Culture

Au coin du feu avec Nestor Bankumukunzi

27/04/2019 Abbas Mbazumutima Commentaires fermés sur Au coin du feu avec Nestor Bankumukunzi
Au coin du feu avec Nestor Bankumukunzi

Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Nestor Bankumukunzi.

 Votre qualité principale?

 L’honnêteté. Malheureusement, cette qualité ne me sert pas toujours, mais j’y tiens mordicus.

Votre défaut principal ?

Trop rigoureux. J’ai l’impression d’être prisonnier des principes. Un corollaire à cela, c’est souvent le manque de souplesse et des difficultés à comprendre les limites d’autrui. J’essaie souvent de redresser la barre, mais le naturel me poursuit et me rattrape.

La qualité que vous préférez chez les autres ?

La mienne. J’ai parlé de l’honnêteté. Une société d’individus honnêtes ne saurait ne pas se développer. Tout au moins sous l’angle social. Et quand le social va mieux, le reste suit fort probablement. L’honnêteté ne va jamais de pair avec le mensonge, la tricherie, l’égoïsme, la méchanceté, etc.

Le défaut ou ce que vous ne supportez pas chez les autres ?

Le mensonge. Un menteur est une personne dangereuse pour lui-même parce qu’il court un grand risque, dangereuse pour son voisinage et la société car il est source de haine et de mésentente entre les membres d’une société. Il s’agit d’un véritable sapeur de l’harmonie sociale. Il est source de discorde et de conflits. Et plus grave encore, le mensonge va de pair avec l’hypocrisie.

La femme que vous admirer le plus ?

J’hésite entre ma mère qui a tout donné pour jouer pleinement son rôle de mère et  Wangari Maathai, surnommée la ’’maman des arbres’’. C’est cette femme kényane qui a consacré  pratiquement toute sa vie au combat pour la sauvegarde de l’écologie en Afrique et lauréate du prix Nobel de la paix en 2004.

Pour ne pas être égocentrique mais sans oublier l’affection inégalable et inégalée, l’amour inestimable et inoubliable que ma mère avait pour sa progéniture et ses voisins, laissez-moi évoquer Wangari Maathai. Son œuvre force toujours mon admiration. On en aurait plusieurs comme elle dans chaque pays africain, le continent préserverait sa principale ressource, la terre.

L’homme que vous admirer le plus ?

Mon père, Anicet Rudagaza.  C’est ma principale source d’inspiration. Brave, honnête, juste, travailleur rigoureux et serviable, il a su se mettre au service de sa famille et ses voisins en responsable digne de ce nom.

Jamais je n’oublierai ces sollicitations  matinales, quand  il était régulièrement réveillé par des personnes lésées ou se croyant comme tel pour qu’il aille trancher. La réponse positive était toujours spontanée et bénévole. Sa droiture et son intransigeance face à la vérité m’auraient valu le nom qu’il m’a donné …

Votre plus beau souvenir ?

J’en ai plusieurs. Entre la naissance de mon premier enfant, la réussite au concours national et les différentes nominations surprises à différents postes de responsabilité, le choix m’est difficile. Cependant, j’ai l’impression que la réussite au concours national reste plus présente à mon esprit.

Votre plus triste souvenir ?

Les cas de décès survenus au sein de ma famille, surtout ceux à fleur d’âge.

Quel serait votre plus grand malheur ?

Finir mon séjour terrestre dans la solitude après avoir perdu mes facultés physiques et mentales.

Le plus haut fait de l’histoire burundaise ?

L’indépendance, la reconquête de la dignité et de la fierté nationales

La plus terrible ?

Le 21 octobre 1993. Elle marque le début d’une guerre combien fratricide aux conséquences politiques, économiques et sociales inestimables sur l’avenir de toute une génération !

Le métier que vous auriez aimé faire ?

J’aurais aimé être magistrat. Mais pourquoi ne le suis-je pas devenu ? C’est une question qu’on se poserait légitimement. Pour être magistrat, il faut avoir fait le droit. Ce fut mon premier choix après le séminaire de Mureke en 1988.

Quoi que je remplissais les critères d’être orienté selon mes choix notamment le fait d’avoir fréquenté une école bien classée, le Séminaire de Mureke avait été 3e en Lettres modernes  et 2e  en Scientifique B au test national.

Il fallait aussi  avoir une bonne note au test de fin des Humanités générales. Ma note était honorable. J’ai été, à ma grande surprise, orienté  à la faculté des lettres et sciences humaines. Ma tentative de sacrifier la première année réussie pour faire le droit s’est avérée infructueuse. Pourquoi ? Il faudrait interroger l’histoire de notre pays.

Votre passe-temps préféré ?

Tout travail manuel, à l’étable ou aux champs quand le temps me le permet, le week-end. J’écoute les radios, regarde la télévision et je lis les journaux dans le cadre de mon travail mais souvent en dehors des heures habituelles de service. Passe-temps ou travail ? Les deux peut-être.

