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Du passé composé au futur simple – Rwagasore tué, les ambitions personnelles s’extériorisent

31/08/2020 Rénovat Ndabashinze Commentaires fermés sur Du passé composé au futur simple – Rwagasore tué, les ambitions personnelles s’extériorisent
Du passé composé au futur simple – Rwagasore tué, les ambitions personnelles s’extériorisent
Vue partielle des participants au débat, au Centre Jeunes de Kamenge.

Le 13 octobre 1961, le Prince Louis Rwagasore est assassiné, à Bujumbura. Le 1er juillet 1962, le Burundi a recouvré son indépendance en l’absence de son héros. De là jusqu’au renversement de la monarchie, des événements tragiques s’abattent sur le Burundi. Quels souvenirs conservent les habitants de Kamenge de cette période? Débat.

Des vies fauchées, des intrigues, des vengeances … ont marqué la période de 1962-1966. « Le Burundi a célébré l’indépendance dans l’amertume et la contradiction étant donné que le premier des nationalistes était mort depuis neuf mois », lit-on dans un rapport de recherche de l’IRSD (Institut de Recherche Scientifique pour le Développement). Citant l’historien Augustin Nsanze, il ajoute qu’au sein du parti Uprona, la modération du Prince Rwagasore fut ensevelie avec lui. Les princes, lauréats d’Astrida ont récupéré le pouvoir et exploité les jeunes Batutsi organisés de la JNR (Jeunesse Nationale Rwagasore). Et ce, pour anéantir toute ambition chez les jeunes Bahutu accusés d’être proches des révolutionnaires du Rwanda en 1959.
A Kamenge, Cyprien Mabano, un retraité, affirme que la période de 1962-1966 a été riche en évènements : « Après la mort de Rwagasore, il y a eu un problème de gestion du parti. Son successeur devait être Paul Mirerekano, un Hutu. Mais cela n’a pas été le cas. » Selon lui, ce dernier faisait partie des fondateurs de l’Uprona. « Malheureusement, les divisions ethniques étaient plus fortes à cette époque. Les extrémistes Batutsi vont refuser catégoriquement que Mirerekano accède à la présidence du parti à cause de son ethnie », précise IRSD. C’est dans ce contexte qu’André Muhirwa a été nommé premier ministre à la place de Paul Mirerekano, malgré ses qualités.

Jean Ndayiragije, un autre retraité de Kamenge, ajoute que le départ de Rwagasore a laissé un vide : « Les responsables du parti Uprona n’ont pas su gérer la situation. Au lieu de marcher dans le sillage du Prince défunt, des ambitions personnelles se sont dévoilées. » Des intellectuels se sont divisés sur base ethnique. Il souligne que la question ethnique auparavant ne posait aucun problème : « Toutes les ethnies étaient représentées à la cour royale, dans les institutions monarchiques.» Cette nouvelle donne entraînera, entre autres, des tueries, des intrigues, déplore Ariane Ningabira, une lauréate de l’Université du Burundi.

Alida Graciella Iteriteka, une participante, observe que l’Uprona n’a pas trouvé un remplaçant du calibre de Rwagasore : « Je pense que beaucoup de ses compagnons avaient d’autres visées.»

Le gouvernement et le Parlement affectés

Selon Cyprien Mabano, la division entre les intellectuels a conduit à la naissance de deux groupes opposés: Casablanca et Monronvia. « Chaque groupe voulait dominer l’autre. Les différences étaient fondées sur l’ethnie.»

Citant l’écrivain Marc Manirakiza, l’ISRD indique que Monrovia représentait les modérés aux penchants pro-occidentaux tandis que Casablanca était identifié aux pays dits progressistes. Au Burundi, ses représentants étaient André Muhirwa, (premier ministre André Muhirwa), Jean Ntiruhwama (ministre de l’Intérieur), Albin Nyamoya (ministre de l’Agriculture) et Zénon Nicayenzi (Secrétaire d’État à l’armée.)

Côté Monronvia, il y avait Thaddée Siryuyumusi (ancien secrétaire du roi et président de l’Assemblée nationale à l’issue des élections du 18 septembre 1961), Pierre Ngendandumwe (ministre des Finances) et Dr Pie Masumbuko (ministre de la Santé publique).

Cet antagonisme a impacté négativement les activités gouvernementales et parlementaires. Casablanca était constitué de Batutsi et quelques Bahutu modérés alors que Monronvia regroupait les Bahutu avec quelques Batutsi.

Suite aux contestations de Casablanca, le gouvernement Pierre Ngendandumwe va durer moins d’une année, selon M.Mabano. « Il sera d’ailleurs assassiné.»
L’autre évènement malheureux est le massacre des syndicalistes à Kamenge. « J’étais à l’école. Je ne connais pas ceux qui les ont tués, mais cela a eu lieu.»

 

Tentative de coup d’Etat, renversement de la monarchie

Politologue Elias Sentamba.

Selon le politologue Elias Sentamba, suite aux divisions, aux conflits entre les groupes Casablanca & Monronvia, le roi Mwambutsa a été confus. Pour débloquer la situation, il a convoqué des élections anticipées le 10 mai 1965. Des élections remportées par le parti Uprona. Mais cela ne va pas normaliser la situation. Il sera contraint de nommer un premier ministre qui sera chef du gouvernement. A cette époque, le politologue indique qu’il y avait un secrétariat à la gendarmerie et un autre à la défense. Le premier était dirigé par le capitaine Antoine Serukwavu, et le second était dans les mains de Michel Micombero. Le capitaine Serukwavu va alors tenter un coup d’Etat contre le roi. « Ses hommes ont tiré sur le roi, sans succès».

Des combats ont eu lieu entre les deux secrétariats. Le camp Micombero sort victorieux. D’après le Pr Sentamba, le vainqueur en a profité pour exécuter tous les Bahutu impliqués, sur simple suspicion. Mwambutsa a fini par fuir le pays.

Le capitaine Micombero va alors proposer au jeune Charles Ndizeye de déposer son père, le 8 juillet 1966. Il devient le roi Ntare V, le 1er septembre 1966, à Muramvya. Le capitaine Michel Micombero est nommé premier ministre. Trois mois plus tard, ce jeune roi est destitué et la République proclamée, le 28 novembre 1966.

D’après ce politologue, l’histoire du Burundi post-indépendant est complexe. Pour comprendre, il faut la situer dans le contexte mondial du moment dominé par les blocs capitaliste et communiste. Selon lui, ce combat idéologique n’a pas épargné le Burundi.

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