Économie

Regards croisés sur la Banque des jeunes

27/04/2020 Pierre Claver Banyankiye Commentaires fermés sur Regards croisés sur la Banque des jeunes
Regards croisés sur la Banque des jeunes
Pierre Nkurunziza : « La Banque d'Investissement des Jeunes offrira des crédits à un taux d'intérêt de 7%.»

Une Banque d’Investissement des Jeunes(BIJE) a été lancée à Gitega. Elle accorde des prêts à un taux d’intérêt créditeur de 7 %. Avec ce taux, certains experts dans le domaine sont sceptiques sur la viabilité financière de cette institution. Pour d’autres, une telle banque n’était pas nécessaire, en tout cas pas dans cette forme. Il fallait passer par des structures existantes déjà expérimentées. Des moyens gaspillés, regrettent des analystes financiers.

Promesse tenue. Les activités de la Banque d’Investissement des Jeunes(BIJE) ont été lancées officiellement, mercredi 15 mars 2020 à Gitega, la capitale politique. La dite banque a été promise dans la retraite gouvernementale 2017, au palais présidentiel de Gitega.
Le chef de l’exécutif, Pierre Nkurunziza, l’argentier de la République, Domitien Ndihokubwayo, et Evelyne Butoyi, ministre de la Jeunesse, étaient à ce rendez-vous. Les cérémonies se sont déroulées au siège social de la BIJE érigé au quartier Musinzira dans la ville de Gitega.

Dans son discours, la ministre de la Jeunesse, Evelyne Butoyi a précisé que l’objectif principal cette banque sera de réduire le chômage des jeunes. Ladite banque aidera ces jeunes chômeurs de créer l’emploi. « BIJE soutient des projets de développement économique initiés par les jeunes organisés en associations, en coopératives ou en entreprises de droit burundais. »

Dans son allocution, le président de la République Pierre Nkurunziza a fait savoir que l’idée de cette banque est née dans un forum des jeunes, édition 2016. La même année, lors d’une retraite gouvernementale, il a été décidé d’exécuter le projet proposé par les jeunes.
Selon le numéro un burundais, les banques commerciales exploitent leurs clients en imposant des intérêts exorbitants. « La Banque d’Investissement des Jeunes offrira des crédits à un taux d’intérêt de 7% », a déclaré le président. Actuellement, le taux d’intérêt créditeur pratiqué par les autres banques commerciales varie entre 12 et 20%

Pierre Nkurunziza a promis que deux nouvelles banques verront le jour bientôt. La première sera la banque pour les femmes et la seconde sera la banque pour l’agriculture et l’élevage.
Cette banque naissante commence ses activités avec un capital social de 10 milliards BIF. La participation de l’Etat s’élève à hauteur de 15% et celle des communes à 85%. Chaque commune contribue 71 millions BIF.

Analyse /Les banquiers s’interrogent

Pour certains spécialistes du domaine, cette banque naissante débute avec un petit capital alors que la demande est grande. « Selon les projections de l’ISTEEBU de 2008, actuellement, la population jeune est estimée entre 15 et 35 ans, soit à plus de 4,2 millions de personnes », indique l’un des spécialistes de l’une des banques commerciales sous couvert d’anonymat.

Cette somme ne peut pas financer plus de 100 projets. D’après notre source, ces 10 milliards BIF serviront également à payer le personnel, l’achat des matériels notamment, les véhicules, les machines et à louer les bâtiments qui abriteront les agences.

D’après ce banquier expérimenté, cette banque aura affaire à des clients demandant des prêts sans garantie. Normalement, tout emprunt nécessite une garantie suffisante notamment une hypothèque ou une société de cautionnement. Mais les jeunes bénéficieront des prêts sans donner aucune garantie en retour. Garantie qu’ils n’ont pas par ailleurs. Ce qui pourrait inciter des jeunes à contracter des crédits sachant qu’ils ne perdront rien même si les projets initiés ne réussissent pas.

Ce banquier estime que même si les bénéficiaires des prêts seront regroupés en coopérative pour avoir l’accès aux prêts, cela ne suffit pas. En cas de défaut de remboursement d’emprunt, la banque ne pourra réduire la perte sur les prêts par la réalisation de garantie.

Pour faire face à cette situation, la banque doit prévoir plus de fonds propres, ce qui réduit sa capacité à fournir de nouveaux prêts. Et Le risque des créances douteuses est très élevé. Ce qui réduira la rentabilité et posera des problèmes de survie à cette banque et ceci pourrait entamer la confiance des partenaires financiers.

Cette banque jeune risque aussi de rencontrer des difficultés pour fonctionner dans un système financier où les prêts non performants sont nombreux, à savoir des prêts qui subissent des difficultés à se rembourser au niveau des intérêts ou au niveau du capital principal avec un retard dépassant un trimestre. « De mars à juin 2019, les prêts non performants ont augmenté ont augmenté de 12,9% s’établissant à 9,3%.», d’après le rapport du second trimestre 2019, produit du comité de la politique monétaire de la BRB.

Autre questionnement : le taux d’intérêt créditeur de 7% ne serait pas raisonnable. « Au Burundi, même les banques commerciales les plus anciennes ne peuvent pas accorder un prêt à ce prix.», s’étonne un autre banquier interrogé par Iwacu.

Ce dernier fait savoir que le capital social ne suffit pas pour accorder des prêts aux jeunes aussi nombreux. Il faut également utiliser les dépôts à terme de ses clients. Pour le moment, les dépôts à terme sont rémunérés au taux moyen de 5%. Cela signifie que cette banque aura une marge bénéficiaire de 2 %. C’est-à-dire que les fonds déposants sont rémunérés à 5% et des prêts sont accordés à ses clients à 7%.

D’après lui, d’autres banques commerciales avec une marge bénéficiaire variant de 5 à 7 % peinent à couvrir tous les risques. « Quelle sera la magie de la BIJE ? Wait and see », s’interroge-t-il

D’après cet expert, la marge de 2 % ne suffit pas pour couvrir les activités bancaires et les prêts non performants. « Il faut que l’Etat subventionne cette banque commerciale. Sinon, la banque risque de fermer rapidement. »

Des voies non explorées Ce banquier souligne qu’Etat n’avait pas besoin de créer une banque des jeunes pour les jeunes. Car, les objectifs risquent de n’être pas atteints. D’abord, avec un taux d’intérêt créditeur de 7% et l’octroi de prêts sans garantie, la banque ne pourrait pas financer ses activités et couvrir les pertes causées par les clients défaillants.

Pour lui, il existe d’autres voies à explorer. Par exemple, l’Etat pouvait confier la gestion de l’enveloppe de 10 milliards à l’une des banques commerciales expérimentée à un taux d’intérêt débiteur de 2 %. Ainsi, cette dernière accorderait des crédits à des jeunes remplissant les conditions exigées par l’Etat à un taux de 7%.

De ce fait, l’Etat aurait évité de décaisser des frais supplémentaires liés à la création de cette banque, la logistique et l’implantation des succursales, etc. Cet économiste indique que la création de la banque des femmes et la banque agricole n’est pas nécessaire. Il faudrait plutôt créer un fonds de développement des femmes et celui d’investissement au profit du secteur agricole. La gestion de ces fonds pourrait être confiée à la BNDE. Cette institution publique est expérimentée dans la gestion des portefeuilles de crédits importants et diversifiés. La gestion de ces fonds pourrait aussi être confiée à une banque commerciale locale expérimentée. Bref, les banquiers restent dubitatifs...

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