus. Certains points de vente sont vides. Là où ce combustible existe encore, les prix ont explosé. Ce qui donne du fil à retordre aux ménages qui l’utilisent majoritairement pour cuire. Reportage.

Zone Bwiza, 4ème avenue, commune Mukaza. Moins de dix sacs de charbon de bois restent sur un point de vente. Innocent Kabura, un vendeur, essaie de les gérer rationnellement pour ne pas épuiser rapidement son stock. « C’est difficile. Je n’ai reçu que sept sacs alors que les demandeurs sont nombreux », raconte-t-il. Et le prix a été revu à la hausse. « Pour un sac qui était vendu à 40 mille BIF, il se vend aujourd’hui à 60 mille BIF ou 65 mille BIF. »

Interrogée, sa patronne indique que son commerce ne marche plus : « La situation nous dépasse. Le charbon n’est plus disponible. Les grossistes nous disent qu’ils ont des difficultés de trouver du charbon dans le pays. Ils reviennent souvent avec des camions à moitié remplis. »

Cette mère indique qu’elle avait fait une commande de 40 sacs, mais elle n’en a reçu que dix. Pour être à même de payer son vendeur et le propriétaire de la parcelle où est installé son stand, un demi-sac est désormais vendu à 35 mille BIF. « Une hausse de 10 mille BIF en l’espace d’un mois». Elle n’a pas espoir d’être servi de nouveau : « Récemment, j’ai passé presque deux semaines sans aucun sac. »

La situation est identique à la 1ère avenue dans la zone Bwiza. Sur ce stand, il n’y a qu’une vingtaine de sacs. « Et je pense que les gens vont rafler ces quelques sacs qui restent ici. Car la demande est très forte alors que nous n’avons pas de produits suffisants », assure le détaillant.

Un calvaire pour les ménages

Dans les familles, la situation est compliquée. « Aujourd’hui, nous avons pris la décision de faire la cuisson une seule fois par jour. Il me serait très difficile d’avoir 7 mille BIF pour le charbon de bois seulement », souligne Thomas, un père de famille de Nyakabiga. D’habitude, il utilisait 3500 BIF pour l’achat de ce combustible. Ce père de quatre enfants est dépassé : « En tout cas, si la situation perdure, je ne vois pas comment je vais continuer à subvenir aux besoins de ma famille. Pire, les prix montent, et le salaire reste le même. »

Inès Sinzinkayo, de Kanyosha, au sud de Bujumbura, se lamente aussi : « Le charbon de bois est devenu une denrée rare et chère. Aujourd’hui, pour une journée, je dois dépenser 5 mille BIF alors qu’avant, j’utilisais 2 mille BIF. » Cette mère de famille ajoute que, pour en avoir, il faut faire la queue pendant des heures.

La pénurie du carburant est une des causes de ce manque du charbon de bois à Bujumbura

Idem au nord de Bujumbura. Les prix sont passés du simple au double. « Avant, on pouvait avoir du charbon à 500BIF, ne fût-ce que pour cuire le haricot, mais maintenant cela revient à 1000BIF », se lamente Candide, une mère rencontrée à la 6e avenue au quartier Mirango I à la jonction avec la RN1. Comme au sud ou au centre de Bujumbura, le charbon se raréfie de plus en plus. « Avant, on était beaucoup approvisionné par des vélos. Mais, aujourd’hui, ils ne viennent plus », se lamente un vendeur qui confie qu’il ne lui reste que quelques sacs : « Je dois gérer de façon que mon stock ne s’épuise pas avant qu’on approvisionne de nouveau.»

Pour avoir un peu de sacs, ce jeune homme indique qu’ils ont recours aux camions transportant les briques de Kayanza ou de Bukeye. « On leur demande de mettre de côté deux ou trois sacs. Et on les paie».
Beaucoup de sources affirment que les prix montent du jour au lendemain : « Un sac moyen qui coûtait 28 mille BIF est aujourd’hui à 35 mille BIF. Le grand sac qui coûtait entre 40 et 45mille BIF s’achète aujourd’hui entre 60 et 70 mille BIF »
Pour ceux qui traversent la RN1, ils doivent y ajouter les frais de transport à hauteur de 2 ou 3 mille BIF par sac et selon la distance.

Dans le quartier Taba et Gisandema, zone Gihosha, commune Ntahangwa, un sac de charbon coûte entre 55 mille et 60 mille BIF alors qu’auparavant, il coûtait, au plus, 45 mille BIF.

