Économie

Burundi/ FMI : Six clefs pour comprendre le désamour

24/04/2020 La Rédaction Commentaires fermés sur Burundi/ FMI : Six clefs pour comprendre le désamour
Burundi/ FMI : Six clefs pour comprendre le désamour

Le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé lundi 14 avril 2020 le versement d’une aide d’urgence à 25 pays parmi les plus pauvres du monde. Elle doit leur permettre d’alléger leur dette et de mieux faire face à l’impact de la pandémie de Covid-19.

Cet allègement de la dette passe par le Fonds fiduciaire d’assistance et de riposte aux catastrophes (fonds fiduciaire ARC) qui permet au Fonds d’accorder un allégement de dette sous forme de dons aux pays les plus pauvres et les plus vulnérables frappés par une catastrophe naturelle ou de santé publique aux conséquences désastreuses.

Le Fonds fiduciaire a actuellement “une capacité de 500 millions de dollars de ressources immédiatement disponibles, y compris les 185 millions de dollars promis récemment par le Royaume-Uni et les 100 millions de dollars fournis par le Japon”.


Le Burundi n’a pas bénéficié de cette facilité. Sur tweeter, un ambassadeur burundais a déclaré que  « Le Burundi que l’opinion tendancieuse classe toujours comme étant le plus pauvre du monde ne fait pas partie de cette liste du FMI. »

Mais est-ce que vraiment le Burundi n’avait pas besoin de cette aide, ou ne pouvait pas avoir accès à ce mécanisme ? Avec l’aide de spécialistes, Iwacu donne six clefs pour comprendre. Eclairage .

     1.Le Burundi est-il très endetté ?

Non, c’est un pays peu endetté, mais aux capacités de remboursement très limitées. En janvier 2009, le Burundi a atteint le point d’achèvement au titre de l’initiative Pays Pauvres Très Endettés (PPTE). Cette étape importante a valu au pays l’approbation en sa faveur par les Conseils d’administration du FMI et de la Banque mondiale un concours d’allégement de sa dette d’un montant de 832,6 millions de dollars. Cet allègement représentait un facteur de réduction commun de 91,62 %, ce qui a diminué le fardeau de la dette du Burundi de manière significative. Le service de la dette est passé de 39,1 millions de $ en 2005 à 3,8 millions de $ en 2010. Malgré cet allègement, l’analyse de soutenabilité de la dette a montré que le Burundi continuait à faire face à un risque de surendettement élevé, essentiellement pour des raisons à la fois structurelle et conjoncturelle. Il était donc impératif que le Burundi adopte des politiques de gestion budgétaire et de la dette toujours prudentes, ainsi que des politiques de financements extérieurs reposant sur des dons.

  1. Si le Burundi n’est pas endetté, pourquoi les institutions financières internationales ne lui font pas confiance ?

 

Le Burundi est régulièrement considéré comme étant à un niveau de risque élevé de surendettement par le FMI, la Banque Mondiale et la Banque Africaine de Développement (BAD). Cette situation requiert donc de la part de ces 3 institutions des financements sous forme de dons uniquement[1] parce qu’elles estiment que le pays a une capacité de remboursement très limitée[2]. Le volume des emprunts auprès de ces institutions est donc relativement faible et ne cesse de diminuer depuis 2010. Néanmoins, la faiblesse du poids du service de la dette ne pourrait justifier à elle seule la non-inclusion du Burundi parmi les bénéficiaires de la récente initiative du FMI.

 

  1. Des pays se trouvant dans une situation quasi similaire sur plusieurs agrégats économiques – telle la République Centrafricaine (RCA)- ont bénéficié de cette facilité du FMI, n’est-ce pas injuste ?

 

Le fonds fiduciaire réaménagé d’assistance et de riposte aux catastrophes (fonds fiduciaire ARC), déjà mobilisé lors de l’épidémie Ebola en Afrique de l’Ouest, a porté assistance à certains pays africains considérés comme pauvres et vulnérables à la pandémie Covid19[3]. Cette assistance consiste en dons qui couvrent leurs obligations envers le FMI pour une phase initiale de six mois, ce qui leur permettra de consacrer une plus grande partie de leurs faibles ressources financières aux soins médicaux et autres efforts de secours d’urgence vitale. Les critères d’éligibilité à la fenêtre couvrant les catastrophes de santé publique peuvent suggérer une première explication à la non-inclusion du Burundi. En effet, ces critères requièrent notamment que le pays mette en place des politiques macroéconomiques appropriées pour répondre aux difficultés de balance de paiements. La RCA vient récemment (décembre 2019) de conclure l’accord sur la facilité élargie de crédit avec le FMI pour une durée de 3 ans, lequel accord repose essentiellement sur des engagements en matière de stabilité macroéconomique et soutenabilité de la dette.

