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Criminalité dans les ménages : Quand le ‘’sexe faible’’ se rebelle

09/09/2020 Clarisse Shaka Commentaires fermés sur Criminalité dans les ménages : Quand le ‘’sexe faible’’ se rebelle
Criminalité dans les ménages : Quand le ‘’sexe faible’’ se rebelle
Cet homme de la commune Kibago a été brûlé à l’eau bouillante par sa femme.

Des cas de meurtre entre conjoints s’observent, ces derniers jours. Pour la plupart, des victimes masculines. Entre autres causes, le cumul des frustrations, la pauvreté et l’émancipation de la femme, analysent des spécialistes.

259 cas de violences basées sur le genre (VBG) ont été enregistrés par le centre Seruka, de janvier à juin 2020 (chiffres provisoires). 23% des victimes sont des hommes.

Plus de 100 cas de violences domestiques ont été reçus par le Centre de développement familial et communautaire (CDFC) de la province Cibitoke depuis cette année. Dont un cas de meurtre d’un homme par sa femme en août dernier.

Le cas qui a fait le buzz sur les  réseaux sociaux est celui de Bujumbura, quartier Kibenga. Il y a deux semaines, un mari et père est retrouvé mort, pendu, dans sa chambre. Sa femme, principale suspecte, est détenue. D’après une proche de cette famille, ce couple battait de l’aile depuis des années. Il était en instance de divorce. « Le mari disait subir souvent des menaces de mort de la part de sa femme ».

Un bon matin, raconte-t-elle, la femme appelle quelques membres de la famille du défunt leur disant que « Christophe (le défunt) est rentré ivre, il s’est enfermé dans la chambre. Venez voir ce qui se passe».

Elle confie que ce sont les enfants qui ont dénoncé leur mère. Ils avaient remarqué que leur maman avait un « comportement bizarre », le soir du meurtre. « C’est odieux, je n’avais jamais connu un crime pareil entre conjoints », déplore-t-elle, l’air dégoûté.

Le cas le plus récent remonte au vendredi 28 août, dans la province Makamba, commune Kibago. Godelieve Hamenyimana, une jeune femme, tente de tuer son mari, Simon Baribarira, en lui jetant de l’eau bouillante à la figure.

D’après la victime hospitalisée dans un état critique, sa femme l’a trouvé dans la chambre en train de dormir, il était rentré ivre. Elle renverse une marmite remplie d’eau bouillante sur le visage de son mari, sans lui dire aucun mot. La pomme de discorde ? Une affaire d’une petite somme d’argent que le mari a détourné.

La chef collinaire, Virginie Ndayisenga, confirme ces faits. Pour elle, la pauvreté est la principale cause des violences conjugales dans sa localité. « Certaines femmes ne supportent pas les problèmes financiers au point de vouloir éliminer leur conjoint».

Le cumul des blessures…

Clémence Gasana, présidente de l’organisation « Family impact » qui œuvre dans le domaine des relations conjugales, estime que ce comportement criminel des femmes trouve son origine dans  le cumul des blessures que la femme endure durant son mariage : « C’est la vengeance. La femme a longtemps supporté les violences conjugales dont elle est victime. Aujourd’hui, elle se révolte. »

Clémence Gasana : « La femme a longtemps supporté les violences conjugales. Aujourd’hui, elle se révolte. »

L’émancipation de la femme est un autre facteur qui peut expliquer ce caractère criminel, selon cette activiste qui s’intéresse aux questions des relations conjugales, depuis plus de 20 ans. Avec la promotion des droits de la femme et son autonomisation, explique Mme Gasana, la femme a compris qu’elle ne peut plus être un objet que l’on traite comme l’on veut.

D’après elle, la pauvreté et l’amour de l’argent entraînent aussi des violences conjugales jusqu’à vouloir éliminer une personne pour prendre ses biens. Clémence Gasana évoque le cas récent d’un homme qui a tué sa femme à cause d’une somme de 200 mille BIF qu’il voulait lui prendre. « La vie n’a plus de valeur», déplore-t-elle.

Aujourd’hui, les conjoints partagent plus le pire, la pauvreté. Mais le meilleur, la richesse, ils la partagent en dehors du foyer. « Imaginez un peu, vous avez cherché ces richesses ensemble, mais le mari va les gaspiller chez une autre femme. Certaines femmes en deviennent folles et se montrent violentes».

Difficile de contrôler ses émotions…

Quant au psychologue clinicien Gervais Irankunda, il affirme que lorsque les violences perdurent dans le foyer, elles provoquent une frustration et le stress chez les conjoints.

Pour le psychologue Gervais Irankunda, il est difficile pour une femme de gérer ses émotions.

Selon lui, un homme et une femme gèrent différemment ce stress. Les femmes sont plus émotionnelles et ont du mal à contrôler leurs émotions. « Quand une femme est en colère, elle te jette dans la figure tout ce qu’elle trouve sur son chemin. Jusqu’à te tuer sans toutefois l’avoir voulu». Tandis que l’homme a tendance à se réfugier dans les bras d’une autre ou dans l’alcool pour déstresser.

« Au fur et à mesure que ces frustrations durent, l’adrénaline (l’hormone secrétée en cas de stress) se développe abondamment dans le sang et provoque l’envie d’éliminer l’obstacle. Ce sont les blessures accumulées qui explosent », clarifie le psychologue.

L’infidélité est la cause principale des problèmes au sein d’un couple, assure M. Irankunda. Elle est au centre des violences conjugales, aujourd’hui. « Que ce soit les violences physiques, économiques, ou les actes criminels. Surtout avec l’avènement des réseaux sociaux».

Bien que l’adultère et les violences domestiques existent depuis des temps immémoriaux, les relations d’antan étaient solides. « Peut-être parce que ce n’était pas facile de découvrir les infidélités du conjoint, contrairement à aujourd’hui, avec la technologie », nuance ce psychologue.

Pour lui, l’absence de communication est la base de tous les maux dans un couple burundais.

VBG

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