Politique

Journée de la femme : les femmes politiques à l’honneur

08/03/2020 Clarisse Shaka Commentaires fermés sur Journée de la femme : les femmes politiques à l’honneur

Elles sont ministres, gouverneures, sénatrices ou représentantes des partis politiques… Qui sont ces femmes qui réussissent à faire le grand écart entre leurs obligations familiales et leurs responsabilités politiques?

Aimée Laurentine Kanyana : carrière de juriste dans le sang

Née dans la commune Ngozi, Aimée Laurentine Kanyana, 45 ans, a été nommée ministre de la Justice, de la protection civique et garde des sceaux en 2015. Licenciée en droit à l’Université du Burundi, elle fera la grande partie de sa carrière dans la justice.

Juge au tribunal de résidence de Musaga, puis Substitut du procureur en mairie de Bujumbura, ensuite conseillère au ministère d’Etat chargé de la bonne gouvernance et conseillère à la Cour suprême. Avant d’être membre du gouvernement, elle était 2e vice gouverneure de la Banque de la République du Burundi (BRB).

Avant de se lancer dans la carrière juridique, Mme Kanyana était enseignante au Lycée Islamique de Ngozi.

Cette mère de quatre enfants affirme qu’elle a l’ambition de changer la mentalité de la femme burundaise. « Je veux qu’elle prenne conscience de sa capacité et son pouvoir de développer le pays. »

Pour elle, le grand défi rencontré par les femmes politiques est qu’elles doivent fournir beaucoup d’efforts pour prouver leurs capacités de faire la politique.

Quand elle est en famille, ce membre du gouvernement enterre son statut de ministre. « Je remplis parfaitement mon devoir de maman et d’épouse en respectant mon mari comme chef de ménage. »

Par Clarisse Shaka


Evelyne Butoyi, la ministre-journaliste

Ministre de la Jeunesse, des Postes et de la Technologie de l’Information, Evelyne Butoyi est née en 1975 dans la commune Mugongomanga, province Bujumbura.

Mme Butoyi a fait le journalisme (2004-2006) dans le journal privé « Tanganyika info » puis au journal public le Renouveau.

Licenciée en Sciences politiques à l’Université du Burundi, elle se lance dans la politique en 2005. Dès lors, elle occupe différents postes au sein du gouvernement : Conseillère du président de la République en matière de presse, information et communication. Puis sénatrice dans la circonscription de sa province natale. Elle sera l’une des parlementaires qui représentait le Burundi au sein du Parlement panafricain qui a son siège à Midland en Afrique du Sud.

Mme Butoyi confie que la politique est le meilleur moyen pour la femme de s’exprimer librement et de pouvoir contribuer au développement de son pays et au changement des mentalités.

D’après elle, pour y arriver, il faut adhérer à un mouvement politique ou une association. « Si tu n’adhères pas à un parti politique ou une association, comment comptes-tu contribuer au développement de ton pays ? ».

Vouloir donner sa contribution en tant que femme au développement de sa patrie, c’est sa motivation à s’engager dans la politique.

Cette mère de quatre enfants confie qu’il est difficile pour une femme de concilier devoirs familiaux et devoirs d’Etat. Au point d’être surnommée « maman, toujours très occupée » par ses enfants. Frustrée de cette absence maternelle, elle dit avoir décidé de profiter de chaque seconde libre pour remplir son devoir de mère.

Cependant, malgré les efforts qu’elle fournit pour gérer sa famille et ses fonctions de ministre, Mme Butoyi confie que les problèmes ne manquent pas : « J’ai dû faire recours à un encadreur pour aider les enfants à faire leurs devoirs.»

A deux mois des échéances électorales de 2020, Evelyne Butoyi encourage les femmes et surtout les jeunes filles à se lancer en politique, en adhérant à n’importe quel parti politique ou une association de leur choix. « Il est temps que les femmes et les filles s’engagent dans la politique». Et pour y arriver, elle précise qu’il faut d’abord qu’elles développent une estime de soi et reconnaissent qu’elles ont des potentialités qui peuvent beaucoup contribuer au développement du pays.

Par Mariette Rigumye


Jocky Chantal Nkurunziza, 2e vice-présidente de l’AN

Née en 1976 dans la province de Gitega, Jocky Chantal Nkurunziza, 2e vice-présidente à l’Assemblée nationale, commence sa carrière professionnelle comme enseignante au lycée Notre Dame de Ruyigi (2003 à 2008). Elle se retrouve à l’ONG Health Net TPO (2009-2010). Elle deviendra ensuite coordinatrice provinciale du centre de développement familial et communautaire (CDFC) de 2012 à 2015.