  1. Quelle est la cote du Burundi auprès du FMI ?

Depuis 2015, avec la crise liée au 3è mandat, aucune mission du FMI ne s’est rendue au Burundi. La dernière consultation au titre de l’article IV date de 2014. Pourtant, ces consultations sont supposées être effectuées sur une base régulière pour tous les pays membres du FMI. Autant que les évaluations de la stabilité financière. A côté du Burundi, sur la liste des pays n’ayant pas respecté ces obligations, se trouve notamment la Lybie. En février 2018, le Conseil d’Administration du FMI s’est penché lors d’une session informelle sur le cas du Burundi en matière de non-respect de ses obligations statutaires. Manifestement, il est loin de faire partie des bons élèves des Institutions de Bretton Woods. La question qui se pose actuellement est de savoir si le pays peut au moins accéder aux appuis budgétaires de la Banque Mondiale et de la BAD lesquels ont été suspendus à la suite de la crise de 2015. Normalement, ces appuis budgétaires requièrent une lettre de confort du FMI sur les politiques macroéconomiques du pays.

  1. Quels sont les impacts possibles du COVID 19 sur l’économie du Burundi ?

Malgré la faible intégration de Burundi dans l’économie mondiale, le pays n’est pas à l’abri des effets du Covid 19. La baisse prévisible des échanges commerciaux et le ralentissement de l’activité économique qui s’en suit auront un impact négatif sur la position fiscale de l’Etat avec des retombées négatives à la fois sur le secteur privé réel (augmentation des instances de paiements intérieurs) et le secteur bancaire (possible accumulation d’arriérés de paiement). La position de la balance commerciale, qui est déjà structurellement déficitaire, pourrait s’aggraver à la suite d’une diminution anticipée des exportations. La marge de manoeuvre est donc très étroite pour une économie qui tourne avec des réserves de change qui couvrent moins d’un mois d’importation. Le Burundi aura donc besoin d’un appui significatif à la fois à sa balance des paiements et à sa position fiscale.

 

  1. Qu’est-ce que le Burundi pourrait faire pour assainir sa relation avec les institutions internationales ?

 

Un réengagement entier. La récente initiative du FMI et les initiatives déjà annoncées par la Banque Mondiale et la BAD montrent que ces institutions sont disposées à porter secours aux pays les plus nécessiteux. Le Burundi pourrait en faire partie puisqu’étant le plus vulnérable sur bien d’aspects en comparaison avec ceux qui viennent d’être déclarés éligibles au fonds fiduciaire ARC (voir graphiques ci-dessous). Néanmoins, ce partenariat passerait par une reprise de dialogue structuré autour des réformes de politiques économiques, la re-fiabilisation des statistiques économiques qui ces dernières années ont été générées de manière opaque et gérées à des fins politiques. Ceci devrait être assorti d’un calendrier réaliste et volontariste portant des engagements liés à ce programme. L’appui de ces 3 institutions servirait aussi de catalyseur à la mobilisation des fonds bilatéraux pour l’amélioration de l’offre de services sociaux et de santé dans notre pays. Le combat efficace et durable contre le Covid 19 aura besoin de cet effort politique.

 

Source des données : Indicateurs de développement du monde (Banque Mondiale) année 2018

 

[1] Les pays à risque modéré (comme le Burkina Faso ou la RDC) reçoivent des dons et des prêts. Les pays à risque faible (comme le Rwanda, l’Ouganda ou la Tanzanie) reçoivent uniquement des prêts du fait de leur plus grande capacité de remboursement.

[2] Dix autres pays africains se trouvent dans la même situation.

[3] Il faut souligner que sur bien d’aspects, ces pays se portent largement mieux que le Burundi (voir tableau…)

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