Manque de carburant et taxes à la pelle

Les grossistes qui approvisionnent Bujumbura en charbon, eux aussi, ne savent pas à quel saint se vouer. Leur business n’est plus rentable. « C’est vraiment très difficile, ces derniers mois », raconte Mélance, un d’entre eux. Joint par téléphone, il indique que leur travail est perturbé. Et il assure que le manque de carburant en est la première cause : « Tu peux passer trois jours sur une station-service sans être servi. Pour ne pas arrêter le travail, tu es obligé de t’approvisionner en carburant chez les vendeurs ambulants. Pour avoir un bidon de 20 litres, tu débourses entre 80 mille et 100 mille BIF.»

Mélance fait savoir que cela entraîne une augmentation de plus de 1500 BIF sur un litre : « Pour avoir un litre, on payait 2350 BIF. Aujourd’hui, quand on s’approvisionne sur le marché noir, on doit débourser entre 4 mille BIF ou 4500 BIF. Ainsi, un camion qui faisait six tours par semaine ne fait plus qu’un ou deux tours. »

Ce grossiste évoque aussi la mesure d’interdiction des vélos en mairie de Bujumbura : « Beaucoup de ménages des zones périphériques comme Kamenge, Kinama, Kanyosha, Musaga… étaient approvisionnés en charbon par des vélos en provenance de la province Bujumbura. »
Il signale aussi que durant les mois de fortes précipitations, certains coins deviennent inaccessibles : « Les routes deviennent impraticables pour les camions. Et là, difficile de s’y aventurer pour charger le charbon. »

Ce dernier soutient que les grossistes en charbon paient aussi beaucoup de taxes : « Avant le mois d’août 2021, la taxe communale par sac était entre 200 et 300 BIF. Mais, aujourd’hui, c’est 1000BIF. Nous devons aussi payer l’OBR à hauteur de 1200 BIF par sac alors qu’à cette date, on payait 400BIF. A cela, il faut ajouter la taxe municipale de 400BIF par sac. »
Et ce n’est pas tout comme dépenses. « Avant, on louait un camion de type Fuso à 400 mille BIF. Actuellement, c’est entre 550 mille et 700 mille BIF». Selon lui, tous ces différents facteurs font que le prix du charbon explose.

L’Abuco s’inquiète aussi

Pierre Nduwayo : « Nous demandons à l’Etat de revoir à la baisse les différentes taxes. »

Pour l’association burundaise des consommateurs (Abuco), il faut voir comment faciliter le travail aux grossistes de charbon de bois. Pierre Nduwayo, son porte-parole, demande à l’Etat de revoir à la baisse les différentes taxes : « Il faut aussi rendre disponible le carburant afin que ces grossistes trouvent ce produit facilement. » M.Nduwayo trouve aussi important de trouver une alternative au charbon de bois pour cuire. « Cela permettra aussi de protéger nos forêts», conclut-il.

Forum des lecteurs d'Iwacu

11 réactions
  1. Komera

    « …Pour l’association burundaise des consommateurs (Abuco), il faut voir comment faciliter le travail aux grossistes de charbon de bois. Pierre Nduwayo, son porte-parole, demande à l’Etat de revoir à la baisse les différentes taxes : « Il faut aussi rendre disponible le carburant afin que ces grossistes trouvent ce produit facilement. .. »
    Chers compatriotes, faisons nous mêmes des propositions concrètent lorsque nous évoquons un problème. Si vous même vous n’envisagez pas une solution à un problème posé !! Les gouvernants sont issus de notre société : serions-nous toujours dans le constat ? Dépassons ce stade et soyons des éléments de propositions.

    • Stan Siyomana

      @Komera
      Il doit y avoir des exemples qui montrent entre autres comment utiliser l’énergie solaire dans la cuisson de la nourriture (à l’intérieur comme à l’extérieur de la maison).

      • Stan Siyomana

        Professeur Jacques Nkengurutse, umwigisha wa kaminuza kandi akaba umuhinga mu bidukikije yayaze na Radiyo Isanganiro (Amakuru yo kuwa 15 Ndamukiza 2022) avuga ko hariho imbabura vyanditswe ko zifasha kuziganya 30% y’amakara na 50% y’inkwi.

  2. Mbariza

    Ne pas se fâcher avec les pays voisins, peut-être le gaz produit dans un des lacs de la région pourrait répondre à une partie des besoins ?

