La fermeture de la frontière Gatumba–Kavimvira a provoqué une véritable onde de choc au sein des communautés des environs. Pour les habitants de la zone Gatumba, dont la survie dépendait du petit commerce transfrontalier, cette fermeture a entraîné une détresse économique immédiate et profonde. L’Afrabu promet un appui.
Vers 11 h, la zone de Gatumba, dans la commune Ntahangwa, offre un visage inhabituellement calme. Depuis la fermeture de la frontière Gatumba-Kavimvira intervenue le 12 décembre 2025, la route, qui était encombrée de passants, de Probox des agences et de motos, semble presque abandonnée. Seuls les bus Coaster et Hiace y passent. Les va-et-vient qui animaient autrefois le centre de Gatumba n’existent plus.
Assis devant leurs boutiques, les grossistes luttent contre le sommeil. Les chaises servent davantage au repos qu’à l’accueil des clients. Le silence est parfois rompu par quelques échanges entre commerçants, tous témoins d’un ralentissement qui pèse sur leurs activités quotidiennes.
Pour les commerçants, la situation est largement liée à la fermeture de la frontière. « Nos principaux clients étaient des Congolais. Avec la fermeture de la frontière, le commerce devient difficile. », explique Claude Hakizimana, grossiste au centre de Gatumba.
Selon lui, les marchandises ne s’écoulent plus comme avant. Ce qui met en difficulté de nombreux vendeurs. « Certains ont même fermé leurs portes comme mon ami d’à côté qui vendait de l’eau minérale », ajoute-t-il, le regard empreint de découragement.
Non loin de là, les motards qui assuraient le transport des passagers vers la frontière Gatumba–Kavimvira restent assis près de leurs motos, dans l’attente d’un client providentiel. « Nous n’avons pas de clients. Les habitants de cette zone ne prennent pas souvent la moto. Ils préfèrent les vélos qui coûtent moins cher », se désole l’un des motards.
Les bouchers du marché de Gatumba sont également touchés par la fermeture de la frontière avec, selon eux, une baisse de 75% de leurs activités. Le prénommé Mussa, un des bouchers de la localité, témoigne qu’il a diminué le nombre de kilogrammes dont il s’approvisionnait à l’abattoir.
« Avant, je pouvais même amener toute une vache car, il y avait des Congolais pour l’achat. Dans une seule agence, il pouvait y avoir trois ou quatre clients, et tout le monde achetait plus de 5 kg, voire 10 kg chacun. Cela ne dépendait ni des jours de la semaine ni du week-end. Mais, aujourd’hui, vendre même 10 kg par jour est devenu très difficile. »
Le commerce transfrontalier paralysé
Certains habitants, plus particulièrement certaines femmes de la zone Gatumba, vivaient du commerce transfrontalier. Suivis par le projet « Mupaka shamba letu » (La frontière, notre gagne-pain), ils exerçaient le commerce à Uvira en RDC.
Après la fermeture de la frontière Gatumba-Kavimvira, ces commerçants transfrontaliers broient du noir. Carine Niyonzima est une commerçante depuis plusieurs années, mère de cinq enfants. Elle témoigne avec amertume qu’elle assurait l’essentiel des revenus de son ménage grâce à ses activités à Uvira. « C’est ce métier qui me faisait vivre. Mon mari est motard. Avec la pénurie actuelle des carburants, c’est moi qui le soutenais financièrement grâce à mon commerce. Aujourd’hui, il n’a pas assez de clients. Il est difficile de satisfaire tous les besoins familiaux. »
Elle informe qu’actuellement, la fermeture de la frontière la plonge dans l’incertitude. « Je ne sais pas comment je vais me relever avec cette fermeture. »
Pour le moment, des centaines de familles se retrouvent privées de leur principale source de subsistance. Ce qui accentue la précarité sociale dans une zone déjà fragilisée par les difficultés économiques. Jean-Bosco Ndihokubwayo faisait par exemple le commerce de l’eau minérale à la frontière Gatumba-Kavimvira. Il témoigne qu’avec la fermeture, il est devenu aide-maçon.
« J’avais commencé le commerce de vente d’eau potable. Avec mon petit capital, je rentrais avec un bénéfice minimum variant entre 30 000 et 40 000 BIF. La fermeture de la frontière m’a très touché. Pour le moment, j’ai utilisé mon capital pour satisfaire les besoins familiaux. Maintenant, il ne me reste rien. Je travaille comme aide-maçon pour avoir 10 000 BIF par jour. Je ne peux même pas m’acheter une bière. »
Permettre la poursuite des activités

Selon, Bienvenue Hicuburundi, coordinateur du projet « Mupaka shamba letu » et mentor en commerce transfrontalier au sein de l’Afrabu de nombreuses conséquences ont été enregistrées après la fermeture de la frontière Gatumba–Kavimvira pour les commerçants qui exercent le commerce transfrontalier.
« La fermeture brutale de la frontière a surpris les commerçants. Ils s’attendaient plutôt à une amélioration progressive de la situation. Cela a entraîné l’arrêt des activités génératrices de revenus, la fermeture de petites boutiques frontalières et des pertes liées à des marchandises livrées en RDC sans paiement. Aujourd’hui, ils ne peuvent pas se rendre à Uvira pour se faire rembourser. C’est une situation désolante », a-t-il expliqué.
Le commerce transfrontalier, poursuit-il, exercé par les femmes de la zone Gatumba, revêtait une grande importance, car il contribuait à l’assainissement des relations entre ces femmes et leurs époux. « Les familles se complétaient financièrement. Les femmes qui ont bénéficié du projet Mupaka shamba letu ont vu leurs capacités renforcées en matière de commerce. Ce qui a amélioré leur vie quotidienne. Elles ont aidé leurs maris à satisfaire les besoins familiaux. Elles ont également appris le fonctionnement de la douane et la manière de collaborer avec les agents à la frontière. »
M. Hicuburundi fait savoir qu’avec la fermeture de la frontière, l’Afrabu va continuer à renforcer les structures existantes, notamment les coopératives et les associations d’épargne et de crédit, en recherchant des financements afin d’octroyer de petits crédits aux commerçants transfrontaliers de la zone pour leur permettre de poursuivre leurs activités.
Il explique enfin que, dans la phase 2 du projet Mupaka shamba letu, l’accent sera mis sur l’accompagnement des femmes membres des coopératives et associations afin de les aider à accéder à des marchés plus larges. Le projet intégrera également un appui psychosocial pour faire face aux effets psychologiques liés à la fermeture de la frontière. Des séances de sensibilisation seront organisées pour favoriser l’apaisement et aider les bénéficiaires à se réorienter, en valorisant leurs compétences en marketing, soit sur le marché intérieur soit à travers de nouvelles opportunités commerciales et activités génératrices de revenus.





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