Vendredi 03 décembre 2021

Société

Cibitoke : Quand la stabulation permanente inquiète les éleveurs

28/01/2021 Commentaires fermés sur Cibitoke : Quand la stabulation permanente inquiète les éleveurs
Cibitoke : Quand la stabulation permanente inquiète les éleveurs
Béatrice Nyabenda : « C’est un mode d’élevage qui améliore la santé du bétail et qui augmente la production pour les agri-éleveurs.»

Un bras de fer oppose les éleveurs aux autorités administratives. Ces dernières contraignent les éleveurs à pratiquer progressivement la stabulation permanente. Les éleveurs dénoncent des amendes excessives qui leur sont infligées et demandent de surseoir à la mesure.

« Nous éprouvons déjà des difficultés pour trouver des espaces pâturables. Nous nous demandons maintenant comment nous allons trouver où enfermer tout le bétail », se lamentent les éleveurs. Ils ne cachent pas leurs préoccupations quant à l’application de la loi sur la stabulation permanente. Selon eux, avoir des aliments en quantité et en qualité suffisantes pour nourrir ces animaux ainsi que leur logement est un casse-tête.

«La stabulation est possible pour un ménage qui dispose de deux ou trois vaches. Moi j’en ai 25, où vais- je trouver un domaine pour cultiver l’herbe pour mon bétail ?, Où vais-je trouver de l’argent pour acheter la nourriture » s’interroge N.B., un éleveur rencontré sur la colline Gateri, commune Buganda.

Fabien Nsazurwimo possède 50 vaches. Il fait savoir qu’il ne voit pas comment il va les nourrir dans une étable. Il demande à l’administration de surseoir à cette mesure.

L’errance du bétail inquiète

Les éleveurs des communes Rugombo, Murwi, Mugina et Buganda dénoncent les amendes excessives qui leur sont infligées. Ils éprouvent des difficultés quant à la mise en application de la loi sur la stabulation permanente du bétail : « Nous étions habitués à faire paître nos troupeaux dans la plaine de la Rusizi. Mais les autorités administratives nous exigent de mettre fin à l’errance du bétail.»

Récemment, font savoir les éleveurs de la colline Gasenyi, commune Buganda, plus de 500 vaches ont été rassemblées au chef-lieu de la commune Buganda. « Les autorités administratives nous demandent de vendre nos troupeaux afin d’acheter des vaches adaptées à l’élevage moderne ». Ces éleveurs disent qu’ils ne peuvent pas réduire leur cheptel : « Nous ne pouvons pas vendre nos troupeaux, car ce serait courir le risque de recevoir des sommes dérisoires.»

Jean Claude Nzeyimana est un éleveur de chèvres. Il a dû payer une amende de 2000BIF pour chaque chèvre afin de les récupérer.

Même situation en commune Rugombo où plus de 250 vaches ont été rassemblées au chef-lieu de ladite commune. Leurs propriétaires ont payé une amende de 30000BIF pour chaque vache. Une somme qu’ils jugent exorbitante.

De leur côté, les éleveurs des communes Murwi et Mugina disent qu’ils ont suffisamment de pâturages. Ils disent ne pas comprendre cette demande des autorités locales : « On nous intime l’ordre de vendre nos vaches alors qu’elles ne présentent aucun problème.»

La loi doit être respectée bon gré mal gré

Des troupeaux de vaches en train de brouter sur la colline Gateri.

« Certains éleveurs laissent leurs animaux errer dans les exploitations agricoles, ce qui occasionne des conflits entre éleveurs et agriculteurs », déplore un des administratifs à la base en commune Buganda. Selon lui, l’application de la loi permettra aux agriculteurs de pousser un ouf de soulagement. Les agriculteurs demandent à l’administration communale de redoubler d’efforts pour que ces éleveurs vendent leurs vaches et achètent celles qui peuvent être élevées dans les étables. « Cela mettrait fin à ces conflits récurrents », martèlent-ils.

Carême Bizoza se veut catégorique : «C’est incontournable, la loi doit être respectée.» Il met en garde les éleveurs qui font la sourde oreille. Il dit qu’il ne veut plus voir des vaches qui errent dans les routes et sur les collines. « Leurs propriétaires se verront infligés des amendes ».

Un mode d’élevage très rentable

Béatrice Nyabenda, directrice de l’Environnement, Agriculture et de l’Elevage en province Cibitoke, fait savoir que les éleveurs ont été sensibilisés au respect de la loi. Pour elle, la stabulation permanente est un projet du gouvernement qui doit être appliqué. Et de rappeler le bien-fondé dudit projet : « C’est un mode d’élevage qui améliore la santé du bétail et qui augmente la production pour les agri-éleveurs.» Et d’inciter ces éleveurs à pratiquer des élevages rentables et non de prestige à cultiver des plantes fourragères. « L’élevage va de pair avec l’agriculture », insiste-t-elle.

Par ailleurs, elle fait savoir que les éleveurs sont confrontés aux problèmes de réduction des pâturages, entraînant des conflits récurrents entre les éleveurs et les agriculteurs. D’après elle, ce mode d’élevage va mettre fin à ce genre de conflit. Il va permettre une gestion rationnelle des pâturages et le logement du bétail.

En outre, poursuit-elle, la stabulation permanente va diminuer le risque de transmission et de propagation des maladies animales.

Interrogée sur les amendes qui sont infligées aux éleveurs, Mme Nyabenda explique que c’est une façon de les pousser à pratiquer progressivement la stabulation permanente. Elle rappelle que la mise en application effective de la loi commencera le 8 octobre 2021. « A partir de cette date, des mesures draconiennes seront prises à l’endroit des récalcitrants. Nous leur demandons de se préparer en conséquence ». Et de préciser que la loi va s’appliquer à tous les animaux domestiques, y compris la volaille.

A ceux qui évoquent la diminution du lait ou la rareté de la viande, elle fait remarquer que l’élevage dans les étables augmente la production du lait : « Une seule vache peut donner plus de lait que 5 vaches qui errent sur les collines.» Elle indique qu’il y a d’autres projets tels que la pisciculture.

Rappelons que le Parlement a adopté, en août 2018, une loi relative à la stabulation permanente et à l’interdiction de la divagation des animaux domestiques et de la volaille. Un délai de trois ans a été accordé aux éleveurs traditionnels pour adopter un élevage intensif plus rentable et plus productif. Ce délai arrivera à terme en octobre 2021.

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