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Covid-19 : Cibitoke se meurt

19/11/2020 Hervé Mugisha Commentaires fermés sur Covid-19 : Cibitoke se meurt
Covid-19 : Cibitoke  se meurt
Les environs de la frontière de Ruhwa ressemblent à un «no man’s land »

La fermeture des frontières a frappé de plein fouet la province. Autant dire qu’avec une population vivant essentiellement du commerce transfrontalier, les conséquences sont énormes. L’administration parle d’un manque à gagner considérable.

D’habitude bruyant, c’est un paysage quasi désertique qui s’offre en approchant la frontière de la Ruhwa. Le vacarme assourdissant des camions et des autres véhicules en sortie de la douane cède petit à petit la place aux gazouillis des oiseaux. Un no-man’s land croirait un non-averti. Heureusement, dans cette matinée du lundi 9 novembre, nous croisons des gens de retour des travaux champêtres. « Quoi d’autres à faire. Désormais, cultiver pour autrui c’est devenu notre seule source de revenus », confie non sans peine André, tenancier d’une boutique, près de la frontière. A défaut d’avoir mieux, il confie qu’à 1500 BIF la journée, il cultive les champs des particuliers.

Avec la fermeture des frontières suite à la covid-19, leur petit commerce a volé en éclats. Vendeur de divers articles, tels que l’huile de palme, la farine de manioc, il explique que les Congolais constituaient la majorité de leurs clients. « Si la frontière est fermée où peuvent-ils passer ? »

La circulation très dense au cours de la journée, il fait savoir qu’au quotidien il était garanti d’avoir au moins plus de 20 mille BIF. « Et à la maison, j’étais certain que les enfants devaient manger à leur faim ».

Du jour au jour avec la fermeture des frontières, des facilités qui ont disparu. « Une perte sans nom pour nous autres qui vendons des produits maraîchers vers le Rwanda », raconte Anne. Avec un sac d’oranges, elle confie qu’un simple saut de l’autre côté suffisait pour avoir 4000 Frwa. « De là, nous nous approvisionnions en d’autres denrées et vice -versa pour les Rwandais et les Congolais». Actuellement, déplore-t-elle, « un luxe » loin comme le soleil. Même cas de figure pour Elysé, vendeur de bière de banane. Très prisée au Rwanda pour son goût, il a vu son chiffre d’affaires diminué. « En vendant un bidon de bière de banane, j’étais sûr de rentrer avec pas moins de 3000 Frwa ». D’après lui, une somme amplement suffisante pour acheter tout le nécessaire chez lui. Avec la fermeture des frontières, il avoue que c’est de la galère. « Il est devenu difficile d’avoir ne fût-ce que 1/2 kg de haricot, alors qu’il ya quelques mois, nous mangions à notre faim ».

Des conséquences incommensurables…

M. Tubirabe : « Avec la fermeture des frontières, les recettes ont sensiblement diminué »

Dans nombre de familles, révèle-t-il, outre la faim sévissant dans certains ménages, la malnutrition a déjà frappé à nos portes. Et de confier que leurs enfants souffrent dans le silence des Dieux. Et depuis mars, selon lui, le nombre d’abandons scolaires va crescendo. Rien que dans la localité de Rukana II, il fait savoir que plus d’une trentaine d’écoliers avait déjà abandonné l’école. «La saignée aurait été importante n’eût été l’appui du gouvernement ». Depuis peu, il indique que les ECOFO des environs bénéficient des cantines scolaires.

Comme corollaire, révèle ce commerçant, certains gens ont préféré s’exiler de l’autre rive de la Rusizi. « Les cas sont nombreux. La nuit, vous êtes ensemble avec quelqu’un et au réveil, vous demandez de ses nouvelles. A ce moment, vous tombez des nues lorsque sa famille vous dit qu’elle ne sait où il est parti. Des jours après, la personne même te téléphone, te disant qu’il est parti trimer en RDC ».

De Rugombo à Buganda en passant par Murwi, les cabaretiers sont les autres victimes de cette fermeture des frontières. Ces derniers déplorent un manque à gagner considérable. Oscillant autour de 300 et 500 mille BIF leurs recettes journalières, depuis mars, Dukundane, cabaretier à Buganda, fait savoir que son chiffre d’affaires a chuté à plus de70%. « Il est désormais difficile d’avoir même 150 mille BIF ». Une situation intenable qui a vu plusieurs de ses collègues mettre la clé sous le paillasson. Au risque de laisser tout tomber, il indique avoir préféré baisser le salaire de ses employés : « C’est le seul choix pour garder le petit peu ».Et de poursuivre : « Actuellement, la grande difficulté concerne le paiement du loyer.»

« La population doit se serrer la ceinture »

Ruben Tubirabe, conseiller socio-économique du gouverneur, soutient qu’avec la fermeture des frontières, les recettes ont sensiblement diminué. Les touristes ne viennent plus. Comme conséquence, ce sont les échanges qui en pâtissent. « Sans la trentaine de voitures des agences congolaises faisant les allers-retours entre le Burundi et la RDC via la frontière de la Ruhwa, ce sont les recettes douanières qui sont au rouge ».

Certains commerçants ont mis la clé sous le paillasson

Selon lui, Rugombo et Buganda sont les deux communes ayant été le plus touchées. A titre illustratif, il explique : « Rien qu’à la frontière de Nyakagandu de la Commune Rugombo, les recettes communales oscillaient autour de 300 et 500 mille BIF par jour. Actuellement, plus rien ».

Un manque à gagner qui s’est répercuté sur les activités de développement de la province. « Certes, elles se poursuivent, mais pas à la même allure ».

Par rapport à l’allégement des taxes, il estime qu’ils ne sont pas encore à ce stade : « Les taxes sont régulées et mises en place par le Parlement. Tant qu’il n’a pas encore décidé de la révision des textes, la population doit se serrer la ceinture ».

Pour rappel, cinq des six communes de la province Cibitoke sont frontalières avec le Rwanda et la RDC.

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

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