Culture

Au coin du feu avec Sylvestre Ndayirukiye

25/05/2019 Egide Nikiza Commentaires fermés sur Au coin du feu avec Sylvestre Ndayirukiye
Au coin du feu avec Sylvestre Ndayirukiye

Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Sylvestre Ndayirukiye.

Votre qualité principale ? 

La soif de connaître et de savoir.

Votre défaut principal ?

De peur que les autres ne fassent des interprétations erronées ou des jugements contraires à mes propos, cela me limite le temps de parole et d’expression.

La qualité que vous préférez chez les autres ?

L’humour, la gentillesse, les bons jugements et le bon sens.

Le défaut que vous ne supportez pas chez les autres ?

La mauvaise foi.

La femme que vous admirez le plus ?

Ma femme d’abord, mère de mes enfants. Ensuite ma mère et mes sœurs pour leurs fortes qualités humaines sans oublier ma grand-mère maternelle, une femme d’extrême intelligence et de fort caractère.

L’homme que vous admirez le plus ?  

Il y en a beaucoup aussi. D’abord Nelson Mandela, Louis Rwagasore, Epitace Bayaganakandi. Ensuite mon brillant frère aîné, disparu inopinément en 1987 et enfin mon père disparu en 2013 à 105 ans. Il fut le gardien de l’histoire de sa famille, de Mwezi Gisabo et des Burundais à l’aube du 20e siècle. Et bien d’autres que je ne nomme pas.

Votre plus beau souvenir ?

Mon mariage le 29 septembre 1979, la naissance de mon premier fils qui fut super actif et enthousiaste dans ses jeunes années et celle de son jeune frère et ses deux jeunes sœurs qui sont ouverts au monde d’aujourd’hui et responsables.

Votre plus triste souvenir ?

La disparition de ma mère en 1982 et celle de mon grand-frère aîné  en 1987.

Quel serait votre plus grand malheur ?

Les évènements de 1993 avec le massacre de plus de 80 personnes (femmes, enfants et vieux) au sein de ma famille et des proches.

Le plus haut fait de l’histoire burundaise ?

La victoire de Mwezi Gisabo sur les envahisseurs arabes. La grande résistance de Mwezi Gisabo secondé par MAMFU, son général. Blessé à l’épaule à Kiganda, il fut recueilli par les habitants de cette localité, baignant dans son sang dans un champ de colocase. Il était le cousin de mon grand-père.

La plus belle date de l’histoire burundaise ?

C’est le 1er juillet 1962, date de l’indépendance.

La plus terrible ?

Le 21 octobre 1993, date suivie des massacres massifs de Burundais et  d’une longue crise de 22 ans, jusqu’en 2005.

Le métier que vous auriez aimé faire ?

Celui que j’exerce, le métier de professeur d’université c’est-à-dire celui de former les plus jeunes, de se consacrer à la recherche scientifique ainsi qu’aux recherches qui font avancer notre société aujourd’hui.

Votre passe-temps préféré ?

Lire et encore lire car cela enrichit la connaissance.

Votre lieu préféré au Burundi ?

D’abord chez moi à Mugongo en commune Mugongomanga de la province Bujumbura car j’y ai tous mes souvenirs passés et actuels. J’aime les gens de ce terroir et partage toute l’originalité culturelle et parfois différente avec les autres régions du Burundi ainsi que leurs préoccupations.

J’apprécie surtout le cadre géographique de cette crête du Congo-Nil, avec ses montagnes imposantes (Mugongo à  2650 m d’altitude), avec ses marques de sources limpides qui partagent les eaux du Nil et celles du Congo et son climat hyper frais toute l’année.

Ensuite Bujumbura sur le lac Tanganyika. Pour moi, c’est l’un des lieux les plus beaux d’Afrique qui pourrait être la côte d’Azur comme Nice en France.

Le pays où vous aimeriez vivre ?

