Politique

Kira-Burundi, la coalition qui fait pschitt ?

09/03/2020 Alphonse Yikeze Commentaires fermés sur Kira-Burundi, la coalition qui fait pschitt ?
Kira-Burundi, la coalition qui fait pschitt ?
Domitien Ndayizeye : « Même si j’ai dit que je préparais mon départ, je peux rester 10 ans, 15 ans et même plus. »

Lundi 2 mars, Kira-Burundi a présenté l’ancien président de la République, Domitien Ndayizeye, comme candidat à la présidentielle. Retour sur les péripéties d’une coalition.

« Le candidat devrait avoir la capacité de fédérer les forces de l’opposition, rassembler les Burundais autour des valeurs du changement, avoir une force d’organisation dans le pays. Il faut aussi qu’il ait une expérience politique et managériale. Nous avons délibéré et, enfin, son excellence Domitien Ndayizeye est désigné candidat de la coalition Kira-Burundi en vue de la présidentielle du 20 mai 2020 », a indiqué Aloys Baricako, président de cette coalition, sous les applaudissements.

Pour lui, ce candidat remplit tous les critères exigés et a des chances d’être élu. Aloys Baricako a expliqué, en outre, que le candidat a été désigné par consensus sans élections préalables. « Tous les leaders des partis membres de la coalition étaient en lice et même ceux qui ne sont pas présidents des partis. Il était indispensable de trouver le plus expérimenté ».

Selon lui, Domitien Ndayizeye répondait aux préoccupations sur les modalités de désignation du candidat après le départ du Cdp « pour violations des principes démocratiques ».

Dans une interview exclusive accordée à Iwacu le mois dernier, l’ancien président avait écarté toute idée de candidature. « Je me sens vieux maintenant pour l’exercice du pouvoir et, à mon âge, devrais-je plutôt penser à ma sortie de ce monde », avait-il déclaré avec un éclat de rire.

Un revirement ? Faux, rétorque M. Ndayizeye. « La situation prend une autre tournure vu que la coalition m’a délégué pour la représenter. Même si j’ai dit que je préparais mon départ, je peux rester 10 ans, 15 ans et même plus. Le contexte actuel ne me permet pas de prétendre à une bonne fin compte tenu de la situation qui n’est pas de bon augure. Je pense que la meilleure façon de préparer ce départ, c’est que moi-même je puisse contribuer à faire évoluer les choses ».

Aloys Baricako a fait savoir que d’autres partis souhaitent intégrer leur coalition sans les nommer. Pour en être sûr et les rendre publics, a-t-il dit, il faut qu’ils déposent leurs correspondances au ministère de l’Intérieur conformément aux réglementations en vigueur.

Ranac, parti sans candidat

Réunie en congrès, le 15 février, à Bujumbura sous le thème « Rassembler pour gagner, gouverner pour rassembler », la formation politique s’était dite « prête à toute alliance » sans fournir le nom d’un candidat à la présidentielle.

S’exprimant à cette occasion, l’ancien chef d’Etat, Domitien Ndayizeye, avait soutenu les alliances pour deux raisons. D’une part, il avait estimé qu’il faut galvaniser les forces des partis politiques ayant une même vision. D’autre part, pour l’ancien président du Burundi et président du conseil des sages du parti, les alliances éviteraient les scissions au sein des partis politiques. Au sujet du futur candidat, Domitien Ndayizeye avait fait savoir que « le conseil des sages ne s’est pas encore penché sur la question».

Interrogé sur le choix de son parti de ne pas présenter un candidat, Aloys Baricako avait indiqué que sa formation politique avait décidé de participer aux élections étant en coalition, non pas parce qu’il sous-estimait sa force, mais « pour affronter ensemble avec les autres partis les défis auxquels fait face le Burundi ». Sans manquer d’ajouter que le Ranac va composer avec les partis politiques qui partagent sa vision.
Par ailleurs, le président du Ranac avait fait savoir qu’il attendait la formation d’une coalition pour dévoiler le futur candidat à la présidentielle. « Nous avons voulu élargir les possibilités car d’autres partis peuvent avoir de bons candidats ».

Et Kira-Burundi montra le bout de son nez

Aloys Baricako (à droite) et Anicet Niyonkuru présentant l’insigne de la coalition Kira-Burundi.

La coalition annoncée apparut quelques jours à peine après le congrès tenu par le Ranac. Le 19 février, quatre partis politiques ont annoncé officiellement la formation de la coalition Kira-Burundi. « Conscients que l’union fait la force, plus que tout, partageant les mêmes idéaux, nous avons compris qu’à plusieurs, nous pouvons accomplir beaucoup de choses », avait déclaré Aloys Baricako après la formalisation des procédures d’enregistrement au ministère de l’Intérieur de cette coalition constituée par les partis Ranac, Fedes-Sangira, Pajude et Cdp.

Baricako avait fait savoir que le fait de partager les mêmes idéaux a été le déclic pour la formation de cette coalition. « L’autre chance, c’est que dans leurs projets de société, tous ces partis comprennent que le rassemblement peut aider dans l’exercice du pouvoir ».

En lice pour les élections présidentielles, législatives et communales, il avait aussi indiqué que les listes sont déjà disponibles et appelé quiconque le désirait, particulièrement les indépendants, à faire front avec eux.  « Tout le monde est le bienvenu ».

Interrogé sur le candidat de cette alliance à la présidentielle de mai 2020, il avait expliqué que le moment n’était pas encore venu, précisant que le nom de celui-ci sera « communiqué prochainement ».

Jérémie Ngendakumana, candidat avorté de Kira-Burundi ?