C’est en 2004 qu’elle se lance dans la politique en rejoignant le parti Cndd-Fdd. Elle deviendra trésorière de la ligue des femmes de ce parti. Depuis 2015 jusqu’en novembre 2016, elle siégeait comme députée élue dans la circonscription de Ruyigi. Elle deviendra 2e vice-présidente de l’Assemblée nationale.

Avant de rejoindre le parti au pouvoir, Jocky Chantal Nkurunziza a évolué au sein du parti unique de l’époque, l’Uprona. La numéro deux de la chambre basse se dit satisfaite de servir la nation.

Par Chimène Manirakiza


Euphrasie Mutezinka : la vaillante du CNL

Elue dans la circonscription de Kirundo, au nord du pays, Euphrasie Mutezinka, 35 ans, est députée de la coalition Amizero y’Abarundi. Mme Mutezinka a embrassé la carrière politique en 2000, alors qu’elle était encore sur le banc de l’école.

Emprisonnée dès son jeune âge à cause de ses convictions politiques, elle n’a pas hésité à rejoindre le maquis comme membre du mouvement Palipe-Hutu FNL. La jeune fille venait d’interrompre ses études secondaires à Kirundo.

Le monopartisme et l’intolérance politique sont les principales causes qui l’ont poussée à entamer la politique.

Quand son mouvement Palipe-Hutu FNL dépose les armes en 2008, Euphrasie Mutezinka a 23 ans. Elle se marie par la suite et de cette union naîtront trois enfants.

Elle reprend le collège et fera l’Ecole paramédicale de Kirundo. Elle s’engage dans le bénévolat à l’hôpital de Kirundo. Elle décroche par après un travail à l’Association burundaise pour le bien-être familial (Abubef) comme infirmière. Mais elle se verra licenciée de ce poste car l’association est apolitique.

Mme Mutezinka se lance dans le commerce des produits importés d’Ouganda sans toutefois lâcher la politique.

En 2010, elle sera persécutée au point de se déplacer dans la province de Kayanza, elle recevait des menaces de mort. Son déplacement n’a pas empêché une tentative d’assassinat en 2011. La militante du parti FNL, dirigé alors par Agathon Rwasa, a passé deux semaines dans un état comatique dans un hôpital à Bujumbura. Heureusement, elle a pu être sauvée mais ces bourreaux ont éliminé « probablement par poison » les deux frères qu’elle avait.

Sa famille et ses amis lui conseillent de mettre un terme à sa carrière politique pour sauver sa peau. « J’étais très déterminée, j’ai fait la sourde oreille. » Cette « vaillante » a été emprisonnée deux fois à Kirundo en 2010 et en 2013.

D’après elle, c’est son courage qui lui a ouvert les portes, elle sera élue députée de sa province Kirundo. Une chance qu’elle a failli rater car, dans les papiers, elle avait été présentée comme un homme. Cette affaire a été tranchée par la Cour constitutionnelle. Elle a commencé à siéger avec un retard de deux mois.

Aujourd’hui membre du parti du CNL d’Agathon Rwasa, Euphrasie Mutezinka est candidate aux élections collinaires, communales et législatives.

Par Dorine Niyungeko


Immaculée Ndabaneze : la sénatrice-économiste

Economiste de formation, Immaculée Ndabaneze embrasse la carrière bancaire pendant 20 ans, dès qu’elle finit ses études universitaires. La crise de 1993, le déclic pour se lancer dans la politique dès 1999. « La crise a éveillé ma conscience. Je me suis sentie interpellée comme Burundaise et mère en voyant la souffrance des orphelins, des veuves, des mutilés et toute la souffrance du peuple burundais », confie cette élue du peuple de la province Bubanza.

Par Clarisse Shaka


Nadine Gacuti, la gouverneure-psychologue

Gouverneure de la province Bujumbura depuis 2015, Nadine Gacuti se bat pour les droits des femmes depuis qu’elle est toute jeune. Entrée dans la politique en 2004, son rêve est d’apporter sa pierre à l’édifice dans le développement du pays. « J’ai rejoint le parti Cndd-Fdd quand les négociations d’Arusha battaient leur plein. Je voulais donner ma contribution au développement du pays et à la promotion des droits de la femme ».