Je n’ai pas encore vu tous les pays. Il faut procéder par sélection suivant plusieurs critères. Mais en attendant, c’est bien mon pays natal.

Le voyage que vous aimeriez faire ?

Après l’Europe, l’Afrique, le Japon et les Etats Unis, je crois que j’ai encore envie de voyager pour découvrir le monde et surtout les autres civilisations.

Votre rêve de bonheur ?

Tout travail bien accompli procure du bonheur.

Votre plat préféré ?

Le sangala grillé du lac Tanganyika.

Votre chanson préférée ?

J’en ai écouté des centaines et des centaines. Je ne suis pas accro mais sans doute les chansons françaises des années 1970 et 1980.

Quelle radio écoutez-vous ?

La RTNB, la RFI et la BBC.

Avez-vous une devise ?

Préoccupation d’accomplir un travail bien fait

Votre souvenir du 1er juin 1993 ?

L’espoir du passage de la première étape importante pour que le Burundi devienne un Etat de droit comme les autres Etats civilisés.

Votre définition de la démocratie ?

La démocratie respecte tous les droits : droits fondamentaux, droits de la déclaration de la charte des Nations unies, droits individuels inaliénables, etc.

Votre définition de la justice ?

Etant indépendante, la justice concerne tous les citoyens d’un pays sans aucune distinction aucune.

Si vous deveniez ministre de l’Aménagement du territoire, quelles seraient vos deux premières mesures ?

Je mettrais en place un plan global d’aménagement du territoire dans ses multiples aspects et les structures d’application efficace en associant les populations concernées pour arriver à un développement équilibré de tout le pays, de toutes les régions. C’est une question très importante de développement et les pays passent des décennies entières pour les adapter.

Si vous deveniez ministre de l’Enseignement supérieur, quelles seraient vos deux premières mesures ? 

J’exigerais les compétences dans toutes les formations supérieures, l’envoi des formateurs pour le doctorat et l’acquisition des supports à l’enseignement (matériels nécessaires, classes, livres et revues, matériel technologiques modernes, et la création des espaces de publication).

J’accorderais une juste rémunération aux professeurs accompagnée d’une relance à la coopération interuniversitaire internationale.

Croyez-vous à la bonté humaine ? 

Non pas du tout. Déjà Voltaire nous l’a bien montré dans Candide ou l’optimisme. Mais certains s’y exercent.

Pensez-vous à la mort ?

Je n’y pense pas vraiment.

Si vous comparaissiez devant Dieu, que lui diriez-vous ?

Question trop complexe à laquelle il est trop difficile de répondre.

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Bio-express

Professeur émérite de l’Université du Burundi, Sylvestre Ndayirukiye a fait toute sa carrière à l’Université du Burundi. Il y est recruté comme assistant après sa licence et sa maîtrise en 1978 en France à l’Université de Nice. Sylvestre Ndayirukiye est né en 1945 à Mugongo en commune Mugongomanga de la province de Bujumbura. Après son doctorat en 1987, il gravira tous les échelons : du chargé de cours jusqu’au titre de professeur émérite, qu’il porte aujourd’hui en passant par celui de professeur associé et professeur ordinaire. Le professeur Sylvestre Ndayirukiye a été vice-doyen et doyen de la faculté des Lettres et Sciences humaines. Il a aussi travaillé à l’Institut de Recherche des Sciences et de la Technologie (IRST) de l’Université nationale de Butare.  A la retraite, il continue à dispenser des cours en Bac III et en master à l’Université du Burundi. Le professeur Ndayirukiye a été prolifique au cours de sa carrière universitaire. Il a notamment écrit Bujumbura centenaire, la géographie du Burundi, Guide thématique et historique de Bujumbura. En raison des services rendus à la communauté universitaire et à la société, la Faculté des Lettres et Sciences humaines à laquelle il est affecté lui a décerné en décembre 2016 un certificat d’honneur.

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