Le 23 février, c’est la surprise. La coalition qui devait présenter son candidat aux présidentielles au terme d’un congrès annonce que la tenue de celui-ci n’aura finalement pas lieu. Plusieurs sources au sein du parti ont révélé à Iwacu que l’absence de Jérémie Ngendakumana, bloqué à Kampala avec ses compagnons, est à l’origine de la non tenue de ce congrès. « C’est regrettable que le gouvernement se montre hostile à la désignation de cet ancien chef du Cndd-Fdd comme candidat à la présidentielle pour le compte de la coalition Kira-Burundi en ne l’autorisant pas à rentrer au pays », s’étaient plaint les sources contactées.

Questionné sur ces révélations, Aloys Baricako, président de cette coalition, s’est montré évasif. N’ayant ni confirmé ni infirmé les informations faisant état de la candidature de Jérémie Ngendakumana au nom de cette coalition, il a préféré déclarer que sa coalition « attend plusieurs partis qui aspirent à rejoindre notre coalition. Nous ne pouvons pas les laisser derrière ». Et d’ajouter que les noms de ces partis seraient communiqués à la presse ultérieurement après dépôt des documents requis au ministère de l’Intérieur.

L’ancien secrétaire général du parti Cndd-Fdd, Jérémie Ngendakumana, avait déclaré dans une interview à Iwacu qu’il rentrait au Burundi pour participer aux élections avant d’être bloqué avec ses compagnons à Kampala. L’ambassade du Burundi en Ouganda avait refusé de leur octroyer des laissez-passer.

Le Cdp claque la porte de Kira-Burundi

Sébastien Ntahongendera (au milieu) : « Le Cdp présente officiellement Anicet Niyonkuru comme candidat à la présidentielle.»

La volte-face du conseil des patriotes (Cdp) s’est produite le 27 février, une semaine après la mise en place de la coalition. « Le Cdp s’insurge contre l’imposition d’un candidat contrairement au principe de désignation convenu qui devrait passer par des élections.  Certains membres de la coalition ont voulu nous imposer le nom d’un candidat », a affirmé Sébastien Ntahongendera, secrétaire général de ce parti à l’issue d’une conférence de presse.

Selon lui, les militants du Cdp ont contesté cette proposition. « Avons-nous ainsi été obligés de prendre nos responsabilités », a-t-il dit avant de dénoncer une « incohérence idéologique » qui caractériserait les partis membres de la coalition Kira-Burundi.

Néanmoins, ce leader politique s’est gardé de dévoiler l’identité de « ce candidat imposé ». Il a fait savoir que son parti avait décidé de prendre part au scrutin en solo : « Le Cdp présente officiellement Anicet Niyonkuru comme candidat à la présidentielle conformément aux clauses du congrès du 2 février.»

Réagissant à cette défection, Aloys Baricako, président de la coalition Kira-Burundi, s’était dit étonné par le départ inopiné du Cdp « sans même présenter un acte officiel de retrait. »

Il a dénoncé une « fuite en avant pour des intérêts inavoués» en prenant le contrepied des accusations faisant état d’une quelconque imposition de candidature : « La convention générale dont le Cdp est signataire est claire sur la question. La désignation d’un candidat se fait par consensus au sein d’un collège des leaders. Une médiation est préconisée en cas de contestation.»


Et l’opposition molle fut

Préférer l’ancien président Domitien Ndayizeye au champion du CNL interroge. Stratégie de rejet de la tendance de fond de bipolarisation de la vie politique burundaise pour jouer les faiseurs de roi au second tour de la présidentielle? Un tel scénario est une vue de l’esprit sous les cieux des régimes hybrides et régimes totalitaires, tant le vainqueur des urnes est toujours plébiscité. Le second tour pour rassembler large autour de sa candidature est une réalité observable dans les pleines démocraties et les démocraties imparfaites.

Tourner les talons au label ‘’opposition véritable’’ prive le Premier vice-président de l’Assemblée nationale de faire le plein des voix de l’opposition. Le président de la République de la deuxième partie de la Transition chassera sur les terres de l’opposition.

Au demeurant, ce choix de la coalition Kira-Burundi crédibilise le scrutin présidentiel. Primo, il participe à cette impression de son ouverture. Secundo, avec un ex-chef d’Etat au franc-parler, issu d’un parti fer de lance de l’opposition, exit le soupçon d’avoir viré de bord pour devenir un candidat-marionnette à la solde du système DD. Encore moins probable une piqûre de rappel d’une candidature ex-nihilo.

Ranac, Fedes-Sangira et Pajude, ses partis animateurs, ne sont pas des formations politiques qui peuvent souffrir la comparaison avec le Cndd-Fdd ou le CNL en termes de représentativité. Et partant leurs forces de frappe financière pour mener à bien la prochaine campagne présidentielle – budgétivore, s’il en est – s’en trouvent amoindries.

Du reste, pas de Mike Bloomberg (9e fortune mondiale, selon le classement Forbes 2019, qui s’est retirée de la course à l’investiture démocrate pour la présidentielle américaine de novembre prochain) parmi leurs rangs, susceptible de signer un chèque en blanc puis de lâcher, dans l’hypothèse d’un résultat inférieur à 5% à la présidentielle – seuil constitutionnel pour restituer la caution présidentielle – cette réplique pleine de superbe : « C’est sans effet ! »

Le choix de la cohérence politique dans le soutien au président du CNL, Agathon Rwasa, épargnerait Kira-Burundi de racler les fonds de tiroir pour une candidature dont l’enjeu se limitera à franchir la barre des 5%. Et partant relèverait de la rationalité économique : un investissement mesuré pour un gain plus que possible. Aligner son propre candidat à la présidentielle ouvre la voie à une opposition molle, nouvelle nuance entre une vive opposition radicale et une fade opposition complaisante sur l’axe politique de l’opposition.

Guibert Mbonimpa

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