Jeudi 09 avril 2026

International

Kigali et Gitega : Joute verbale sur le dossier Macky Sall

Kigali et Gitega : Joute verbale sur le dossier Macky Sall

Le rejet de la candidature d’ex président sénégalais par l’Union africaine a déclenché un ’’affrontement’’ sur X entre Olivier Nduhungirehe, chef de la diplomatie rwandaise et Willy Nyamitwe, le représentant du Burundi auprès de l’UA, révélant de profondes divergences sur la procédure suivie.Au moment où le ministre rwandais des Affaires étrangères dénonce une crise provoquée par le président en exercice de l’UA, le diplomate burundais défend une démarche conforme au mandat et aux règles de l’organisation.

Le 27 mars 2026, une vingtaine d’États membres de l’Union africaine ont rompu la procédure du silence, empêchant l’adoption du projet soutenant la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général de l’ONU.

Présentée par le Burundi le 2 mars, cette initiative a été contestée par le Sénégal, qui affirme n’y avoir jamais adhéré. Au total, 20 États, dont la Tunisie, l’Afrique du Sud et le Nigeria, s’y sont opposés, invoquant notamment le principe de rotation. Dans une note officielle, la Commission de l’Union africaine a confirmé que le projet de décision n’a pas été adopté.

Dans un tweet de 2 500 caractères largement relayé, le chef de la diplomatie rwandaise n’a pas tardé à réagir : « Ce qui s’est passé aujourd’hui à l’UA nous rappelle brutalement l’importance du leadership. Il est sidérant de constater qu’une organisation continentale entière puisse être ternie ou plongée dans une crise par son propre président, en poste depuis moins de deux mois ».

Il a insisté sur le fait que la décision des vingt États n’était pas dirigée contre un candidat, mais visait plutôt à dénoncer une procédure qu’il juge irrégulière. « Contrairement à ce que j’ai pu lire ici et là dans les médias, la décision prise aujourd’hui par les vingt (20) États membres de l’Union africaine qui ont rompu le silence ne visait pas à rejeter la candidature de qui que ce soit. Elle visait à s’opposer à une procédure viciée initiée par le président du Burundi, Évariste Ndayishimiye, président de l’Union africaine, en violation flagrante de toutes les règles et réglementations régissant les candidatures africaines au sein du système international ».

Poursuivant sa critique, il a dénoncé une tentative d’imposer une décision aux autres chefs d’État africains à travers une procédure accélérée. « En d’autres termes, le président Ndayishimiye, au lieu de convoquer un sommet de l’UA pour le conseiller sur la procédure à suivre, a choisi de n’accorder à ses homologues chefs d’État et de gouvernement de l’UA que 24 heures pour soit approuver, par son silence, une décision […] soit la rejeter en rompant le silence ». Selon ce diplomate, « cet incident servira néanmoins de leçon pour les futures nominations des présidents de l’Union africaine ».

La riposte de Gitega

Le 28 mars, dans un message tout aussi détaillé (tweet de 3700 caractères), Willy Nyamitwe, représentant du Burundi à l’UA a dénoncé le ton et le fond du message venu de Kigali. « La déclaration du ministre des Affaires étrangères du Rwanda est regrettable tant sur le fond que sur la forme, car elle dénature les procédures établies de l’Union africaine et personnalise inutilement ce qui est, en substance, un processus institutionnel de routine ».

Il a défendu le recours à la procédure du silence, rappelant qu’elle est couramment utilisée au sein de l’organisation. « Le recours à la procédure du silence n’est ni nouveau ni irrégulier au sein de l’Union africaine. » Il a également soutenu l’action du chef de l’Etat burundais : « Il est important de rappeler que S.E. le Président Évariste Ndayishimiye, en sa qualité de Président de l’Union africaine, a agi conformément à son mandat et dans le respect des procédures établies ».

Concernant le délai de 24 heures critiqué, il a précisé que : « Le délai de 24 heures critiqué n’a pas été fixé par le président de l’Union. Il résulte d’une décision interne prise au niveau de la présidence du Comité des représentants permanents, malgré les réserves exprimées par le conseiller juridique et le secrétariat ».

Craignant d’éventuelles dérives, ce diplomate burundais a également fait mise en garde : « Toute tentative de présenter cette question de procédure comme une “violation de toutes les règles” ou comme une action qui “ternit” l’image de l’Union africaine est exagérée et risque de nuire à la crédibilité de nos institutions continentales ».

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