Licenciée en psychologie clinique, Mme Gacuti a aussi travaillé au ministère de la Santé, au département de la lutte contre le sida. Elle évolue au sein du parti au pouvoir jusqu’aujourd’hui.

Représentante du forum des femmes au niveau de sa province, Nadine Gacuti confie que cette plateforme l’a aidée à escalader les échelons jusqu’ à devenir gouverneure de sa province natale.

Les difficultés ne manquent pas, toutefois. D’après elle, les femmes engagées en politique font face à de multiples problèmes, notamment le manque de moyens pour rencontrer autant de membres qu’il faut. De surcroît, certains hommes constituent un obstacle pour leurs femmes qui veulent contribuer au développement du pays.

Cette gouverneure appelle les autres femmes à rejoindre les différents partis politiques et à participer aux élections de 2020. « Nous ne voulons pas être cooptées, nous sommes capables et nous pouvons ».

Par Diane Uwimana


Alice Nzomukunda, la combattante

Née en 1966 dans la capitale de Bujumbura, Alice Nzomukunda est actuellement présidente de l’Alliance démocratique pour le renouveau(ADR).

Sa carrière politique sera marquée par sa nomination à la 2ème vice-présidence de la République en août 2005. Elle démissionnera ensuite en septembre 2006.

En 2007, elle sera élue Première vice-présidente de l’Assemblée nationale. Elle créera par après son propre parti politique ADR grâce auquel elle se présentera comme candidate aux élections de 2010.

En 2015, son parti rejoindra la coalition Cnared réfugiée en Belgique, dont Mme Nzomukunda était trésorière. Mais cette ancienne 2e vice-présidente de la République décide de rentrer au bercail en février 2017 après quatre ans à l’étranger. Mme Nzomukunda dira que le dialogue inter-burundais a été une occasion d’envisager sérieusement son retour au pays.

Par Clarisse Shaka


Rosine Rubuka : l’inspiratrice uproniste

Native de la Province Cankuzo, Rosine Rubuka née en Juillet 1979, est une militante du parti Uprona et présidente de la ligue des femmes de ce parti, l’Union des femmes burundaises (UFB). Licenciée en Economie, elle a adhéré au parti Uprona en 2008, quand il était dirigé par son père, Aloys Rubuka, aujourd’hui chef de cabinet à la Première vice-présidence de la République.

Elle compte se faire élire dans les prochaines élections législatives prévues en mai 2020.

Engagée dans la promotion des droits des femmes, Rosine est connue pour son « sens d’organisation ». Elle représente plusieurs associations féminines d’épargne et d’entraide mutuelle. « Elle nous incite à former des associations d’épargne et d’entraide mutuelle qui nous permettent de conduire de petites activités génératrices de revenus » raconte un membre de l’UFB. Ceux qui la connaissent parlent d’une femme « inspiratrice ».
« Aucune femme ne doit dépendre financièrement de son mari, sinon elle devient un joug pour lui », disait Mme Rubuka à l’endroit de ses camarades de cours à l’université.

Ces anciennes camarades parlent de Rosine Rubuka comme d’une femme « forte et inspiratrice ». Elle faisait du commerce des pagnes importés de la RDC quand elle était étudiante. L’une d’elles indique que les conseils et les principes de Mme Rubuka l’ont aidée à exploiter ses talents. « Je ne savais pas que je disposais des capacités entrepreneuriales».

Diriger et accompagner les associations féminines est sa passion. Elle accompagne les femmes à développer leur estime de soi, à se débrouiller financièrement, selon son ancienne camarade de cours.

Par Lorraine Josiane Manishatse


A celles qui étouffent de chagrin de revoir les leurs, de reprendre leurs micros. Dédicaces à celles qui aujourd’hui portent le vert de la prison car elles se sont engagées à éclairer le peuple. Force sur vous, femmes (Christine et Agnès), ils vous ont privées de votre liberté, mais pas de votre féminité. Ne désespérez pas chères collègues, vos sourires et votre bonne humeur sont le reflet de votre puissance. Ce ne sont que des mots, ils sont à vous et ils proviennent du fond de nos cœurs. Quelle que longue que sera votre nuit, le soleil apparaîtra. Nous n’en doutons pas ! Et ce jour-là, nous bondirons de joie ensemble.

Agnès et Christine, de tout cœur avec vous.

Les femmes d’Iwacu

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