Samedi 02 mars 2024

Politique

Enterrement des ossements : Le Parlement désavoue

16/10/2018 Commentaires fermés sur Enterrement des ossements : Le Parlement désavoue
Enterrement des ossements : Le Parlement désavoue
Les parlementaires désapprouvent à l’unanimité la mesure de la CVR.

Les parlementaires jugent prématurée la mesure de la CVR consistant en l’inhumation des restes des victimes.

Une décision prématurée. C’est l’avis des représentants du peuple sur la mesure de la CVR de vouloir enterrer les restes des victimes avant que la lumière ne soit faite sur le passé sombre. Pour Pascal Nyabenda, président de l’Assemblée nationale, cet acte relève de la précipitation. « On ne peut pas parler d’enterrement des restes avec dignité alors que les présumés auteurs des actes macabres ne sont encore ni auditionnés, ni identifiés, ni les victimes connues », complète Gélase Ndabirabe, président de la commission permanente des affaires politiques, administratives, des relations extérieures de l’Assemblée nationale.

Cette dernière avait été chargée d’analyser le contenu du rapport « provisoire » de la Commission Vérité et Réconciliation. Il a été présenté, mercredi 10 octobre 2018, devant les deux chambres du Parlement. Annoncée la semaine dernière par le vice-président de cette institution, ladite mesure n’a pas reçu un accueil enthousiaste. Une certaine opinion estime que cela revient à mettre la charrue avant les bœufs. Sur ce, les parlementaires demandent que la commission revienne sur cette mesure.

Clotilde Niragira, secrétaire générale de la CVR, revient sur les raisons qui ont motivé la mesure «contestée ». Selon elle, la commission a voulu inhumer les restes des victimes déjà déterrés au cours des travaux de développement dans certains coins du pays. « Nous avons pensé que ces restes ne doivent pas demeurer à découvert sans sépulture. Ils méritent une inhumation digne ».

« Conserver les restes pour un mémorial »

Malgré ses tentatives d’explication, Mme Niragira a fini par se ranger à l’avis de la majorité : « Comme vous nous demandez de revenir sur la mesure, nous prenons acte». Le président de l’Assemblée nationale va jusqu’à affirmer qu’enterrer les ossements équivaut à occulter les preuves des massacres au Burundi. « Nous pouvons les conserver dans un mémorial pour que les générations futures sachent qu’il y a eu des massacres dans un tel endroit et qu’ils prennent conscience qu’ils doivent éviter cela ».

Alors que le mandat de la CVR touche à sa fin, les parlementaires remarquent qu’elle est encore à la phase préparatoire dans l’accomplissement de ses missions. Pour Gélase Ndabirabe, il recommande l’amendement de la loi stipulant que le mandat de la CVR est renouvelé pour un an.

La plupart des élus plaident pour un renouvellement du mandat pour quatre ans. « Le plus important n’est pas que cela finisse vite, mais plutôt que cela finisse bien »martèle le député Pierre Célestin Ndikumana.

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Réactions

AMPCI- Girubuntu : « En principe, on doit d’abord chercher la vérité » Pour Aloys Batungwanayo, président de cette association, la condition première est de connaître la vérité. Il estime que l’enterrement des restes va de pair avec l’érection d’un monument. Il se demande ce qu’adviendrait des restes toujours enfouis sous la terre. Quant à l’identification des restes, M. Batungwanayo semble sceptique. « C’est un travail de longue haleine. Voire impossible car parfois des familles ont été décimées ou massacrées dans des endroits dont elles ne sont pas originaires ». Il conseille à la commission de faire une campagne de sensibilisation dans tout le pays. Elle permettra de faire comprendre à la population la complexité entourant l’identification des corps. AC-Génocide : « La CVR a tapé à côté de la plaque » Térence Mushano, vice-président de l’organisation, n’y va pas par quatre chemins : «Cette décision est aux antipodes des attentes de la population.» Pour lui, la CVR doit d’abord terminer ces enquêtes et établir les responsabilités. Avec la décision, poursuit-il, elle tape à côté de la plaque. Il déplore que la Communauté internationale semble ne pas collaborer avec la CVR. En l’absence du soutien international, il s’interrogent sur le sort réservé à la qualification des crimes de droit international comme le génocide et autres crimes contre l’humanité. Acopa : « La CVR ne devrait pas se presser» Isaac Bakanibona, représentant légal de cette association, indique qu’il n’y a pas de vérité sans preuves. Pour lui, les restes des corps des victimes occupent le premier plan. « La commission ne devrait pas se presser d’enterrer les ossements trouvés. Sa priorité est d’enquêter pour savoir l’emplacement d’autres fosses communes éparpillées dans d’autres pays. » Il souhaite que l’inhumation des restes se fasse après l’établissement des responsabilités des auteurs. Et d’ajouter que le moment venu cet événement se ferait le même jour à travers tout le pays.

Editorial de la semaine

Écoute dans le vent… de Buringa… de Vugizo…

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