Samedi 18 mai 2024

Environnement

Interview exclusive/ Léonidas Nzigiyimpa : « Le tourisme n’est pas suffisamment exploité, mais les opportunités sont immenses »

10/02/2021 Commentaires fermés sur Interview exclusive/ Léonidas Nzigiyimpa : « Le tourisme n’est pas suffisamment exploité, mais les opportunités sont immenses »
Interview exclusive/ Léonidas Nzigiyimpa : « Le tourisme n’est pas suffisamment exploité, mais les opportunités sont immenses »

Etat de lieux des aires protégées, leurs menaces, leurs richesses, le tourisme, etc. Léonidas Nzigiyimpa, de l’organisation Conservation et communautés de changement (3C), fait le point.

Quelle est la situation des aires protégées au Burundi ?

Dans notre pays, nous avons quatorze aires protégées. Elles sont à la taille du pays. Ces espaces représentent autour de 5,6 % du territoire national.

Est-ce suffisant ?

Pas du tout! Nous sommes loin des recommandations de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et de la Convention sur la biodiversité biologique (CDB).

En quoi consistent-elles ?

La première organisation recommande aux Etats d’avoir au moins 11 % de leur territoire consacré aux aires protégées tandis que la seconde parle d’au moins 17 % réservé à ces espaces-là. Ce qui signifie que nous sommes en arrière par rapport aux normes internationales. Beaucoup d’efforts devraient être consentis pour préserver ces patrimoines. Et il y a encore des espaces à ériger au statut d’aires protégées. Cas des massifs montagneux, une partie du lac Tanganyika, et d’autres zones humides.

Quel est leur état des lieux ?

Certaines aires protégées se portent plus ou moins bien. Exemple du parc national de la Kibira, celui de la Ruvubu et la réserve forestière de Bururi. Ce qui ne signifie pas que les menaces n’existent pas. Mais certaines autres aires protégées sont à la limite de la disparition.

Pourquoi ?

Les causes sont nombreuses. Mais, c’est surtout suite à la pression anthropique. Les Burundais dépendent à plus de 90% directement des ressources naturelles pour leur survie. Recherche du bois de chauffage, agrandissement des propriétés agricoles, récolte des plantes médicinales, cueillette des fruits, du miel, etc.

Les feux de brousse constituent une menace sérieuse pour les aires protégées du Burundi. Ils sont très récurrents au sud du pays notamment dans la réserve naturelle de Vyanda, dans les paysages protégés de Mukungu-Rukambasi mais également dans le parc national de la Ruvubu. Bref, la situation n’est pas rose.

Pas d’installations d’habitations illégales ?

Là, c’est aussi une grande menace. A Vyanda, on dénombre plus de 300 ménages installés là illégalement. A Mukungu-Rukambasi, il y a des dizaines de ménages. Certains y habitent depuis des décennies, d’autres s’y sont installés récemment et de manière irrégulière.

Au niveau des failles de Nyakazu, des ménages aussi dans les paysages protégés de Gisagara à Cankuzo, etc. Dans le parc national de la Rusizi, le secteur palmeraie est carrément en voie de disparition. En plus des cultures installées à l’intérieur, il y a la pression anthropique notamment avec le cimetière de Mpanda.

A mon avis, la disparition de ce parc n’est pas lointaine si des efforts ne sont pas faits pour inverser la tendance.

Quelles sont les conséquences d’une telle situation sur la faune ?

Il y a la destruction des habitats qui sont des abris pour la faune. Ce qui fait que la grande faune n’existe plus au Burundi. D’autres sont en voie d’extinction.

C’est le cas des grands mammifères tels les éléphants, les lions, les girafes, les rhinocéros qui existaient à l’Est du pays, etc. Les buffles qui subsistent dans le parc national de la Ruvubu, les hippopotames dans quelques cours d’eaux (rivières Malagarazi, Ruvubu, Rusizi) dans le lac Tanganyika sont menacés de disparition.

Malgré les défis, ces aires protégées semblent encore riches en faune…

Heureusement oui. La richesse biologique de ces aires protégées, quoi que petites, est impressionnante. Nous avons les grands primates représentés par le chimpanzé au niveau de la Kibira. Au moins dix espèces de primates. Des buffles, des espèces d’antilopes dans le parc national de la Ruvubu.
Il faut noter que les chimpanzés constituent une espèce endémique dans certaines régions d’Afrique. Elle ne se trouve que sur cette partie du monde. Nulle part ailleurs si ce ne sont que des animaux en captivité. Si vous voyez un chimpanzé aux Etats-Unis, en Asie, c’est qu’il est élevé en captivité qui a été ramené d’Afrique. Ces grands primates se trouvent aussi à Bururi et Makamba.

Quid des oiseaux ?

Côté ornithologique, le Burundi a une richesse impressionnante. C’est ce qu’on appelle des ZICO (Zones importantes de conservation des oiseaux). Les parcs nationaux de la Ruvubu, Kibira, la plainte de la Malagarazi, la réserve naturelle de Bururi, Kigwena …, sont des ZICO. D’ailleurs, la réserve forestière de Vyanda constitue un couloir de migration des rapaces. Au niveau du parc de la Rusizi, le secteur delta est un habitat fantastique de grandes colonies des oiseaux migrateurs. Idem pour le lac du nord dénommé Lac aux oiseaux (Rwihinda). Bref, au Burundi, nous avons les hotspots. C’est-à-dire des zones chaudes de conservation de la biodiversité. Elles sont très riches sur le plan biodiversité.

Néanmoins l’écotourisme n’est pas développé. Que faire ?

Il faut investir, sensibiliser et aménager. Qui dit écotourisme dit infrastructures de base. Des postes de réceptions, aménagement des sentiers touristiques, signalisations des sites, etc. Il faut aussi sensibiliser la population pour l’impliquer dans ce genre d’activités. Car, qui dit écotourisme dit aussi une forme de tourisme propre, qui ne détruit pas l’environnement, mais qui implique les communautés et qui leur font profiter des retombées financières générées par cette activité.

A ce niveau, il y a énormément de choses à faire. Il y a moyens de créer la richesse à partir de l’écotourisme. Bref, au Burundi, le tourisme n’est pas suffisamment exploité, mais les opportunités sont immenses.

Votre commentaire sur la situation de ces animaux du Musée vivant de Bujumbura ?

La situation est déplorable. Il y a les chimpanzés dont les habitats ne sont pas commodes. Idem pour les antilopes, les reptiles, etc. Leur situation mérite d’être améliorée. Tous ces animaux n’ont pas suffisamment à manger. Il n’y a pas sur place de vétérinaire spécialisé dans la faune sauvage. Il n’y a pas d’éducation environnementale pour les employés. A mon sens, le Musée vivant a été créé, entre autres, pour promouvoir l’éducation environnementale et sensibiliser le public sur ce qu’il faut faire, etc.

Propos recueillis par Rénovat Ndabashinze

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