Votre lieu préféré au Burundi ?

Murago, ma  colline natale située dans la commune Ndava, surtout à Nyambuye. Une petite montagne dont le point culminant se trouve à plus de 1.900m à  partir duquel on peut contempler une bonne partie du centre du Burundi. Merci à tous ceux qui sont en train de valoriser ce paradis à découvrir.

Le pays où vous aimeriez vivre?

Le Burundi, cette beauté discrète  et  insaisissable. Avec ses lacs, ses plaines, ses collines et montagnes, le tout dans un climat idéal et propice à la vie.

Le voyage que vous aimeriez faire ?

J’aimerai visiter la Terre Sainte, Nazareth, Cana, Capharnaüm, Galilée, etc., sur les traces de Jésus Christ.

Votre rêve de bonheur ?

Finir mes jours terrestres avec un sentiment de devoir accompli, surtout l’éducation de mes enfants et la contribution au développement multidimensionnel de mon pays.

Votre plat préféré ?

Pas de préférence spéciale.  Je prends tout ce qui est bon pour ma santé, à condition qu’il soit abordable et partagé.  La commensalité ou plutôt le partage de repas est le meilleur des ingrédients pour rendre tout plat savoureux.

Votre chanson préférée ?

Te Deum Laudamus ou l’hymne pour rendre grâce à Dieu. Hélas assez difficile à chanter et moins vulgarisée ces derniers temps.

Quelle radio écoutez-vous ?

Pour des raisons professionnelles, j’en écoute plusieurs. Mais la radio nationale, la radio Isanganiro et RFI sont mes principales sources radiophoniques d’information.

Avez-vous une devise ?

Oui. Qui veut peut. Trop ambitieux n’est-ce pas ?

Votre souvenir du 1er juin 1993 ?

La peur et la joie. Peur panique chez les membre de l’Uprona et sympathisants. La joie des membres et sympathisants du parti vainqueur des élections de 1993, le Frodebu.

Votre définition de l’indépendance ?

L’indépendance d’un pays est cette capacité de pouvoir s’organiser, subvenir à ses besoins essentiels, élaborer son projet de société et le mettre en œuvre sans requérir l’aval de qui que ce soit.

Votre définition de la démocratie ?

Je n’en proposerai peut être pas une qui soit la mienne car tellement le concept a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Mais je dirais tout simplement qu’il s’agit d’un système politique qui repose sur le pouvoir du peuple, pour le peuple et par le peuple, exercé par l’intermédiaire de ses représentants périodiquement élus par le peuple lui-même sur base des projets de société présentés par les partis politiques ou les indépendants.

Votre définition de la justice ?

C’est rendre à chacun ce qui lui revient légitimement et/ou légalement.

Si vous redevenez ministre de l’Information, quelles seraient vos premières mesures ?

Le secteur de l’information est confronté à une série de défis notamment le sous-équipement des médias et l’insuffisance des capacités humaines. L’appui technique et la formation resteraient mes priorités pour rendre encore plus professionnelle la presse burundaise.

Croyez-vous à la bonté humaine ?

Absolument. L’homme est naturellement bon, mais tous ne le restent pas malheureusement. Il y en a qui sont corrompus par la société et d’autres qui résistent. Je pense notamment à cette multitude de Saints connus et non connus, non canonisés pour des raisons diverses. Oui, c’étaient des hommes comme nous. Certainement qu’il y en aura toujours car le grain de bonté humaine continue à germer, mais faut-il qu’il soit bien arrosé. Et ce devoir incombe à tous.

Pensez-vous à la mort ?

Oui. On ne saurait ignorer ce phénomène naturel. Il s’agit d’un passage exigé pour atteindre l’après-vie auquel je crois fermement.

Si vous comparaissez devant Dieu, que lui diriez-vous ?

Je suis heureux que vous croyiez à son existence et à la possibilité de comparaître devant lui. Je m’inclinerais devant lui en le saluant. Je lui répèterais ce que je lui dis tous les jours : «Merci infiniment pour votre magnanimité. Pardonnez-moi mes péchés. Accueillez-moi dans votre royaume».

Propos recueillis par Abbas Mbazumutima

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Bio-express

C’est en date du 14 juin 2018 que Nestor Bankumukunzi se retrouve à la tête du CNC, le Conseil national de la communication, en remplacement de l’Honorable Ramadhan Karenga. Avant cette nomination ce militant du Cndd-Fdd, est membre du gouvernement du président Pierre Nkurunziza. Il occupe à partir du 24 août 2015 le poste de ministre des Postes, des Technologies de l'Information, de la Communication et des Médias. Cet honneur est le couronnement de son dévouement et de son engagement comme directeur de la Télévision nationale du Burundi. Il se voit confier cette responsabilité dans le décret du 10 septembre 2013 portant nomination des cadres de la RTNB.

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