    • Stan Siyomana

      @Mbariza
      Je crois que le voisin utilise la grande partie de son gaz naturel pour la production d’électricité.
      « D’un côté, le méthane est envoyé via un pipeline dans une deuxième installation située sur la rive, où il est transformé en électricité. Le CO2 est quant à lui réinjecté dans le lac, à une profondeur calculée pour ne pas risquer de le déstabiliser…
      KivuWatt, avec ses 26 mégawatts (MW) inaugurés en 2015, totalise 30% de l’énergie consommée annuellement dans le pays, selon ses chiffres… »
      https://www.la-croix.com/Au-Rwanda-KivuWatt-transforme-gaz-lac-tueur-electricite-2022-01-20-1301195830

    • Uwakera

      Pourquoi chercher chez les voisins ce que nous avons chez nous? Il faut plutôt exploiter les immenses réserves de gaz présentes dans notre Lac (il y en a au moins pour 100 ans d’exploitation, selon des recherches fiables!). Ensuite, interdire tout simplement l’usage du charbon de bois dans la cuisson pour sauver le peu qui reste à sauver avant que le pays ne devienne un désert. A court terme, subventionner et plafonner le prix de vente des cuisinières à gaz importées, et à moyen et long terme, subventionner toute entreprise locale qui se lancerait dans la production de cuisinières à gaz pour se défaire de l’importation de ces dernières. Voici mes propositions de solution.

      • Stan Siyomana

        @Uwakera
        Comme le Burundi ne peut pas facilement lever des fonds sur le marché international et que souvent il doit dépendre des institutions de Bretton Woods (Banque mondiale et Fonds monétaire international-FMI), il faudrait tenir compte de cette annonce de la Banque mondiale.
        « Il fallait montrer l’exemple, en tant que co-organisatrice du One Planet Summit avec l’Elysée et les Nations unies : la Banque mondiale a annoncé mardi qu’elle ne financerait plus de projets dans l’exploration et la production de gaz et de pétrole après 2019…
        La Banque mondiale précise qu’elle envisagera exceptionnellement le financement d’activités en amont du secteur gazier dans les pays les plus pauvres « lorsqu’il favorise indéniablement l’accès à l’énergie des pauvres et lorsque le projet est conforme aux engagements du pays au titre de l’Accord de Paris ». L’institution affirme être en bonne voie d’atteindre son objectif de 28% de prêts consacrés à l’action climatique d’ici à 2020… »
        https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/la-banque-mondiale-ne-financera-plus-le-gaz-et-le-petrole-761440.html

        • Uwakera

          Stan Siyomana, la remarque que vous donnez est pertinente tant que nous comptons sur les institutions de Bretton Woods dans nos projets de développements.

          Néanamoins, il existe une parade que le Burundi devrait appliquer d’ailleurs dans tous les projets d’exploitation minière, pétrolifère ou gazière: procéder à une vente aux enchères au lieu de négocier avec X entreprise tirée je ne sais par quel moyen. Comme ça, ces mastodontes miniers qui connaissent par ailleurs plus exactement le contenu de nos mines/gisememts, vont se battre « live » sur les prix. Comme ça, c’est eux qui vont contacter les financiers, pas nous! Et nous en sortirions gagnants. Sinon, continuer à s’imaginer des partenariats baptisés à tort gagnant-gagnant dans ce monde capitaliste où l’intérêt l’emporte meme sur les vies humaines, n’est qu’une illusion.

          • Stan Siyomana

            @Uwakera
            Même si l’on procède aux ventes aux enchères, pour ce qui est du pétrole ou du gaz naturel au fond de notre cher Tanganyika, ces ressources rentreraient dans la catégorie de « offshore profond » que les compagnies pétrolières essaient d’éviter dans la mesure du possible (vu les défis technologiques par exemple).
            https://www.youtube.com/watch?v=WTQ-HqKAoVI

          • Stan Siyomana

            @Uwakera
            1. Vous écrivez: » Comme ça, ces mastodontes miniers qui connaissent par ailleurs plus exactement le contenu de nos mines/gisememts, vont se battre « live » sur les prix… »
            Normalement, nos géologues burundais qui ont accès aux rapports des travaux d’exploration déjà effectués devraient être capables de montrer ce contenu.
            «  GUIDELINES FOR CLASSIFICATION OF MINERAL RESOURCES
            1. All naturally occurring metals, nonmetals, and fossil fuels in sufficient concentration can be
            classified in one or more of the categories.
            2. Where the term reserves is used alone, without a modifying adjective such as indicated,
            marginal, or inferred, it is to be considered synonymous with the demonstrated-economic
            category, as shown in figure 1.
            3. Definitions of resource categories can be modified for a particular commodity in order to conform with accepted usage involving special geological and engineering characteristics…. »
            https://pubs.usgs.gov/circ/1980/0831/report.pdf

          • Stan Siyomana

            @Uwakera
            La traduction anglaise de mon mémoire de fin d’études à l’Université de l’Amitié des Peuples (Patrice Lumumba) à Moscou en 1977 est:
            « Geology of Kholst lead-zinc deposit (Sadon region) and detailed exploration of lower horizons of vein « Verchnaya ».

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